Ordeal

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17/20
Nom du groupe Skepticism
Nom de l'album Ordeal
Type Album
Date de parution 18 Septembre 2015
Labels Svart Records
Style MusicalDoom Funéraire
Membres possèdant cet album12

Tracklist

1.
 You
 09:20
2.
 Momentary
 07:41
3.
 The Departure
 09:52
4.
 March Incomplete
 11:59
5.
 The Road
 06:57
6.
 Closing Music
 10:20
7.
 Pouring
 09:03
8.
 The March and the Stream
 12:26

Durée totale : 01:17:38


Chronique @ Icare

15 Janvier 2016

Après 25 ans d’existence et quatre chefs-d’œuvre, Skepticism nous offre un nouveau monument.

Pour marquer le coup de la rédaction d’une deux-centième chronique, il fallait bien un monument. Et quand on parle de monument, le nom de Skepticism est un choix logique ; en effet, tant au niveau de la qualité indéfectible de chacune de leur œuvre que de la durée monolithique de ces dernières, le quintette finlandais en impose, à l’image d’un colosse de pierre inaltérable et intemporel qui du haut de sa grandeur contemple la décadence humaine avec un visage impassible.
Et, pour compléter la métaphore, on peut affirmer que le combo est réellement un pilier dans son style, s’élevant et soutenant de ses quatre full lengths l’édifice mortuaire d’un funeral doom dont il a contribué à (re)dessiné les contours.
Car en effet, contrairement à nombre de ses compères, Skepticism, au fur et à mesure de sa discographie, opte pour une approche musicale plus éthérée, favorisant un art doom certes lent, noir et terriblement dépressif, mais non exempt d’une certaine beauté solennelle, qui en même temps qu’elle semble nous enfoncer six pieds sous terre, nous apaise le cœur et l’âme.


Après un Alloy qui, à l’instar de Shape of Despair, semblait vouloir s’extirper du carcan suffocant du doom funéraire traditionnel pour chercher un peu d’apaisement et de lumière, voici venir Ordeal qui poursuit sur la même voie, imposant un doom magistral, lent et majestueux, aussi torturant qu’apaisant. A priori, pas ou peu de changement à l’horizon, pourtant, les conditions d’enregistrement de ce cinquième album sont bien particulières : Skepticism a fait le pari risqué de capter ses six nouvelles compositions en live, et sur format vinyle s’il vous plait ; Pouring et The March and the Stream, qui achèvent l’album, sont en réalité deux titres issus de sorties précédentes, histoire de respecter le format exigeant du vinyle qui ne tolère pas plus de 20 minutes de musique par face (sans ces deux titres, on se serait donc retrouvé avec la deuxième face du second disque vierge, ce qui aurait tout de même été bien dommage ! Ainsi, Ordeal dure la bagatelle de 77 minutes, parfait pour les longues soirées d’hiver !). Automatiquement, cette démarche aura un impact important sur le son, dépourvu des artifices du studio – cela s’entend notamment sur la voix, très imparfaite, qui donne un côté plus humain à l’ensemble - et ici très dense, lourd et suffocant, et la musique du combo, forcément plus dépouillée.
Pourtant, le constat est immédiat : Skepticism nous happe dès les premières notes dans l’épaisseur moite de sa musique, nous conviant à une cérémonie occulte aussi morbide que sublime. Le public peu nombreux et discret confirme cette impression troublante d’assister à un rituel intime avec une poignée d’initiés.

Tout commence avec You par cette longue introduction lénifiante aux fragrances orientalisantes, composées de quelques notes de clavier à la profondeur presque mystique. On comprend tout de suite qu’on rentre dans un sanctuaire sacré dont on ne sortira pas le même, Eero Pöyry parvenant à créer dès les premières secondes une atmosphère unique, à la fois chaude et glaciale, poussiéreuse, figée et mélancolique, tissant un voile de désolation qui nous enveloppe de ses ombres mystérieuses.
Puis arrivent les guitares, lentes et implacables, entonnant un chant funèbre entêtant martelé par une batterie qui impose un rythme lourd et agonisant. La voix de Matti, proprement terrifiante car trop humaine, glaireuse, terreuse et décomposée, dégueule une souffrance indicible de ses éructations graves et étranglées, agissant comme le croque-mort qui, à chaque pelletée, recouvre un peu plus le cercueil et nous enfuit plus profondément dans les entrailles béantes d’une terre fraîchement remuée. Ces plaintes abominables nous suffoquent, contrastant avec la beauté solennelle de la musique, avec notamment ce court intermède acoustique et contemplatif en milieu de morceau, qui nous aide à trouver une nouvelle bouffée d’air salutaire. Vers la fin, on jurerait entendre les guitares pleurer, versant une pluie de notes aigues et lancinantes qui nous accompagnent dans l’épreuve terrible du deuil.

La transition se fait directement avec Momentary, claviers et arpèges sereins ponctués par quelques coups de cymbales qui renforcent cette ambiance douloureuse, douce-amère et intime d’enterrement, là où pour quelques précieux instants, les vivants se rapprochent et communient pour faire honneur aux défunts et surtout pour surmonter la douleur de la perte.
Pendant 77 minutes, Skepticism est magistral. Les mélodies impassibles et plombées des grattes électriques s’entrelacent avec la sensibilité douloureuse de parties acoustiques qui aèrent les miasmes mortuaires du charnier, les claviers délivrent des mélodies enchanteresses tandis que l’orgue charge l’air de ses lourdes volutes sacrées. L’album ne manque pas de moments forts : le début de The Departure avec cet orgue grandiloquent, ces riffs massifs et ces vocaux terrassants est un moment de grâce, et dès 1,47 minutes, ce break splendide nous plonge dans une torpeur morbide, avec ces notes de clavier fragile et cette batterie réverbérée qui semble émaner d’un autre monde ; un titre fantastique alliant souffrance pure, mélancolie et beauté avec une maestria géniale. March Incomplete, particulièrement calme et mélancolique, nous offre également un superbe solo central au feeling céleste ; petit bémol pour The Road, un peu moins intense et habité que les autres morceaux, mais qui reste tout de même des lieues au-dessus de la masse des morceaux de doom funéraire lambda semblant tous calqués les uns sur les autres. Closing Music, quant à lui, est magique et intemporel, avec ces mélodies grandioses d’orgue qui s’envolent dans l’immensité sibylline du ciel et ses guitares plus posées et mélancoliques que jamais. Le titre est largement instrumental, fier et superbe, nous délivrant pendant six longues minutes de la souffrance intolérable qui s’incarne dans les grognements décomposés de Matti et nous offrant une délivrance céleste bien méritée après ce long deuil éprouvant.


Que dire de plus ? Après 25 ans d’existence et quatre chefs-d’œuvre, Skepticism nous offre un nouveau monument. Loin du suffocant Stormcrowfleet mais toujours reconnaissable dans sa sensibilité et son approche musicale, le quintette finlandais continue tranquillement son périple des entrailles de la terre vers une lumière lointaine et diffuse que l’on aperçoit de plus en plus. Le démon voudrait-il finalement se changer en ange ? Une chose est sûre, nous le suivrons jusqu’au bout de son voyage initiatique et nous serons là pour assister à la métamorphose. Amen, et ainsi soit-il.

2 Commentaires

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growler - 15 Janvier 2016: Et bien!!! Quelle chronique!! Je vais de ce pas, aller investir dans cet album!! Merci Icare!!
Atmosfear - 16 Janvier 2016: Belle chronique et bel album en effet, une fois accoutumé comme si bien dit au son de la captation live...sur ma wishlist, mais...en CD (j'espère d'ailleurs une sortie bientôt sous cette forme...-je sais, comme le chanteur l'a dit, "avec le DVD obligatoire en prime", ça je ne m'en plaindrais pas).
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