Le heavy metal allemand est toujours aussi bien représenté et apprécié. Il a passé sans trop de difficulté les décennies, même si on lui reprocherait de privilégier la quantité à la qualité. Dans la multitude de noms en circulation, on entendrait presque à peine parler de «
Mystic Prophecy ». Une formation plus exactement greco-allemande, car emmenée à son départ par le chanteur Roberto Dimitri Liapakis et le célèbre guitariste
Gus G, colonnes grecques du combo. L’une d’entre elles,
Gus G ne parvenant plus à jongler avec ses nombreux groupes, décide de se retirer pour des jours meilleures en 2005. Alors que «
Mystic Prophecy » commençait à émerger de la concurrence, elle retombe un peu plus dans l’ombre. Ils en sont aujourd’hui à leur septième album. Toujours aux côtés du label
Massacre Records, depuis une moitié de décennie, «
Ravenlord » sort deux ans après «
Fireangel », un album assez détonnant. Alors que l’on aurait pu croire que la bande de Liapakis allait sortir enfin du lot, il n’en est rien. «
Ravenlord » n’est pas la prouesse escomptée, tout juste un album potable de heavy.
Pas n’importe quel heavy par contre. Le heavy metal de «
Mystic Prophecy » s’allie très volontiers avec des rythmiques propres au thrash metal, un peu à l’image des américains «
Vicious Rumours ».
Pas d’introduction, on entre directement dans le vif du sujet avec le titre éponyme «
Ravenlord ». Une rythmique directe et salvée. Le chant tout en maîtrise paraît moins forte, n’alimentant suffisamment pas en énergie le morceau. Même si on y retient un certain impact, ce qui choque un peu serait sa linéarité. Cela se mordrait la queue.
Pas de vrais attaques, rien de clairement prononcé. On parviendrait ainsi à anticiper la suite tout le long du déroulement. La musique pourra paraître terne et froide, comme le démontrerait «
Eyes of the
Devil ». Ce serait copieux, mais ne laissera évidemment pas en mémoire, tellement il est dénué d’aura. Liapakis rajoute des artifices dans son chant comme pour combler une piste pas particulièrement réjouissante. On le trouverait plat et impersonnel sur «
Cross of
Lies », cependant bien mené par les terrifiantes guitares de Pohl et
Constantine, totalement emportées et impossibles à dresser.
Il sait pourtant rendre sa voix dangereuse, agressive. C’est le cas sur le corrosif « Back With the Storm », qui parvient à alterner les ambiances. Un pareil mordant décelable au travers de «
Die Now », sous un rythme déchaîné et enflammé. Néanmoins, la redondance et la rigidité du morceau ne parviendront pas à conquérir le plus vif enthousiasme. Deux fâcheuses caractéristiques assez marquantes sur l ‘opus. Pourtant le produit n’est pas avare des beaux démarrages en trompe, si on prend l’exemple de celui de « Reckoning Day ». Néanmoins ce dynamique décrocherait et ne reprendrait ses droits que sur des brefs instants. Le but étant sans doute, de casser la continuité pour rendre la piste aussi endurante que possible, le résultat est tout autre malgré cette précaution. Le jeu de «
Mystic Prophecy » bien que particulièrement musclé et cogneur souffrirait d’une certaine linéarité. Ce ne sera pas à l’écoute du poussif «
Wings of
Destiny » que l’on dira le contraire. Une musique embourbée se contenterait ici de suivre un chant déjà plus performant et incisif.
Le groupe affiche plus de ressources sur des titres comme «
Hollow » et «
Endless Fire ». Le premier utilise un riffing très aguicheur. Il dégagerait une pointe de sensibilité, malgré le claquement constant de la batterie. On s’approcherait plutôt d’ailleurs des travaux de
Blaze Bayley. Si on en vient à «
Endless Fire », c’est surtout pour évoquer son côté intimidant ou le désordre qui y est consciencieusement entretenu. Un titre gagnera notre intérêt, il s’agit du pressant « Damned Tonight » et sa rythmique décapante. On pourra lui dégager comme principal défaut son refrain qui a pour effet de dégonfler l’effort produit. Un autre désordre qui ne fera nullement sourire, loin de là, c’est celui produit par la reprise d’«
Ozzy Osbourne », « Miracle Man ».Méconnaissable, coincé, dissonante et bordélique. Cette cacophonie mérite l’indifférence. Ils auraient vraisemblablement voulu trop en rajouter pour ne pas trop calquer sur l’originale. Autant choisir une qu’ils maîtrisaient complètement.
D’un disque comme «
Fireangel », on appréciera ses sonorités claquantes, son déchaînement. Si «
Ravenlord » laisse quelque chose en mémoire ce serait son uniformité et le carambolage qu’est la reprise de « Miracle Man ».
Pas que ce soit un album mauvais, tout au contraire. La production est correcte, le groupe n’a aucune difficulté à manier ses instruments, il y a du punch et du tonus. Mais tout est rigide, répétitif. Ils auraient pu jouer davantage sur le décrochage des guitares pour rendre les titres plus pertinents. Au lieu de cela, on aurait trop l’impression d’écouter la même chose, d’écouter un heavy metal sec et rigide sans trop rien en retenir. «
Mystic Prophecy » serait en manque d’inspiration. La bande de Liapakis ne sortira pas du rang alors qu’une redite de son précédent album aurait suffit.
Pas de chance, ce sera encore pour une prochaine fois.
13/20
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