Phlogiston Catharsis

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Nom du groupe Phobos (FRA-2)
Nom de l'album Phlogiston Catharsis
Type Album
Date de parution 10 Septembre 2018
Style MusicalMetal Industriel
Membres possèdant cet album3

Tracklist

1.
 Biomorphorror
 
2.
 Igneous Tephrapotheosis
 
3.
 Zam Alien Canyons
 
4.
 Aurora Sulphura
 
5.
 Neurasthen Logorrh
 
6.
 Taqiyah Rhyzom
 
7.
 Aljannashid
 
8.
 Smothered in Scoria
 

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Phobos (FRA-2)


Chronique @ JeanEdernDesecrator

18 Septembre 2018

Plus qu'une évolution dans la discographie du groupe, c'est un réveil

Phobos est un des deux minuscules satellites de la planète Mars. Un jour lointain, dans quelques dizaines de millions d'années, son orbite dangereusement proche de l'attraction martienne le fera s'écraser sur la planète rouge. Phobos signifie "peur" en grec. P.H.O.B.O.S est un nom parfait pour un groupe de metal industriel.
Un phlogiston est un type de matière intrinsèque à tout être ou toute chose, qu'on pensait être à l'origine de la combustion, selon une hypothèse déchue du XVIIIe Siècle ; Catharsis est un album inintéressant de Machine Head : "Phlogiston Catharsis" est un titre d'album qu'on pourra qualifier de... difficile . Et encore, ne nous plaignons pas, l'EP précédant cet album s'appelait "श्मशान काली", ce n'est pas une boutade, c'est de l'indi.

P.h.o.b.o.s n'est pas facile d'accès, et si on s'en aventure trop près, il vous enferme dans son monde tel un trou noir. Un monde de torpeur insondable, différentes versions de l'enfer recréées par Frédéric Sacri à chacun de ses disques. Le fabuleux "Tectonics" donnait l'impression de se trouver des kilomètres en-dessous d'un volcan, écrasé par des pulsations infernales. Ce premier album à la puissance minérale et incandescentement dévastatrice était à P.h.o.b.o.s ce que "Streetcleaner" était à Godflesh, une œuvre maîtresse théoriquement indépassable. Evacuons tout de suite la comparaison avec Godflesh, inévitable quand on parle de metal industriel à base de boite à rythme froide, de guitares ultra lourdes, et de vocaux désincarnés ; P.h.o.b.o.s avait presque dépassé le maître sur ce coup-là. Les albums suivants ont d'abord marqué une évolution un peu tribale avec "Anoeudipal", avant de s'enfoncer dans un nihilisme aride avec "Atonal Hypermesia", noyé dans un tournoiement de dissonances et d'effets.

Le projet a été longtemps un One Man Band, autour du seul Frédéric Sacri (guitare, programmation, voix), après de nombreux problèmes de line up dans ses premières années. Depuis 2016, il s'est adjoint les services de Mani Ann-Sitar (guitare, claviers et voix) et de Magnus Larssen (le terme "sub/infra/pulse" officiel doit désigner un tourmenteur de quatre cordes), dont on ne connait pas grand-chose pour l'instant, à part des silhouettes incandescentes dans un artwork.

Pour situer le territoire de "Phlogiston Catharsis", on planterait des points de repère stylistiques sur le Black Metal (la reverb, certains plans aigus de guitare, l'agressivité de la voix), le Doom (La lenteur perpétuelle) et l'Industriel. Ce dernier aspect est le plus présent, avec moult bruitages amoureusement greffés sur des patterns mécaniques sophistiqués, comme dans le titre "Aurora Sulphura" qui est profondément rythmique et secoué de pulsions. On ne parle pas d'indus à la Marilyn Manson, mais de quelque chose de plus souterrain. Outre l'influence G….sh déjà citée, avec mes références de vieux con, la musique de P.h.o.b.o.s me fait aussi penser à la rudesse et à la noirceur de l'album "Embedded" de Meathook Seed, et à la bizarrerie alienoïde de "Lo Flux Tube" de O.L.D, deux pépites du metal indus des années 90.


Ce "Phlogiston Catharsis" marque plus qu'une évolution dans la discographie du groupe, c'est un réveil. Si le groupe a gardé cette gangue de réverb et de delay qui entoure tous les instruments, ceux-ci sont sortis de leur léthargie. Le premier titre "Biomorphorror", ou aussi "Aurora Sulphura" sont encore dans la lignée atonale et monocorde du précédent album, avec des riffs ou la progression mélodique est presque a-musicale. Dans certains riffs, il y une suite d'accords ou une note qui ne sonnent pas, a priori, mais qui vous rentrent dedans à l'usure. C'est totalement déloyal, mais ça marche.

Mais dans la plupart des morceaux, une richesse inattendue et organique éclaire ce ténébreux maelstrom mécanique. Les riffs de base sont bien meilleurs, simplement, et les morceaux sont plus structurés, tout en étant en pleine déconstruction. Des mélodies entêtantes et tordues tourmentent l'auditeur, comme sur l'hypnotique "Zam Alien Canyons" ou le décadent "Neurasthen Logorrh". Il y a enfin des éléments auxquels se raccrocher musicalement, même si le chaos ambient est total. Le surprenant "Aljannashid" mélange ambiance orientalisante, des rythmiques qui me rappellent l'électro d'Amon Tobin, et le fondent dans son four concasseur …

La force de P.h.o.b.o.s depuis "Tectonics" est son incroyable puissance évocatrice : jamais une musique ne m'a autant fait jaillir d'images, d'impressions presque physiques, et tout ça sans prendre la moindre substance illicite, - j'ai arrêté le Nutella, c'est plein d'huile de palme -, merci P.h.o.b.os. En écoutant "Phlogiston Catharsis", j'ai l'impression d'être au milieu d'une gigantesque cathédrale sonore, en train de s'effondrer au ralenti. Des morceaux comme "Taqiyah Rhyzom" semblent avancer au hasard, partant dans une impro savamment orchestrée, pesante, chaotique, sombre, sulfureuse.

La seule vraie réserve que j'ai à propos de ce nouvel album, c'est que cette reverb qui tourne dans tous les sens autour des instruments agît comme un brouillard qui empêche d'en discerner les détails pourtant bien présents, qu'on devine plus qu'on ne les prend dans les oreilles. C'est un peu comme si le groupe jouait dans une caverne souterraine de 500m de large - encore une image qui jaillit - entassé sur une petite estrade dégoulinante de lave avec ses amplis de 5000 Watts. Il ne fait aucun doute que cela est un choix artistique pleinement assumé, qui privilégie l'ambiance quitte a perdre (un peu) de puissance. Mais l'avantage est qu'à chaque écoute, on découvre des choses qu'on n'avait pas perçues. J'imagine parfois cet album avec le son de guitare énorme de "Tectonics", agressif et prêt à exploser, ça aurait été une tuerie, enfin avec plus de morts- c'est une image, ne nous emballons pas, amis pacifistes .

J'aurais espéré qu'avec cette formule de trio, on puisse enfin voir et entendre ce phénomène sur scène... mais il semble que ce ne soit pas à l'ordre du jour. P.h.o.b.o.s, comme dirait France Gall, c'est "tout pour la musique", et pour la création dans son expression la plus littérale. Une projection de sons, de textes, d'un univers-disque, destiné à être écouté par un auditeur. Point.

Tout en étant très singulière et extrême, la musique de P.h.o.b.o.s peut plaire aussi bien à des boulimiques de doom qu'à des fondus d'indus, des nihilistes black metal... ou des égarés de l'avant garde.

Ce quatrième album de P.h.o.b.o.s est mon préféré de la discographie du groupe, malgré les sensations éprouvantes qu'il procure. Je préfère dix fois un album personnel, difficile d'accès, faisant des choix artistiques risqués, allant au bout de sa démarche exploratrice, qu'un album bien foutu ou rien ne dépasse, ni ne surprend. A chaque écoute, "Phlogiston Catharsis" donne l'envie de retourner faire un petit voyage en enfer, voir les merveilleuses horreurs à côté desquelles on est passé distraitement.

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