Les musiciens se veulent de plus en plus multi instrumentistes, s'affranchissant de leurs compères habituels pour composer des morceaux personnels, pouponnés de A à Z sans avis extérieurs. Libres comme l'air, ils maîtrisent l'ensemble de leur projet et exploitent une part d'eux-mêmes qu'ils n'auraient pas pu dévoiler dans leur combo d'origine. C'est ce que s'est dit Craig Peters, ancien d'
Arkaik et actuel chanteur/guitariste de
Deeds Of Flesh. Désireux de se retrouver en solo, il créée son projet Destroying The
Devoid en 2014 et passe, comme il peut, deux années à l'écriture de sept titres pour son premier opus "Paramnesia". Par contre, il ne change pas ses bonnes habitudes puisqu'il reste chez Unique Leader et s'octroie encore une fois les services de Zack Ohren (
Deeds Of Flesh,
Suffocation,
Inanimate Existence...).
Avec Destroying The
Devoid, Craig Peters cherche à se créer un monde riche et varié en allant au delà du death technique qu'il affectionne. Il met toutes ses influences à contribution, créant un death progressif aux accents cinématographiques qui parlera aux amateurs de concept-album. Peters ne s'est imposé aucune limite puisque son death se mélange au black, au sympho, ou au thrash voire même à l'indus sans grande difficulté. Reste à bien mélanger le tout afin de ne pas se retrouver avec un ensemble décousu.
Peters prend la chose à coeur et fait démarrer son opus en grandes pompes avec un "
Chasm of
Existence" explosif. Le riffing reste typiquement axé death américain, avec une technicité qui rappellera évidemment le travail fait sur
Deeds Of Flesh mais l'ambiance est plus sombre avec pas mal de claviers, quelques arpèges électroniques, et des passages atmosphériques qui confèrent au titre un petit côté spatial. Très peu de temps morts même lors du break orchestral qui mène inexorablement à une déflagration de riffs. Le résultat est plus que satisfaisant !
Même si le death metal domine, d'autres éléments permettent de diversifier l'ensemble et de le rendre riche et travaillé, comme les touches sympho qui viennent régulièrement teinter les morceaux d'une aura noire et inquiétante. On n'est pas dans du grandiloquent mais plus dans de l'atmosphérique comme sur "The
Endless Cycles of Lunacy" avec son piano et ses nombreux arpèges créés par le couple guitare/clavier. "Carnivale Nocturno" nous emmène dans un cirque hanté en pleine nuit avec son côté Danny Elfman vite rattrapé par le riffing et le growl death. La progression est sympa, toujours avec ce côté cinématographique créant en nous de multiples images.
La pression tombe malheureusement aussi vite qu'elle est montée. Les trois parties de "
Beyond the
Dark Veil", un concept à elles toutes seules, permettent de montrer tout le talent de composition de Craig Peters, mais c'est là que le bât blesse puisqu'on se retrouve avec un fourre-tout, comme si le musicien avait voulu intégrer dans ces trois morceaux tout ce qu'il savait faire. De l'instrumental orchestral (toc toc les influences Zimmer), des parties acoustiques, des parties jazzy, de l'électro, de la technicité, du piano, mais aussi beaucoup de breaks et beaucoup de longueurs. Le gars a voulu trop en faire et on ne ressent pas cette force qui se dégageait des trois-quatre premières pistes. C'est moins direct et punchy mais plus recherché et esthétique. Un juste milieu aurait été appréciable pour clore cet album en beauté.
En définitive, Destroying The
Devoid est un projet solo intéressant, Craig Peters ayant un champ d'action assez étendu. Il sait de quoi il parle, maîtrise bien ses instruments et propose un univers dénué de toutes barrières. On aurait aimé plus de cohérence dans l'enchaînement des morceaux puisque les trois derniers cassent la dynamique qui s'était installée jusqu'à l'éponyme ; une coupure nette séparant une première moitié pour les amateurs d'agressivité et une seconde moitié pour les amateurs d'ambiance. "Paramnesia" est donc un opus encourageant.
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