Déboulant sur la scène metal mélodique progressif à chant féminin animé d'une dévorante envie d'en découdre, ce jeune quintet espagnol créé en 2008 sous la houlette du producteur et guitariste Igna Jover (ex-Hatenation), du batteur Albert Gasen et de la frontwoman Raquel Domingo, rejoints en 2010 par le claviériste Dani Campos (ex-
Rising Core) et le bassiste Xavi Orga (ex-
Pyramid), s'est montré prudent dans sa démarche, octroyant cette modeste démo de 3 titres comme introductif message musical. Mastérisée par Mika Jussila (Finnvox Studios (Helsinki, Finlande)), enregistrée et mixée par Jordi Salvadó au Salver Studios, l'humble galette se dote d'une jouissive profondeur de champ acoustique doublée d'un souci permanent du détail technique. Sans oublier la finesse du trait dont se pare la pochette, dont l'artwork d'obédience fantastique et symbolisant l'espoir relève de l'habile coup de crayon de Mattias Norén.
Comme souvent dans ce registre metal, la durée des pistes est suffisamment substantielle (variant de 6 à 9 minutes) pour permettre d'asseoir, avec élégance, la progressivité de la dynamique d'ensemble sur chacune d'elles. Et ce, tout en n'omettant pas de nous plonger dans un bain orchestral aux suaves remous au fil du déroulement d'un ruban mélodique plutôt invitatoire à la captation de nos sens. Les 22 minutes de l'opus nous offrent ainsi un regard circonstancié et pluriel, à la lumière d'un propos à la fois vitaminé, émoustillant, complexe, parfois romantique, où quelques sources d'influence pourraient se faire sentir (
Autumn,
Dream Theater,
Delain,
Ravenscry...) mais n'altérant en rien l'épaisseur artistique d'un projet espéré à long terme. On découvre alors trois plages singularisées à la fois par leur atmosphère et leur logique rythmique, que l'on parcourra alors, une fois n'est pas coutume, au fil de notre progression.
Tout d'abord, à l'image de leur introductive offrande, on commence notre parcours sur des chapeaux de roue. Ainsi, sous l'impact d'une souple frappe percussive, l'entraînant et subtil «
Myth of the Cave » offre moult variations rythmiques, sur lesquelles voguent d'aériens gimmicks à la lead guitare doublées des claires inflexions de la sirène. Breaks inattendus et reprises en trombe alternent, nous octroyant ainsi un vaste et inaltérable champ de contrastes. De plus, un prolifique solo de guitare s'inscrit en creux sur un pont technique précédant de caressantes volutes dispensées par une Raquel bien inspirée. On navigue ainsi entre un
Autumn des premiers émois dans son climat souriant un poil éthéré, jusqu'à
Dream Theater quant aux combinaisons d'harmoniques, en passant par
Ravenscry eu égard à une ligne mélodique avenante, séduisante mais nullement mielleuse. Ce qui n'est pas le moindre de ses mérites.
Dans une toute autre énergie, le combo catalan a opté pour des espaces plus intimistes pour nous rallier à sa cause, sans ostentation, ni racolage. Ainsi, de jolis arpèges au piano corroborent une lead guitare au fin legato sur « Catharsys », délicieuse power ballade progressive fièrement entonnée par une déesse dont les claires et mordantes inflexions captent l'attention dès les premières vocalises. Sous de faux airs de
Delain, avec un zeste d'
Edenbridge sur le plan harmonique, le brûlot nous fait voyager en de sereines et fertiles terres techniques sans jamais lâcher de lest au fil d'une orchestration gagnant en épaisseur de flamme au fur et à mesure de sa progression. En dépit de passages complexes, qui pourraient débouter quelques tympans non avertis, le dénouement demeure heureux. Une manière finement pensée de boucler la boucle.
Enfin, c'est en apothéose que s'achève la traversée, à l'instar d'une véritable pièce en actes, où les effets de contraste et les péripéties sont loin de manquer à l'appel. Des blasts bien sentis conjugués à d'enveloppantes nappes synthétiques entament alors le plantureux « Science » qui, au long de ses 9 minutes, nous fait flirter avec un vaste champ de pression à la lumière de ses rugueux couplets, contrastant avec ses refrains d'une confondante souplesse et plutôt engageants. Si les rageuses impulsions de la belle s'intègrent parfaitement à l'ensemble ainsi constitué, elles nous invitent à toucher du doigt chaque modulation quel que soit l'espace investi, et ce, sous couvert d'une puissance et d'une justesse insoupçonnées. Sur cette fresque synonyme de roboratif morceau à tiroirs, les soli de claviers et de guitare abondent, témoignant de l'habileté de leurs auteurs. Un classique du genre progressif, réservant toutefois son lot de surprises...
Au final, on déambule dans un univers riche en harmoniques, diversifié en plans technicistes, parfois enchanteur, qu'il convient de considérer pour lui-même. Au fil des écoutes, l'impact se fait grandissant, l'opus pouvant toucher un auditorat sensibilisé à ce registre metal à chant féminin qui, peu ou prou, agrège de plus en plus de jeunes formations en son sillage. Cette menue rondelle à la logistique soignée dispose donc de sérieux atouts dont le collectif joue avec parcimonie. Une façon habile de nous retenir plus que de raison au fil des passages. Aussi, une impatience à peine voilée pointe le bout de son nez concernant la suite à donner à cette phase de démarrage. Peut-être à l'aune d'un album full length, cette fois ?...
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