No Fuel Left for the Pilgrims

Liste des groupes Hard Rock DAD (DK) No Fuel Left for the Pilgrims
Paroles
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
Nom du groupe DAD (DK)
Nom de l'album No Fuel Left for the Pilgrims
Type Album
Date de parution 03 Mars 1989
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album109

Tracklist

1. Sleeping My Day Away
2. Jihad
3. Point of View
4. Rim of Hell
5. ZCMI
6. True Believer
7. Girl Nation
8. Lords of the Atlas
9. Overmuch
10. Siamese Twin
11. Wild Talk
12. Ill Will

Chronique @ largod

11 Fevrier 2015

Un pied dans le culte

Disneyland After Dark, il fallait oser quand même.
Rien que le nom de baptême de ce groupe créé aux débuts de l’année 1982 à Copenhague par Stig Pedersen, récemment viré de son poste de bassiste du groupe punk ADS, et par Jesper Binzer, guitariste chanteur, laisse imaginer un univers multiple et déglingué au cœur d’un Danemark encore réticent au métal hurlant. Il fallait en effet oser s’engouffrer sur la piste d’un cow-punk déluré, look dandy du Grand Nord garanti, avec, en renfort, Peter Lundholm aux baguettes et la petite amie de Stig, Lene Glumer au chant, pendant de nombreuses séances de répétitions. Et ce, avant de faire collectivement le deuil de son organe le soir du 3 décembre 1982, suite à un premier concert peu convaincant derrière le micro.
Oser, prendre des risques, se chercher. Trouver sa voie.
Disneyland After Dark tâtonna de 82 à 87, sans pour autant oublier leur rêve commun qui les fit se réunir : devenir célèbres et prendre du plaisir à jouer. Au cours d’une année 1983 surtout consacrée aux études supérieures, Stig et Jesper demandèrent au jeune frère de ce dernier, Jacob « Cobber », de les épauler au poste de lead guitare avec, en point d’orgue, ce concert du 3 mars 1984 au Musik Caféen de la capitale danoise, qui marqua le véritable envol de DAD. Premiers émois, premiers contacts avec le monde obscur et pailleté de l’industrie discographique. Un premier EP en 1985 suivi par deux albums en 86 et 87, la marche avant est enclenchée. Mais DAD se cherche encore, tâtonne toujours, ouvre des voies. Leur musique ne laisse pas indifférent, commence à remplir encore plus les clubs puis leur entrouvre les portes d’autres contrées. A tel point que son second LP « DAD Draws a Circle » mélange punk rock, hard rock, country et gospel dans une éprouvette machiavélique d’où allait enfin jaillir l’essence d’artiste inclassable du jeune quartette.

Le virage est pris, DAD sait désormais où il va avec ce troisième album « No Fuel Left for the Pilgrims ».
La digestion des influences multiples arrive en fin de cycle et le groupe nous balance aux oreilles un hard rock hargneux et soigné, savamment pourvu d’une dose de vitamine punk et hanté de touches diverses en provenance du Far-West Américain.

Dès les premiers accords de « Sleeping My Day Away », la messe est dite. Les forts relents de guitare des 50s qu’aucun crooner n’aurait reniés et encore moins Jacob Binzer transportent ce chef d’œuvre aux confins des grandes plaines du Midwest, là où sont nées tant de légendes. Peter Lundholm frappe droit et sec alors que son compère Stig Pedersen plombe le groove derrière un chant éraillé et râpeux qui fait ressembler Jesper Binzer à un Joe Cocker (RIP) avant sa mue adolescente. DAD remet dans le mille avec un second bijou, « Point of View », claquant et magique, avec ce délicieux écho de guitare à nouveau lui donnant cette mélancolie heureuse que devaient sans doute ressentir les cow-boys sur le cuir de leurs selles lors d’interminables transhumances. Le petit « Cobber » enfonce le clou sur le groovy et incisif « Girl Nation », sans avoir l’air d’y toucher mais en nous gratifiant d’un solo cosmique. Son frère termine le boulot avec son chant invitant à taper du pied et à reprendre le refrain toute gorge déployée. Il applique d’ailleurs la même recette sur « Wild Talk », sachant qu’il peut compter sur l’imposante base rythmique de la basse deux-cordes qui deviendra légendaire de Stig. ADN partagé jusqu’au bout du médiator, les deux frères Binzer proposent des lignes de guitares inspirées et entraînantes sur cette première partie d’album sans pesanteur, faisant décoller DAD bien au-delà des rives du Rio Grande.

Deux intermèdes inattendus et témoignant des capacités sans limites du groupe jalonnent cet album.
Tout d’abord « ZCMI », avec sa grosse basse bien pesante et ses guitares rockabilly, qui lui donnent une teinte de rock de saloon du fin fond de l’Oregon. La palme de l’OVNI sur cette galette revient à l’expérimental « Ill will », sorte de thrash-speed contrarié dont Faith no More aurait pu reconnaître la paternité après une partie de poker menteur.

DAD sait aussi durcir le ton comme le prouve le nerveux « Jihad » qui avance fort sur une section rythmique monstrueuse et une doublette de guitares AC/DC pur jus. L’entame heavy de « Rim of Hell » se heurte bien vite à un mur de guitares aussi poisseux qu’un bain de goudron promis au premier pied tendre venu, sans oublier les plumes, mais aussi ce chant soudain fortement houblonné et rocailleux de Jesper et le solo aérien de son prodigieux frangin. Dans la droite ligne métronomique de ses glorieux aînés Australiens, le vernis rock à la Rose Tattoo de « True Believer » se retrouve dans un riffing bien gras et une jolie partie de manivelle des six-cordistes. DAD sait aussi rester simple et binaire avec « Lords of the Atlas » tout en conservant le nécessaire groove chaloupé de son style naissant. Mention spéciale au travail des chœurs sur le refrain comme sur le Rogue Malien « Overmuch », plus tortueux mais traversé par un riff bref et tranchant à la Malcolm Young. Saluons aussi cette basse omniprésente de Stig Pedersen qui forme, avec le jeu direct et sec de Peter Lundholm sur ses peaux pas rouges, les deux poumons du souffle créatif de DAD.
Enfin, le dernier témoignage du génome punk de Stig transpire sur « Siamese Twin » à la fois pour son urgence et son chant énervé.

Il fallait donc oser, prendre des risques car tout finit par payer.
A défaut de se mettre un coup de pied au cul, DAD pose ostensiblement un pied dans le culte avec ce troisième album sorti le 3 mars 1989, soit 5 années après ce concert initiatique qui vit naître le groupe dans une composition qui restera inchangée jusqu’en 1998. Assumant résolument un style désormais débarrassé du superflu, les quatre Danois, après avoir tombé le masque du cow-boy incompris, peuvent enfin prendre le sentier de la renommée et fumer le calumet de la paix en souvenir de leurs démons oubliés.


Didier – février 2015
From the pale lips of a youth who lay
I'm Sleeping My Day Away
And when the night comes to the city I say
I'm Sleeping My Day Away

13 Commentaires

9 J'aime

Partager

samolice - 20 Mars 2015: Enfin trouvé sur le net à un très bon prix. Version d'origine avec le bon gros boitier qui pèse lourd (mais ils mettent quoi aujourd'hui pour fabriquer les boitiers?). Ecouté en voiture en rentrant du boulot. Miam.
samolice - 25 Mars 2015: Ca fait une semaine que je me passe sans cesse le morceau "Point of view". Je le trouve juste fantastique! Comment j'ai pu oublié ce titre pendant tant d'années? Grrrrrr
largod - 25 Mars 2015: Ah la mélancolie du cow-boy...
PhuckingPhiphi - 25 Mars 2015: Que des hits sur c't'album j'vous dis ! J'ai beau m'être converti au Death et au Black depuis l'époque, mon petit cœur sensible fond comme neige au soleil à chaque fois que je le réécoute... ce qui arrive régulièrement !
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire