Overspace & Supertime

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17/20
Nom du groupe Cryptic Shift
Nom de l'album Overspace & Supertime
Type Album
Date de parution 27 Fevrier 2026
Style MusicalThrash Death
Membres possèdant cet album5

Tracklist

1.
 Cryogenically Frozen
 09:24
2.
 Stratocumulus Evergaol
 29:25
3.
 Hyperspace Topography
 09:40
4.
 Hexagonal Eyes (Diverity Trepaphymphasyzm)
Ecouter10:05
5.
 Overspace & Supertime
 20:21

Durée totale : 01:18:55

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Cryptic Shift



Chronique @ JeanEdernDesecrator

26 Fevrier 2026

Toi qui rentres dans le Trou du Lapin Blanc du tech death...

Cryptic Shift n'a pas attendu l'explosion provoquée par Blood Incantation il y a deux ans, pour donner libre cours à leurs élucubrations astrales, grâce à des capacités techniques bien au dessus de la moyenne. Prenez du Coroner, du Morbid Angel d'un côté et quelques disonnances de Voivod, Vektor, de l'autre avec du space rock pour l'imagerie et les concepts, et ça vous donnera une vague idée du cocktail Cryptic Shift.

Formé à Leeds en 2010 autour du guitariste chanteur Alexander Bradley, le groupe a clairement changé de braquet en 2015-2016. On leur connait pas mal de petites parutions musicales, re-issues, parmi lesquelles de gros morceaux : un EP "Beyond the Celestial Realms" en 2016, un premier long format "Visitations from Enceladus" en 2020, et le split "Chasm of Aeons" avec Replicant, Inoculation et Astral Tomb. Signé chez Metal Blade Records en 2021, le combo prend une nouvelle dimension, qui convient mieux à ses ambitions.


En général, quand un album essaie de vous perdre, il le fait en ralentissant le rythme pour laisser le temps au cerveau de processer le chemin qu'il prend, en abandonnant l'idée même de carte mentale. Sauf pour un groupe comme Cryptic Shift qui se trouve parfaitement à l'aise pour infliger ce qu'on pourrait appeler une contemplation en accéléré. Alors bon, puisque c'est ça, moi aussi je vais faire comme ça me chante, tiens. Le contenu de cette chronique va sortir comme ça vient, dans tous les sens, façon écriture automatique. Et en plus, les morceaux se sont mis dans le désordre dans mon player, comme si ça ne suffisait pas. J'ai commencé ma première écoute en vrac, et merde !

Parce qu'essayer de décrire le maelstrom qu'est ce nouvel album de Cryptic Shift est impossible à faire de manière synthétique et ordonnée. Chronique en bordel, allons-y !

On a l'impression d'arriver au beau milieu du film aux premières mesures de "Cryogenically Frozen", en plein dans une jam jazz-metal, et que le morceau ne commence vraiment qu'après que cette orgie a pris fin, dans une toute autre direction, celle d'un thrash prog débridé aux riffs voivodiens qui tire sur le tech death.
Le prémice est que Cryptic Shift fera selon ses envies les plus tordues, sans s'occuper de la conformité de sa musique aux canons du thrash, du death ou du prog.
Pour donner un nouveau point de repère dans ce labyrinthe aux changements supersoniques, le combo a évolué vers un mélange entre le Death époque "Symbolic", Mekong Delta, Vektor, Cynic et Nocturnus. C'est bien simple, à côté dans le style, le dernier Blood Incantation ressemble à du AC/DC.

Alors que j'ai commencé par accident par les pistes les plus courtes - et heureusement !, je me sens déjà ultra largué, tiré vers l'avant vers un crocodile qui trotte à la vitesse d'une bonne mobylette, comme diraient les Nuls.

J'ai une fascination particulière pour l'artwork de "Overspace & Supertime", qui mélange un peu l'esthétique de classiques de la bande dessinée de la SF des années 70, de Druillet, et Moebius. Tout dans cet opus exerce une emprise par une désorientation constante, et des moments où le temps semble avoir pitié de vous et vous laisser le rattraper.
C'est un enfer de terreur luxuriante, Alice aux Pays des Merveilles tech death, à peine franchi le trou du Lapin Blanc. Xander, le guide de ces lieux, n'a pas l'air beaucoup moins taré, entre borborygmes growlés, cris de thrasheur dérangé rendu fou par les attaques incessantes et imprévisibles des guitares ("Stratocumulus Evergaol"). Où est le milieu, la fin ? Pourquoi j'ai pris trois croisements en une minute et demie ? Pourquoi les musiciens se complaisent-ils dans la complexité au bord du précipice du chaos complet ? Quand il s'emballe, rythme est souvent très rapide de surcroît, jusqu'à des vagues de blasts : il y a toujours du chaos quelque part !
Ça ralentit quand même à intervalles irréguliers,... le temps reprend de l'horizontalité,... tiens aussi au milieu des strato-machins de Smeagol, le morceau finit par s'arrêter, pour repartir de manière plus structurée et thrashy. Et au moment où tu raccroches enfin les wagons , c'est reparti !
Le pire, c'est que je n'ai pas envie de descendre du Grand Huit Infini et que je n'ai pas eu la gerbe. Je VEUX savoir la suite.
Ça regorge de plans monumentaux, certes on rétorquera que c'est de la branlette de manches à huit bras, du tirage d'accords impossibles mais il n'y a pas que ça, il y a toujours une mélodie bien présente ou des accroches rythmiques efficaces. La musicalité est ébouriffante, maline, parfois en avant, ou juste en arrière plan, comme une légère teinte donnée aux notes.

Les six cordes ne se restreignent pas aux sons saturés, les sons clairs ou crunch peuvent être de mise, même sur des parties rapides. L'utilisation de la guitare dépasse parfois celle du riff ou du solo pour construire des effets saisissants, comme cette montée stridente qui précède la grosse speederie, ou ces hululements flippants de notes aiguës sur la dernière pièce de vingt minutes "Overspace & Supertime". Cette dernière comporte plusieurs passages où fuit la raison : le chemin vers la fin est de plus en plus hallucinatoire.

La basse sonne comme de la fretless, mais avec une surprenante rondeur épaisse et gourmande, comme sur "Hexagonal Eyes (Diverity Trepaphymphasyzm)". Ce qui est un peu embêtant avec ce disque, c'est que pour réécouter un moment vraiment kiffant, IMPOSSIBLE d'avoir la moindre idée d'où il se trouve, il faut tout se retaper. C'est pas grave, sauf qu'il faut avoir plus d'une bonne heure devant soi. Alors que "Hexagonal Eyes" s'arrête et redémarre sur autre chose, je me dis qu'ils sont vaches, Cryptic Shift, ils auraient pu faire un découpage un peu plus lisible des morceaux : rien que "Stratocumulus Evergaol" est en plusieurs sous-parties, un album dans l'album, quasiment. A la limite, ça me rappelle comment ça se passe parfois quand on compose les premières idées d'un morceau, en répétition : on fait partie 1, puis 2, puis 3, on refait la 1, ... Là on dirait que le groupe a composé, travaillé et enregistré bout à bout toutes les parties, sans chercher à retravailler la cohérence des morceaux. Ce n'est pas le cas bien sûr.


J'ai beau me méfier par expérience de ce genre de création tentaculaire avec des pièces à rallonge, dont la découverte est enthousiasmante, mais finissent avec le recul par vous laisser étranger par leur hermétisme forcené, n'est-ce pas, Steven Wilson ? La question est : peut on se perdre plusieurs fois, sans avoir l'impression de gâcher son temps ?
A chaque fois que j'ai réécouté cette gigantesque fresque spatiale, c'est un autre album que j'ai redécouvert, peut être parce que le cerveau n'a qu'une capacité d'absorption limitée, et qu'il choisit arbitrairement où l'oreille portera le regard. Le manque éhonté de cohérence ne facilite pas les choses pour faire un panorama fixe et définitif de "Overspace & Supertime" (rien que le titre, pourquoi s'attendre à comprendre quelque chose ?), en comparaison avec son dernier (moins) long format "Visitations from Enceladus", le bond en avant est considérable : beaucoup plus débridé, varié, puissant, complexe, élaboré, et déconcertant, l'expérience de l'univers de Cryptic Shift qu'offre cet opus est fascinante, et à nulle autre pareille.


6 Commentaires

13 J'aime

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mechant - 28 Fevrier 2026:

J attends lundi la reception de ce nouvel opus...les 2 morceaux en ligne sont super, bien que compliqués dans la structure et d une écoute obligatoirement attentive. 

J espère me régaler!

tormentor - 28 Fevrier 2026:

Ta chro donne envie de croire à un album riche mais ce genre de mélange me font toujours peur et hésitant. Je vais jeter une oreille attentive et écouter Méchant. J'avais beaucoup aimé le précédent opus, j'espère que je ne vais pas être déçu comme avec Blood incantation...

Merci pour le papier.

mechant - 28 Fevrier 2026:

Écouté sur YT bonne pioche...vektor /voivod à fond .

 
Fishta - 28 Fevrier 2026:

Merci pour la chronique ! J'avais vu le groupe en première partie de Vektor en 2016 (10 ans déjà...) et bien qu'impressionné par le niveau technique des zicos, j'avais modérément accroché, la faute à la complexité du genre pratiqué et surtout à l'absence de connaissance préalable des morceaux. Les deux titres postés en pré-écoute pour cet album valent vraiment le détour et malgré leur structure alambiquée, ménagent des passages et riffs fichtrement accrocheurs qui facilitent leur assimilation. 

Comme tu le décris habilement, un mélange détonant entre Voivod (le riff et les voix robotiques à 5:50 sur "Hexagonal Eyes" sentent le "Killing Technology" à des kilomètres), Vektor d'un côté, Death, Cynic, Pestilence, Nocturnus (Il semblerait d'ailleurs que Mike Browning himself ait joué du thérémine sur ce nouveau Cryptic Shift) de l'autre mais avec une personnalité bien en place.

Un de ces groupes qui ne se fixent pas de limites et qui à leur façon font un peu avancer le schmilblick et rien que pour ça je pense qu'on peut leur dire merci, sans être obligé de tout aimer ou de crier au génie. Dans une filière purement thrash (et dans un genre moins exubérant et progressif) le Species sorti l'an dernier était assez énorme.

Pour en revenir à "Overspace & Supertime", il ne reste plus qu'à multiplier les écoutes attentives...

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