En
2012, la formation irlandaise «
Celtachor », déjà présente sur le label
Trollzorn, est parvenue à s’imposer sans trop de difficulté à côté d’autres combos de prestige de son pays avec son «
Nine Waves from the Shore », en suivant tout simplement les pas de ses confrères nationaux. Ce qui lui a permis d’accompagner de prestigieuses formations folk et pagan metal lors de tournées qui ont suivi. Avec ce début tout en fanfare, le chanteur et flutiste Stephen Roche s’est vu propulsé chanteur du groupe « Mael Mórdha » en 2014, suite au départ du chanteur historique Roibéard Ó Bogail. Tout va pour le mieux pour «
Celtachor ». C’est donc plein d’assurance que la troupe s’attaque à leur second forfait, album-concept entièrement consacré au dieu irlandais Nuada Airgetlamh, chef de la lignée des Tuatha de Danann, qui a perdu un bras lors de la première bataille de Magh Tuireadh, remplacé ensuite par un bras d’argent, d’où son nom et le nom du volume «
Nuada of the Silver Arm ». Comme pour «
Nine Waves from the Shore » la pochette est signée par la batteuse française Anaïs Chareye. Elle nous produit là une très belle couverture tout enflammée. On aurait voulu, cela dit, qu’il en soit autant du contenu. Mais l’Irlande est une contrée paisible, où la brume remplace trop souvent le soleil.
Celui-là se découvre à peine au milieu de l’orage déclenché par «
Arrival of the Tuatha », mettant très au profit les percussions pour rendre l’instant aussi percutant et enivrant que possible. Avec l’arrivée de la guitare électrique nous assistons à un véritable envol. Nous reviens alors le pagan bourru et contemplatif que l’on a pu découvrir sur leur précédent album, néanmoins un brin plus alourdit, faisant parfois émerger une forte influence «
Primordial ». En plus de cette influence précitée, on peut cerner aussi la phase virulente que l’on retient parfois chez «
Cruachan » à travers le tout aussi abrupt « Bres ». L’extrait, arrivant en milieu d’album aurait failli basculer dans la redondance, s’il n’y avait pas eu quelques bribes acoustiques au doux parfum mélancolique. Le titre éponyme lui faisant suite, par son rythme par à-coups, essoufflé et mid tempo, fait aussi dangereusement relation avec la monotonie. Là encore l’acoustique va être essentielle, en plus des renforts de percussion à part du milieu de morceau. On assistera là, à cet endroit précis, à une sorte de second souffle notable.
Le désarroi transporté par « Second Battle of Magh Tuireadh » est puisé dans la même essence, lorgnant du côté de «
Primordial » par sa froideur et sa gravité. Heureusement, le titre ne perd pas totalement dans les tréfonds, un rythme plus soutenu et concassant anime la fin du morceau, un peu de la même manière que fut animé « The Mighty Sreng », percutant, alerte, mais également un brin répétitif et redondant. Il s’illustre loin de la subtilité perçue dans les titres du premier album de «
Celtachor », qui trouve en « Uaithne
The Dagda’s Harp » un parfait héritier, bien que légèrement érodé par endroits. On l’appréciera pour ses charges ascensionnelles et contemplatives, qui aèrent les passages non-chantés. Un peu de vigueur ne fait pas de mal. C’est ainsi que l’on retient avec attention un «
King Eochaid’s
Fall » au ton déterminé. Le titre propose un black pagan assez classique, corrosif, entrecoupé d’accélérations à la limite des blasts, par un break étrangement doux et langoureux, s’ouvrant à la musique traditionnelle irlandaise et au violoncelle.
Il peut sembler que «
Celtachor » ne joue plus autant la carte du folklore et des sonorités celtiques à comparer cet opus à «
Nine Waves from the Shores ». A l’évidence, le groupe a dilué sa part folklorique. On ne retient plus exactement le même mélange, et les influences portées à certains grands dieux est d’autant plus visible. Les courts interludes acoustiques «
The Gathering » et « Nuada’s
Burial » ne changeront pas la donne malgré l’efficacité de leur atmosphère obsédante. «
Nuada of the Silver Arm » est un album froid, sans complexe et sans futilités. Une ancienne force divine qui s’estompe dans les brumes, toujours armé de sa masse, mais sans bouclier. «
Celtachor » peut toujours vous asséner de formidables coups avec des compositions soignées et solides, par contre, moins tourné vers le folk et les ambiances celtes qu’avant, le colosse se découvre, montre ses points sensibles, quelques signes de redondance, des influences ostensibles qui ralentiront sa course à venir. «
Celtachor » perd de sa dorure. L’or s’est changé en argent.
14/20
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