Pas moins de sept années se sont déjà écoulées depuis leur introductif «
Waterland » et quatre depuis « Virtual Time », leur second et prégnant album full length, avant de voir le combo portugais enfin refaire surface. Si bien que d'aucuns n'étaient pas loin de penser les espoirs de pérennité du projet des natifs de Barcelos à jamais envolés. Déjouant tout pronostic, voici le sextet sud-européen revenu dans les rangs, plus déterminé que jamais à en découdre, et ce, dans un registre metal on ne peut plus agité par la sévère concurrence continuant d'être imposée par ses homologues.
Ayant pris la mesure des enjeux et jaugé les risques encourus d'une telle entreprise, la troupe créée en 2007 par le guitariste Miguel Gomes s'est alors laissé le temps de la maturité compositionnelle opérer, n'accouchant de son troisième bébé « Our
Nation » que huit ans plus tard ; une auto-production riche de ses 60 minutes où s'égrainent 13 pistes metal power mélodico-symphonique aux accents pop-rock, dans la veine de
Fairyland,
Ancient Bards,
Visions Of Atlantis,
Therion,
Haggard (seconde période),
Delain et consorts.
Dans ce dessein, le line-up a subi de profonds remaniements, se stabilisant dès lors autour des talents de :
Miriam Dias et Paulo Pires au chant ; Miguel Gomes (ex-
Oratory) à la guitare ; Ivan Batista à la basse ; Tiago Moreira (ex-Eyeblast, ex-The Pisces) à la batterie ; António Silva (ex-
Oratory) aux claviers. De cette fraîche collaboration émane une œuvre volontiers enjouée et pimpante, souvent vitaminée, un tantinet romantique, aux mélodies accrocheuses, octroyant des arrangements de bon aloi et témoignant d'une ingénierie du son plutôt propre, à commencer par un mixage assurant une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation. A cela s'ajoute un enregistrement lissé ne laissant filtrer que peu de notes résiduelles. Tous les voyants seraient donc au vert pour nous offrir une traversée en eaux claires...
Le plus souvent, eu égard à ses passages offensifs, le combo nous livre de sémillants paysages de notes, avec quelques hits en puissance cachés çà et là. D'une part, l'accroche s'effectuera sans jambage à l'aune des fringantes sinuosités dont se parent «
Destiny III », « Our
Nation » et «
Legions of New Times », ''therionniens'' up tempi à l'énergie aisément communicative et délivrant tous trois un refrain certes convenu et par trop mielleux mais aisément assimilable et propice à une remise du couvert. Bref, trois tubesques plages où des choeurs aux abois s'immiscent, contribuant à densifier en le valorisant le corps oratoire. On regrettera toutefois l'inopportunité de growls bien peu loquaces dont s'affuble le second effort. De même, on ne mettra pas bien longtemps pour se voir infiltré tant par les vibes enchanteresses de « Room 45 » qu'au regard des grisantes variations de «
Secrets of Mind » et « Back to Beginning », trois titres pop metal dont l'enivrant cheminement d'harmoniques ne sera pas sans évoquer un
Delain de la première heure. A réserver toutefois aux seuls inconditionnels de saveurs acidulées.
Sans pour autant s'orienter vers les charts, d'autres espaces d'expression trouveront les clés pour aspirer le tympan du chaland friand de pistes easy listening. Ainsi, l'entraînant « Dreams We
Lost » nous offre à la fois un insoupçonné face à face entre une guitare féline et un synthé reptilien et d'avenants couplets que relayent des refrains catchy. Le schéma d'ensemble s'avère toutefois un poil caricatural, au risque de tomber dans une inextricable niaiserie. Dans cette dynamique, et non sans rappeler les premières heures de
Visions Of Atlantis, octroyant de truculentes rampes de claviers doublées d'un inaliénable tapping, le nerveux « Another Star » ne manque pas d'atouts pour assurer sa défense. Mais, là également, le refrain s'avère des plus prévisibles et la persistante jovialité du manifeste pourrait bien finir par diviser l'auditorat. De même, l'immédiate accessibilité du sillon mélodique et les limpides inflexions de la déesse émergeant des pimpants « Starlight » et « Until the
End » pourraient a priori impacter l'aficionado du genre. Cependant, accusant un manque cruel de pep et surtout de personnalité, n'ayant de cesse de nous plonger dans le monde enchanté de candy, ces ''dysneyens'' propos ne pourront éluder une désaffection partielle des rangs.
Parfois, le message musical se fait plus complexe, requérant alors plusieurs passages circonstanciés avant son éventuel apprivoisement. Ce qu'illustre le pulsionnel et torturé «
Fire Burning » ; un titre sanguin aux riffs épais et au tapping martelant, dans l'ombre d'
Ancient Bards. Cela étant, on regrettera une sente mélodique en proie à d'incompressibles linéarités, et ce, en dépit de l'inaltérable et prégnant mordant du méfait. On ne sera guère moins déconcerté par les enchaînements d'accords exhalant de « Demons
Eyes », tempétueux effort gothico-symphonique dans le sillage de
Visions Of Atlantis. Pourtant doté d'un fuligineux solo de guitare, la sauce ne prend pas, l'échevelant propos voguant sur un bien terne sillon mélodique, disséminant des growls peu probants et s'avérant sujet à une tenace et usante répétibilité de ses intrigantes harmoniques.
Quand la lumière se fait plus douce et l'ambiance tamisée, les tensions s'évanouissent aussitôt, nos compères nous livrant par là même leurs mots bleus les plus sensibles. Aussi, d'un battement de cils s'imposera à nos tympans alanguis «
Land of Dreams », ballade romantique jusqu'au bout des ongles dont le magnétique sillon d'harmoniques ne sera pas sans rappeler
Therion, première mouture. Convolant à l'unisson, un duo mixte en voix claires d'une sensibilité à fleur de peau suit une ligne mélodique des plus ensorcelantes que n'auraient reniée ni
Nightwish, ni
Visions Of Atlantis. Bref, un exercice de style qui sied particulièrement bien à nos acolytes, et qui, assurément, ne laissera nullement indifférent l'aficionado d'instants ouatés.
A l'issue de l'écoute de la plantureuse, proprette et joviale rondelle, une pointe de jouissance auditive mêlée d'un zeste de frustration nous étreint, le combo portugais nous projetant dans un univers onirique peuplé d'enchanteresses créatures tout en ne concédant pas l'once d'une prise de risque. Si elle s'avère diversifiée sur les plans atmosphérique et vocal, on aurait peut-être souhaité des exercices de style moins stéréotypés et surtout des lignes mélodiques bien moins immédiatement lisibles qu'elles n'apparaissent.
Pour l'heure, l'aventure continue néanmoins assez sereinement pour l'expérimenté combo portugais, même si les irrégularités et persistantes carences dont témoigne ce troisième opus ne lui autorisent pas encore l'accès au rang de valeur confirmée du power symphonique à chant féminin. C'est dire que la pérennité du projet passera par sa capacité à nous surprendre, nous bousculer, nous émouvoir, tout en s'éloignant quelque peu de la prégnante empreinte de ses illustres maîtres inspirateurs. Peut-être à l'aune d'un quatrième mouvement ?...
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