Grandir ou rester un éternel adolescent, affronter la vie et ses déboires ou se réfugier dans notre monde imaginaire que nous chérissons tant. On pourrait croire à l’histoire de la vie d’aujourd’hui et personne n’échappera jamais à ces gens nous disant enfin de grandir et de nous comporter en adulte « responsable ». Probablement écœuré de ne pouvoir rester de perpétuels gamins aimant lancer une cuillère de purée au visage de notre voisin à la cantine, il vient forcément le moment de s’asseoir et de se poser les bonnes questions.
Plus proche que jamais du fameux cap de la trentaine,
Smash Hit Combo franchit barrière après barrière les épreuves de la vie, à commencer par le départ de Sami Haouci, remplacé au pied levé par Max
Keller afin de suppléer à l’éternel MC qu’est Paul. Au-delà d’un changement de vocaliste, la musique subit également un nouveau virage, s’orientant sans sourciller vers un Djent Technique, ne gardant que de «
Reset » ce style du
Deathcore à breakdown en privilégiant une ambiance résolument plus sombre, bien magnifié par le mastering de
Magnus Lindberg.
Les années passant,
Smash Hit Combo gagne en XP afin de se défaire de la scène dite « moderne » qui se retrouve déjà à tourner en rond. Alors que
Periphery s’enlise et hésite et qu’
Hacktivist se laisse un peu trop désirer, les Alsaciens grandissent, mariant les refrains fédérateurs et les punchlines geeks afin de parler des difficultés de la vie, transformant métaphoriquement (et de manière toujours plus compréhensible et intelligente) la vie quotidienne pour être davantage paré à l’affronter sans jamais renier notre âme de jeunesse, parlant à la génération Y, l’engageant à s’enrager sans pour autant perdre espoir.
Et cette rage s’entend dès l’hymne à l’égo-trip et à la culture geek qu’est « In Game ». Trente mille punchlines à la seconde, un Djent pachydermique saccadant le son avec brutalité, mais pas que. Si la voix rap est toujours si efficace, il est à noter que le chant hurlé gagne énormément en émotion et en puissance alors que le chant clair, très intelligemment disposé le long de l’album ne souffre que trop rarement de fautes de goût. Notons ces breaks d’une précision chirurgicale et ces instants mélodiques surprenants qui embellissent de beaucoup un rythme moins mastoc et plus recherché, apportant régulièrement un côté aérien très intéressant et souvent bienvenu.
Autre hymne à notre jeunesse disparue, la davantage Néo « Baka » parvient à faire sortir une ambiance live d’un titre de studio. Le flow nous rentre-dedans et transpire d’un amour sans bornes à la Japanimation (même les plus … fin’ voilà). Concerné par le même ton, mais davantage ancré dans la verve textuelle principale de cet album, « Time
Attack » lance un chrono électro, se saturant d’un mélange de technicité (cette basse !) et de puissance sourde vers un nouvel hymne vindicatif…
Parler de la « verve textuelle », c’est reconnaître que
Smash Hit Combo met de plus en plus en avant ses doutes au moment d’affronter entre quatre yeux l’IRL quotidienne. Le moment donc de traiter des trois « ballades » de cet album. Ballades qui n’en sont évidemment pas, mais l’atmosphère extrêmement mélodique et émotionnelle qui en ressort est à même de les considérer comme d’étouffantes bulles d’air…
« Sous Pression » conserve une touche Djent, mais use d’effets électro pour alléger le propos… le couplet est ambiant, mais le masque tombe sur des refrains puissants (mais mélodiques) et des breakdowns ravageurs, lourdeurs et cris à la place du chef d’orchestre. Quelques points de similarités sur l’introduction de « Quart de Siècle » qui conserve ce début puissant et des couplets encore plus délicats rappés à la perfection. Si les refrains dynamitent toujours de leur force destructrice le rythme principal, ce break plus calme, cette voix plus mélodique et cette basse ronflante introduisent à la perfection un redémarrage hurlant, mais triste et poignant…
« Déphasé » use également des mêmes artifices, mais sait se démarquer par un final déroutant, dévastateur et surtout un break extrêmement surprenant dans sa mélodicité extrême d’une exceptionnelle émotivité. « Irréversible » oppose une nouvelle vague de violence et de colère de par de multiples saccades guitaristiques, n’étant pas s’en rappeler les tordus de
The Dillinger Escape Plan. Si les couplets gardent toujours cette patte plus posée, les refrains parviennent encore et toujours à nous surprendre de par une aisance mélodique prenante, parvenant à marier ambiance mélodique et voix vomitive de haine avec simplicité.
N’allez pas non plus croire que cet album est calme, car là n’est pas le propos principal ! Et si « B314 » offre un petit moment d’accalmie au beau milieu du recueil, « Animal Nocturne » démarre brutalement pour offrir une déconstruction schizophrénique bien à l’image des textes ainsi qu’un refrain qui vise juste dans sa précision et son efficacité. Loin d’offrir une nouvelle accalmie, « Le Vrai du Faux » mélange agressivité, puissance et hargne pour offrir un vrai titre dévastateur qui sait se tempérer de par des scratchs sourds et de breaks ambiant à la limite du Post-Rock. Le rappeur américain None Like
Joshua offrira son flow rapide et précis pour clôturer l’album avec « 48H », offrant un florilège d’ambiance brutale, rapide et furieuse sans jamais délaisser la patte mélodique dont
Smash nous a habitués à présent.
Un refus de vieillir mélangé à une maturité technique et mélodique,
Smash Hit Combo réussit avec succès à franchir le cap du troisième album. Alchimiquement parlant, «
Playmore » nous montre un groupe totalement sûr de lui, évoluant et grandissant avec son temps sans jamais sacrifier son âme d’éternel adolescent. Le Rapcore français s’offre enfin la nouvelle jeunesse oubliée depuis les mésaventures de la
Team Nowhere.
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