Nombreuses sont les vertes formations metal symphonique à chant féminin à avoir cru dur comme fer en leurs chances d'essaimer leurs riffs aux quatre coins de la planète et vu hélas leurs espoirs prestement envolés en fumée. D'autres, plus rares, loin d'avoir déposé les armes, se sont défendu bec et ongles pour tenter de faire plus largement entendre leur voix, avec, pour effet, de rester plus durablement dans la course, dont ce jeune et discret trio australien originaire de Sydney. Aussi, un an à peine suite à son introductif et encourageant EP «
All There Is » nous octroie-t-il un second souffle de même acabit répondant au nom de «
Of Metal and Wheels », une auto-production modeste de ses 20 minutes où ne se dispatchent guère plus de 5 mais enivrantes pistes. Cette nouvelle et menue offrande serait-elle dorénavant de nature à venir inquiéter leurs homologues stylistiques, toujours plus nombreux à se bousculer au portillon ?
A l'instar de son aîné, l'artwork de la jaquette de cet opus s'avère des plus sobres dans sa palette graphique comme dans son concept. C'est dire que la frugale rondelle vise, elle aussi, à la sincérité du fond et à l'harmonie des formes, c'est-à-dire à l'authenticité du message délivré. C'est précisément dans ce dessein qu'ont réuni leurs forces la chanteuse au limpide filet de voix Lisbeth Rowe, la claviériste Natalia
Rosenfeld et Lachlan Blackwood, aux guitares et à la programmation. Le trio australien nous convie alors à un rock'n'metal symphonique, cinématique et ''nightwishien'' en l'âme. A la fois racé, empreint d'élégance, recelant de grisantes lignes mélodiques, une cohésion instrumentale sans failles, une technicité éprouvée mais non ostentatoire et des arrangements de bon aloi, le méfait se dote parallèlement d'une ingénierie du son rutilante, à commencer par une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut et une belle profondeur de champ acoustique. Autant de qualités nous intimant d'aller explorer plus en profondeur la soute de la petite goélette...
Contrairement à son devancier, une brève entame et une laconique outro instrumentales enserrent le propos, lui conférant à la fois charisme formel et profondeur d'âme. Classiquement dans ce registre, le ballet s'ouvre sur un fugace et cinématique mouvement, à l'instar du ''nightwishien'' «
Lament for Abel » ; un poignant espace rock symphonico-progressif, digne d'un générique d'une grande production hollywoodienne, où une violoneuse assise samplée évolue sur un enveloppant et soyeux tapis synthétique au fil de l'épaississement du corps orchestral.
Plus sobre, empreint d'authenticité et d'une sensibilité à fleur de peau, sous couvert de délicats arpèges d'accords au piano, c'est à pas feutrés que «
Lullaby for Taavi » ferme la marche.
Sans y perdre de sa superbe mélodique, le message musical se fait désormais moins enjoué qu'enivrant, un tantinet moins incisif et énergisant que naguère.
Seul mid/up tempo metal symphonique de la galette aux faux airs d'un
Epica de la première heure, «
Master of One » démentira ce constat, son entraînante cadence engendrant alors un headbang subreptice. Aussi, effeuille-t-on une pulsionnelle offrande à l'immersif refrain, glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, mise en exergue à la fois par les claires inflexions de la belle et les growls caverneux de son comparse, et recelant en prime un saisissant effet de contraste rythmique, les sidérantes montées en puissance du dispositif instrumental finissant par s'effacer derrière de sensibles gammes égrainées par le maître instrument à touches.
Lorsqu'il touche aux pièces en actes symphonico-progressives, le collectif australien parvient là encore à nous retenir plus que de raison. Si c'est à pas de loup qu'on entre dans la danse à l'aune du''xandrien'' « A New Age », cet épique mid tempo progressif recèle à la fois de puissants roulements d'un tambour martial doublés d'une insoupçonnée et soufflante densification du paysage orchestral. Voguant sur de sinueuses et magnétiques nappes synthétiques, déversant ses couplets finement ciselés que relayent d'entêtants refrains, mise en habits de lumière par les limpides volutes de la déesse, c'est sans ambages que la poignante fresque s'inscrira dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon.
Au registre des moments intimistes, le combo a placé ses espoirs de l'emporter sur une subtile réappropriation de « Scarborough Faire », ancestrale et aérienne ballade folk popularisée en 1966 par Simon et Garfunkel. Reprise par
Leaves' Eyes,
Nox Arcana, Queensrÿnche,
My Dying Bride, et tant d'autres encore, les Australiens d'Oberon, quant à eux, nous livrent une version toute de satin vêtue mais nullement édulcorée, où s'installe l'une ou l'autre variation atmosphérique, et insufflée par les hypnotiques patines de la maîtresse de cérémonie. Sous-tendue par une gracile et libertaire flûte à laquelle répond en écho un fluide et inaliénable slide à la guitare acoustique, et sans pour autant dénaturer la troublante sente mélodique de sa substance originelle, c'est sans anicroche que cette énième mouture s'avérera apte à déclencher la petite larme au coin de l'oeil. C'est dire que cet instant privilégié pourtant battu et rebattu, mais habilement revisité par nos acolytes, continue à jouer avec nos émotions pour mieux s'en emparer.
En définitive, ce second mouvement enchante par ses ensorcelantes mélodies, ses touchants harmoniques et une onde sirénienne apte à engendrer quelques frissons. Certes plaisant et bénéficiant d'une production d'ensemble désormais de bonne facture, mais demeurant en stricte conformité avec les codes du genre, dans sa structure comme dans les exercices de style dispensés, le méfait ne parvient alors que rarement à nous surprendre. De plus, l'une ou l'autre prise de risques et un brin d'originalité accolé au concept eurent été souhaitables pour permettre au collectif australien de se démarquer de ses si nombreux opposants. Ayant néanmoins cette capacité d'enivrer nos sens pour nous transporter loin des contingences matérielles, nous amenant alors peu ou prou à remettre le couvert, le trio n'est pas sans armes pour répondre efficacement à leurs attaques. Dans l'attente avec une impatience à peine voilée d'un album full length où pourraient s'y exprimer plus amplement leurs talents...
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