J'avais découvert
Maudits en chroniquant leur Split EP avec Saar (qui a malheureusement splitté depuis), et "
Précipice", leur deuxième et nouvel album paru le 17 mai 2024 chez Source Atone Records, était l'occasion de me pencher en détail sur la musique du groupe.
Le trio parisien est formé de membres de Throane, Ovtrenoir, et ex-
The Last Embrace : Olivier Dubuc (guitares, effets), Erwan Lombard (basse, effets), et Christophe Hiegel (batterie, samples).
Après la sortie de leur premier LP, l'impossibilité de tourner pendant la période COVID a poussé le groupe à sortir un EP, "
Angle Mort", avec deux morceaux inédits plus trois morceaux du premier LP remaniés, et de reporter leur deuxième album plus tard. Une première partie de la composition s'est faite pendant le premier confinement, avec les morceaux "
Précipice part1" et "...part2", puis une deuxième pour le reste de l'album avec le bassiste Erwan , jusqu'à l'enregistrement en 2023. Pour celui-ci, comme ils en ont l'habitude, ils se sont entourés de musiciens additionnels pour les arrangements : Raphaël Verguin (violoncelle), Emmanuel Rousseau (piano, claviers, mellotron et minimoog), et Nicolas Zivkovich (Rhodes et claviers).
Le bel artwork mystique de "
Précipice" que l'on doit à Dehn Sora, fait un peu la boucle avec celui de leur premier album, dont il reprend le même genre d'effet visuel pointilliste, et l'élément central, une plante, ici un trèfle à quatre feuilles perdu dans une lumière (ou une explosion ?) aveuglante.
A la première écoute, en m'apercevant que trois morceaux dépassent allègrement les dix minutes, j'ai eu un petit mouvement de recul, sachant qu'on a affaire à des instrumentaux. Mais ça tombe bien j'aime ça, donc le challenge est accepté !
C'est une note lancinante, une sirène de guitare réverbèrée qui accueille le voyageur intrépide, et on passe lentement d'un paysage à l'autre, avec des transitions naturelles, entre passages gojiresques contemplatifs, batterie dub, et violons plaintifs, pour ne retenir que le plus significatif. Le plus surprenant étant que je n'ai pas vu le temps passer, ce qui rassure pour la suite.
Le son de l'album se distingue par son ampleur, et une certaine douceur dans l'impact sonore, qui englobe l'auditeur. La stéréo est utilisée dans toute sa largeur, surtout sur la batterie ainsi les quelques beats électroniques qui se posent sur l'introduction de "
Précipice Part 1" ou le break calme de "Seizure". La guitare laisse pleurer des notes expressives en legatos, bends, et petites touches de blues, sur le solo de "
Précipice Part 2". Lorsqu'il déclenche les vagues de saturation et riffs saccadés avec sa batterie aux signatures rythmiques prog ,
Maudits ressemblerait à du
Porcupine Tree mâtiné de
Gojira. Quelques soli s'insèrent au fil de la narration musicale, avec un feeling à la David Gilmour.
Si j'attends la venue du "
Précipice", l'album se déroule comme un long fleuve pas si tranquille que ça, qui anticipe la nostalgie de ce qu'on découvre et restera à jamais derrière soi, qui vous laisse le loisir de flâner avec les oreilles. Il y a un regard de musique de film voire de documentaire, qui pose cet opus dans les cycles vivants du temps, végétaux, animaux, insectoïdes, humainement tribaux. Une manière de se débarrasser des oripeaux d'une civilisation toujours plus futile...
Les notes tournoient dans les riffs, obsédantes, secouées par les coups de la batterie. L'intensité peut monter jusqu'à ce que la double grosse caisse fasse rouler le tonnerre, à la fin de "
Précipice Part 2".
La basse est pensive, lascive lorsqu'elle crève l'onde devenue tranquille après quelques rapides. La tranquillité des guitares acoustiques se mêle à celle des violons, comme un antidote à la folie destructrice des hommes ("Lights
End").
On se sent comme partie intégrante d'une odyssée, avec des compositions qui évoluent avec une narration cinématographique. On entend approcher les rivages de la folie, à cheval sur la fin de "Seizure" et "Pretium Doloris" , les notes de musique déformées par une brume de reverbs qui rappellent un peu celle de
The Caretaker . L'angoisse sourd dans ces moments et les fins de morceaux, comme l'aube d'un jour funeste.
La fin de l'opus est un peu comme un retour à la civilisation, avec "Viellä Siellä", son riff emprunt d'angoisse, et ses pads electros qui marquent l'empreinte discrète mais méthodique de la technologie, et les voix humaines sur "
Ghost Track", le chemin des fantômes ?
Avec son cheminement linéaire et tortueux, une pièce de 57 minutes enchaînée presque sans temps mort, si ce n'est le silence au début de "
Ghost Track", "
Précipice" détonne des sorties d'albums qui déboulent à un rythme frénétique sur la scène métal. Il a plutôt l'approche singulière d'un One Man Band, qui suit sa propre voie, son rythme et son inspiration sans s'occuper des autres. Cela peut rendre
Maudits facile à approcher, mais peut être difficile à suivre jusqu'au bout, en dehors de la niche du métal instrumental plus ou moins progressif. Il n'en reste pas moins que "
Précipice" est le genre d'album pour idéal casser en douceur le rythme du temps , méditer, marcher, ou prendre le temps de ne rien faire...
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