La formation gréco-allemande «
Mystic Prophecy », menée par l’intarissable R.D.Liapakis, serait trop souvent recalé dans les seconds rôles. Pourtant présente depuis 2000, avec sept volumes au compteur, elle est dans l’ombre de formations plus récentes. Ils ont accompagné la tournée de «
Powerwolf » en
2012. Ils suivent aujourd’hui, en cette année 2013, «
Masterplan », pour la sortie de « Novum Initium », qui a beaucoup divisé les rangs des fans des œuvres de
Roland Grapow. Reconnaissons que «
Mystic Prophecy » n’ait pas sorti de volume à proprement mémorable. Cela est aussi dû à son style heavy thrash à la sauce allemande, laissant peu de place à la fantaisie et aux mélodies hyper travaillées. Leur chance repose aujourd’hui sur leur persévérance, sur leur habitude à délivrer un heavy metal brut et thrashisant de qualité. Pour le 8ème exercice studio, R.D.Liapakis met les petits plats dans les grands. «
Killhammer » profitera des talents de la main de son camarade grec Anestis Goudas, ayant déjà signé quelques pochettes metal, notamment celle, étrange, de « The
Misanthrope’s
Fable » de «
Transcending Bizarre ? ». Sieur Liapakis est un producteur confirmé. Il l’a prouvé sur de nombreux ouvrages du groupe heavy metal, mais aussi de «
Suicidal Angels » ou de «
Winter’s
Verge ». Il va néanmoins laisser le mixage aux soins de Fredrik Nordström, qui n’est plus quelqu’un à présenter. Un effort semble donc avoir été réalisé pour permettre à «
Mystic Prophecy » de sortir des ténèbres.
Pas de changement à annoncer. Le groupe produit toujours ce heavy racé influencé par le thrash metal, à la manière d’un «
Vicious Rumors ». Il n’y a que le chant clair de R.D.Liapakis qui coupera court aux sonorités brutes, et qui permettra à l’auditeur de souffler de temps à autre. Cette constatation n’échappera pas au premier titre du volume, à savoir l’éponyme «
Killhammer ». Après une première entame intimidante, on fait directement face à des riffs prononcés. Le chant va, bien entendu, se montrer plus accueillant. Enfin ! Si on ne tient pas compte du refrain où chant et riffs salvés se retrouvent dans une même approche sans compromis. «
Mystic Prophecy » est décidé à montrer ses muscles. Le groupe n’hésite pas à emprunter la voie du thrash metal et de la vélocité sur « Armies of
Hell » ou à moindre mesure sur «
Kill the
Beast ». Ce dernier alterne davantage les vitesses et offre même un petit passage complaisant sur le pré-refrain. Le heavy allié au thrash se révèle, à proportion gardée, de la plus belle des manières sur l’incontournable « 300 in
Blood ». On y retiendra avec beaucoup d’attention une entrée mélancolique de toute beauté. La lead guitare crie ici toute sa douleur avant de se faire surprendre sans ménagement par des riffs incendiaires. Le morceau fait preuve d’une certaine subtilité, incorporant des alternances rythmiques, des mélodies entrainantes et quelques menus airs arabisants.
Quand on évoque l’utilisation d’airs arabisants, on pense à «
Hate Black », qui n’hésite pas à épouser une dimension saharienne. Le hic avec le heavy metal blindé de «
Hate Black », c’est que celui-ci ferait preuve d’une certaine redondance, en grande partie à cause du concassage rythmique et du refrain dénudé par sa trop grande simplicité. L’aspect massif du jeu de «
Mystic Prophecy », c’est une faiblesse latente chez ce groupe. La rugosité doit être maniée de la plus belle des manières pour capter efficacement l’auditeur. Pour exemple, le viril «
Children of the Damned » s’en sort pas trop mal. Il n’y aurait que ce décalage entre le chant et les riffs massues de contrariant et de critiquable. C’est le problème quand on mêle une musique abrupte à un chant particulièrement frais. Ils se mettent en effet en concurrence. Parfois, le mélange ambivalent fonctionne sans trop de difficulté, comme l’atteste l’insubmersible «
Warriors of the Northern Sea ».Peut-être parce qu’il y a eu une concession à plus de fluidité dans la partie musicale. C’est aussi vrai pour « To
Hell and Back » qui parait tempéré en comparaison avec les autres titres, qui permet aussi de relever un chant plus suave qu’à l’accoutumé, un semblant de
Jorn Lande du plus bel effet.
Chose qui vous perturbera davantage sans doute, que le chant à la
Jorn Lande ; le riffing ascensionnel d’« Angels of
Fire » typique d’un «
Symphony X » de la fin des années 90. Laki Ragazas, qui co-signe ce titre, aurait émis le souhait de ressembler un temps à l’ineffable Michael Romero. Ils pousseront encore plus l’expérimentation en prenant une touche moderne sur « Set the World on
Fire ». Le style est boursoufflé, impitoyable sur les couplets, pour parvenir à un total relâchement sur le refrain. C’est tout à fait potable, mais nous donne une image assez troublante du groupe, perdant pied en Europe pour s’enraciner encore un peu plus aux States. Si la grande majorité des titres de l’album sont à garder, et certains à réécouter avec un franc plaisir, il en existe un qu’il faudra absolument bannir. Vous vous serez sans doute aperçu que «
Mystic Prophecy » reprend en conclusion de disque un morceau d’«
Ozzy Osbourne », comme ils l’avaient fait, sans la moindre délicatesse, sur le volume précédent, le dénommé «
Ravenlord » de 2011. La reprise de « Crazy Train » est dans la même teneur que celle de « Miracle Man » ; catastrophique. La guitare est remarquable de dissonance et d’atrocité.
Randy Rhoads s’en retournerait dans sa tombe. Il faudra pour le prochain évènement du groupe gréco-allemand abandonner cette futile nouvelle tradition, de devoir se tirer une balle dans le pied avec une reprise massacrée d’«
Ozzy Osbourne ».
Le pari de R.D.Liapakis de faire de «
Killhammer » une œuvre marquante dans la carrière de «
Mystic Prophecy » semble partiellement accompli. Loin de se révéler être un pur chef d’œuvre, «
Killhammer » parvient cependant à rehausser le niveau depuis le juste correct «
Ravenlord ». La magnificence de l'artwork, l'arrivée du batteur Tristan Maiwurm, remplaçant le sri lankais Tyronne Silva, depuis
2012, la qualité son, la superbe édition limitée intégrant un live à Atlanta (Etats-Unis), sont des éléments qui nous permettent d’envisager une prise d’orgueil de la formation. Il faudrait toutefois encore un bon coup de fouet pour que l’on puisse un jour assister à la consécration de «
Mystic Prophecy ». Pour l’instant, ils continueront à jouer les seconds couteaux.
14/20
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