19H00, le dimanche 23 mars 2014, Le Divan du Monde,
Paris.
Dans un peu plus de deux heures, les vétérans du Speed français d’
ADX vont monter sur scène pour la date parisienne de leur tournée
Ultimatum et la petite salle du Divan du Monde (qui, comme le Bataclan, accueille de plus en plus de concerts de Métal depuis que ”feu” l’Elysée Montmartre est parti en fumée) commence à se remplir tout doucement. Les orléanais de
Wild Dawn doivent s’occuper de chauffer l’ambiance avant l’arrivée des maîtres de la soirée, mais pour l’instant, c’est un petit trio qui monte sur scène avec pour mission de meubler les quarante prochaines minutes. Entre un coup d’œil au merchandising et un autre au bar, je regarde distraitement les trois gaillards entamer leur set, me disant que ça fera une parfaite toile de fond pour attaquer ma première bière en bavassant avec les copains déjà arrivés. Seulement voilà : alors que je m’attendais à m’ennuyer poliment pendant cette première prestation, je me surprends soudain à taper du pied et à osciller de la tête… C’est que ce que j’entends là est plutôt pas mal ! Un bon vieux rétro-Thrash joué pied au plancher, avec une maîtrise qui fait plaisir à voir (et à entendre !). Qui c’est donc, ce groupe ? C’est quoi leur logo à la
Testament là, qui est projeté un peu de travers sur la toile de fond en guise de backdrop ? "
Trash-quoi” ?… Ha oui, ”
Thrashback”. Bon, au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise, c’est bien du Thrash, je confirme. Et puis c’est marrant tiens, c’est le batteur qui chante, comme Phil Collins, ou plutôt Dan Beehler compte tenu du style. Mais… Mais… C’est bizarre, à y regarder de plus près, la tête de ces trois gugusses me dit quelque chose… Un pote me renseigne alors : ce sont trois anciens d’
Evil One qui, ce dernier ayant splité quelques mois plus tôt, viennent de remonter un trio afin de continuer l’aventure. Je me disais bien, aussi, que j’avais déjà vu ces gars-là quelque part ! Et en plus, ils viennent de sortir leur premier album me dit-on ! Désormais tout à fait concentré, je prête une oreille attentive à leur prestation et, la troisième chanson pas même terminée, me voilà à leur merch’ en train d’acheter le CD.
Voici comment j’ai connu
Thrashback et, par la même occasion, leur premier album, “
Possessed by Thrash”, dont il va être question ici.
Inutile de tourner autour du pot, si le Thrash
Metal old-school vous horripile, passez votre chemin :
Thrashback, peut-être encore plus qu’
Evil One avant lui, pratique cet art dans sa forme la plus directe et la plus orthodoxe, sans jamais dévier des fondamentaux du genre. Les chansons sont courtes, sans fioritures, la production de Jeff Waters (qui avait déjà travaillé avec
Evil One) est sèche comme un coup de trique et vous chercherez en vain la petite intro symphonique, la nappe de synthé ou la choriste féminine au détour d’un titre : ici, c’est du brut de décoffrage, du riff, rien que du riff, accompagné de solos occasionnels dispensés par Fred (guitare, chœurs), le tout cimenté d’une rythmique béton orchestrée par Le Gorg (basse, chœurs) et Speed (batterie mais aussi chant, hé oui, c’est la grande originalité). Le chant, justement, est lui aussi dans la plus pure tradition des années 80 et renforce encore l’identification de l’album avec cette période : agressif, écorché et aigüe, il reste pourtant toujours résolument Thrash, ne basculant jamais vers les grondements gutturaux du Death ni vers les hurlements possédés du Black. Enfin, un petit mot sur la pochette s’impose : elle aussi ultra-référentielle (je vous laisse faire la liste vous-mêmes), elle réussit à capturer tout l’esprit à la fois violent, naïf et kitch de ses glorieuses ainées, ce qui ne devrait pas manquer de séduire les vieux de la vieille. Un grand bravo à son auteur, Stan W Decker, pour son excellent travail ! Bref, à tous les niveaux,
Thrashback maîtrise son sujet et “
Possessed by Thrash” lui offre l’occasion de réciter les gammes d’un style qui n’a visiblement aucun secret pour lui.
Après un “
Human Race Extinction” qui ouvre l’album à toute allure (le titre dure à peine 52 secondes !), les chansons s’enchaînent à un rythme frénétique : ”Bombers of Death” (qui fait justement beaucoup penser à
Evil One dans ses backing vocals), “Box of
Power” et son faux démarrage en mid-tempo, “
Possessed by Thrash” (le titre éponyme de l’album) qui repart de plus belle, ”
Wardance” dans lequel l’amateur éclairé reconnaîtra évidemment un hommage à
Anthrax, et ainsi de suite. Les morceaux sont généralement tous construits sur une structure relativement simple, mais chacun recèle suffisamment d’énergie et de riffs imparables pour arracher des envies de headbanging même au thrasher le plus blasé. Seule ”Pounding
Metal”, une reprise pas vraiment folichonne d’
Exciter inexplicablement balancée comme un cheveu sur la soupe en fin de galette, vient tempérer cet enthousiasme, tant elle s’avère banale et en décalage avec toutes les petites bombes qui la précèdent ; en réalité, je la soupçonne d’avoir été ajoutée au dernier moment et à la va-vite juste pour faire franchir à l’album le cap symbolique des 30 minutes (mais était-ce bien utile, quand un certain “
Reign In
Blood” ne dépasse pas les 29 minutes et constitue pourtant l’une des pierres angulaires du genre ?). Notons tout de même la présence sur ce titre de… Dan Beehler justement, ce qui constitue, il faut le reconnaître, un argument de poids aux oreilles de tout vieux speedeux qui se respecte.
Alors évidemment,
Thrashback ne fait pas dans l’originalité et tout ceci a un gros air de déjà entendu : au fur et à mesure que les chansons défilent, on pense pêle-mêle aux premiers
Metallica, à
Overkill, à
Death Angel, à toute l’école allemande (
Destruction,
Tankard, etc.) et, par-dessus tout, à
Exodus et à
Whiplash, auquel le trio fait immanquablement penser dès les premières notes. Au niveau des paroles, ça ne vole pas bien haut non plus, ces dernières frôlant bien souvent (volontairement ?) la caricature. Pourtant, force est de reconnaître que le disque atteint son but avec brio, celui de délivrer un métal rapide et franc du collier, sur lequel il fait bon suer à grosses gouttes dans le mosh-pit entre un slam acrobatique et une binouze bien fraîche. En toute honnêteté, la sympathie qu’inspire
Thrashback dans sa démarche m’incitait, dans un premier temps, à mettre un tonitruant 17/20 à ce premier effort. Néanmoins, son très (trop ?) grand classicisme, ainsi que la reprise dispensable qui vient plomber la fin du CD m’obligent, la mort dans l’âme, à ôter 2 points à cette première impulsion, pour un score final de 16/20.
Comment ça, 17 - 2 ça fait pas 16 ?!?
Ce que j'ai voulu dire, c'est que si j'étais vraiment impartial, j'aurais mis 15 à ce disque, mais que compte-tenu de la sympathie qu'il m'inspire, j'ai fait un odieux acte de favoritisme et je lui ai finalement collé 16 !
Oui, je sais, c'est pas bien, je vais avoir des problèmes avec le Recteur de l'Académie… ;)
Merci pour la précision sur Dan Beehler, ce détail m'avait en effet échappé.
... mais du coup, je vais me renseigner !
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