Black Dawn avait fait beaucoup de bruit en 2001, aspergeant sans crier gare le petit monde du black de son
Blood for Satan, premier album considéré par beaucoup comme un must have noir, ultra violent et rapide, sans aucune concession et profondément sataniste, s’inspirant d’ailleurs plus de l’école suédoise que du style de black national.
Après un tel succès et fort de cette notoriété relative, on aurait pu penser que la horde de Vaasa en profiterait pour battre un fer chauffé à blanc dans les forges de l’Enfer, et enchaînerait rapidement sur un deuxième full length tout aussi dévastateur, or c’est exactement l’inverse qui se produisit : obligé de se rebaptiser
True Black Dawn à cause d’un groupe de heavy américain ayant le même patronyme, les Finlandais sombrèrent dans le silence et se firent peu à peu oublier… Jusqu’à resurgir d’entre les morts de manière complètement inattendue en 2016 avec un très bon deuxième album,
Come the Colorless Dawn, soutenu par World Terror Comittee, qui présentait un groupe certes un peu moins extrême et explicite, mais à l’art noir toujours aussi inspiré.
Voilà donc le troisième album de
True Black Dawn, intitulé
Of Thick-Circling Shadows, suite logique et attendue du méfait précédent. La musique se fait donc moins brutale que sur le premier opus, nettement plus aérée et variée, ne reniant pas pour autant son amour pour un black destructeur mais opérant de manière bien plus insidieuse que sur le très frontal
Blood for Satan.
Effectivement, malgré les années, Wrath et sa bande restent capables de tabasser toujours aussi violemment, balançant une floppée de titres rapides et mordants qui savent sortir les crocs et montrer les muscles (
Fish,
Sin and Soma, qui démarre sur les chapeaux de roue avec une pluie de blasts serrés et supersoniques comme à la grande époque, le martelage en règle de
Palace of
Ash avec ces guitares toujours aussi précises et glaciales qui taillent les chairs dans le vif…). On retrouve ce sens du riff rapide, net et tranchant qui fait volontiers penser aux vieux
Marduk, néanmoins l’ensemble s’est nettement enrichi, avec un travail soigné sur les ambiances et les mélodies, et l’art musical de
True Black Dawn gagne ainsi en profondeur ce qu’il perd en agression pure. On retrouve donc de nombreux passages mélodiques pour un black metal qui sait alterner entre moments brutaux et sans concession et passages plus atmosphériques, ainsi qu’une plus grande diversité dans les rythmes (un
Night and Names mid tempo et très mélodique de toute beauté, qui renvoie plus à
Dissection qu’à
Impaled Nazarene, Worlds in the Mirror, autre mid énergique et épique à mi-chemin entre
Bathory et une version blackisante d’
Amon Amarth, le lent
The End of Our Age final à l’aura noire et ésotérique, porté par un riffing simple et envoûtant ainsi que le roulement de la double qui nous emmène vers un final de toute beauté à la musicalité particulièrement soignée).
C’est tout naturellement que les claviers et autres arrangements viennent prendre une place plus importante que par le passé, épaississant les ambiances, aussi ténébreuses qu’énigmatiques, tandis que les vocaux aussi ont beaucoup évolué par rapport aux débuts, moins fous et haineux certes, mais plus incantatoires, tour à tour articulés, soufflés ou éructés, typiques de la tendance orthodoxe, avec une palette d’émotions plus large.
Entre morceaux furieux et compositions plus rampantes, Volaverunt envoie un true black charbonneux et hypnotique qui renvoie à Nehemäh avec cette basse morbide aux mélodies proches de Light of A
Dead Star, tandis que The
Wind From the
Red Clouds synthétise à merveille le style des Finlandais, oscillant constamment entre influences true, black brutal à la suédoise, et metal plus mélodique aux atmosphères glaciales comme le veut la tradition nationale ; une seule constante le long de ces 45 minutes : chacun des dix titres proposés est très bon, et l’album, bien qu’agréablement diversifié et nuancé dans son approche du black metal, offre un ensemble cohérent et inspiré toujours habité par cette flamme sacrée qui semble n’avoir jamais quitté le groupe.
Si hier déjà, l’aube était noire et semblait n’offrir que peu d’espoir, ces ombres épaisses qui nous enveloppent pour la troisième fois n’ont décidément pas volé le titre de «
True »
Black Dawn, qu’on se le dise !
Album placé en première position de ma wish-list, j' avais été envouté par colorless dawn malgré le grand écart stylistique avec Blood for satan. Et lire le bien que tu penses de toute leur disco me rassure car j'ai lu pas mal de commentaires mitigés voire même négatifs... franchement ce n'est pas parce que les morceaux au sein d un album sont assez différents que cela sonne diffus ou générique! Merci donc de remettre l église en flammes au milieu du village avec cette belle chronique aussi envoûtante que le groupe.
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