En 2015, Kjleld sortait
Skym, très bon premier album de black metal à la fois dévastateur et mélodique qui avait fait son petit effet dans le microcosme du metal noir.
Après deux splits avec
Cirith Gorgor et
Wederganger, les Hollandais sortent enfin leur deuxième full length,
Ôfstân, pièce de neuf morceaux pour 55 minutes d’un black à la fois acéré, épique et mélancolique.
Ici, le style a légèrement évolué, la musique de
Kjeld étant sur ce nouvel album moins directe et évidente à aborder, évoluant sur de longs morceaux à la progression mélodique parfois un peu heurtée. Le côté assez sec et synthétique du son, très propre, pourra en rebuter quelques uns, surtout cette batterie au son de caisse claire très mat, qui peut s’avérer un peu envahissant. C’est que certains déferlements de violence brute renvoient explicitement à la scène suédoise, comme sur Bestjoend, morceau introductif qui démarre les hostilités sur un gros blast destructeur, enchaînant sur des parties plus posées, lentes et mélancoliques durant presque 7 minutes.
Ceci dit, l’ensemble se tient toujours très bien, et le talent du groupe est intact. Les compos, solides, variées et bien ficelées, nous emportent aisément le long de leurs variations, l’intensité de l’ensemble étant encore relevée par la voix de Skier qui par moments sait se faire particulièrement déchirée et déchirante, vibrante d’un magma d’émotions furieuses (la fin de Bestjoend, certains passages de Skaad).
A n’en pas douter, les cinq ont le sens du riff, et les neuf titres de cet album regorgent de parties de guitare accrocheuses (le couplet irrésistible de Wite Fokel, l’excellent Skaad aux airs de Der Weg einer Freiheit), même si à l’évidence,
Kjeld ne cherche pas la mélodie facile, proposant une musique parfois complexe mais qui sonne toujours vraie et spontanée.
L’utilisation des claviers mérite ici d’être soulignée : très présents bien que plutôt discrets, ils s’incarnent sous forme de nappes brumeuses et lointaines qui confèrent un côté impalpable et fantastique à la musique, à l’instar d’un Drapsnatt par exemple, avec qui la horde hollandaise a quelques similitudes. Les lignes ne sont jamais nettes, elles forment plutôt un halo, une atmosphère surannée et irréelle qui vient un peu apaiser la brutalité de l’ensemble, comme sur le long break central atmosphérique du morceau éponyme.
Pour le reste, on a affaire à un black metal riche, certes à tendance rapide et rentre-dedans, mais qui se permet de nombreuses variations tout en gardant une belle cohérence : parmi les moments les plus étonnants, soulignons le refrain clair d’Asbran porté par une pluie de blasts, surprenant mais entêtant, ce chant grave un peu maladroit sur le break central de Falske Doop ou l’intro de Wite Fokel, qu’on croirait issue d’un album de folk, simple et touchante.
Si l’on devait citer des références pour aider le lecteur à mieux se situer, j’avancerais des noms comme Drapsnatt,
Audn ou
Vallendusk dans le mélange de styles et l’intensité émotionnelle,
Saille ou encore Winterfilleth sur l’excellent morceau éponyme très épique, aux riffs fiers et conquérants qui nous submergent d’un sentiment d’exaltation mâle et guerrière. Ceci dit,
Kjeld a sa propre personnalité, et si les transitions sont parfois encore un peu abruptes,
Ôfstân est un album mature et bien composé qui ne sonne nullement comme un patchwork décousu de toutes ces influences.
Pour conclure, voilà donc un deuxième album réussi, qui confirme le talent démontré sur
Skym. Un peu plus progressif et aventureux que son grand frère, toujours intense et agressif en proposant un black racé et original, ce nouveau méfait devrait combler les amateurs d’un black metal ambitieux, à la fois épique, tranchant, destructeur et mélodique.
Si nous avons connu des températures particulièrement clémentes à l’agréable avant-goût de printemps ces dernières semaines sur nos contrées gauloises, aux Pays-Bas, il fait encore et toujours décidément très froid…
Il a tourné deux fois aujourd'hui celui-là. Étant un fan increvable du premier opus "Skym", j'attendais celui là depuis perpète. Alors déçu non, content oui, mais dérouté surtout. J'attendais de retrouver la même hargne que sur le précédent (du genre Brek en Bran / Gerlofs Donia qui sont incroyables) et c'est vrai que cette évolution plus axée sur l'ambiance m'a quand même un peu fait chier... et puis ensuite je l'ai réécouté et leur faculté à poser des compo de qualité, travaillées et recherchées malgré leur longueur reste superbe. Mais voilà le premier restera mon favori.
Belle chronique en tout cas bravo comme d'habitude
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