Nouvel entrant dans le paysage metal mélodique à chant féminin, ce jeune quartet étasunien originaire de Detroit, dans le Michigan, entend, en toute légitimité, essaimer ses riffs et faire largement entendre sa voix. Poussés par une intarissable motivation à en découdre, nos acolytes nous octroient tout de go un premier album full length répondant au nom de «
Nightstone Manor », auto-production de 11 titres dispatchés sur un ruban auditif de 43 minutes. Quels seraient alors les atouts de ce premier jet pour autoriser le combo nord-américain à venir jouer les épouvantails dans un registre metal qui ne l'attendait pas nécessairement ? Faut-il y voir-là un premier élan symbolisant l'accessit du collectif nord-américain au rang de sérieux espoir de ce concurrentiel espace metal ?
Mais avant d'aller plus loin, quelques présentations s'imposent. Aussi y trouve-t-on conjugués les talents de : Ella
Rose, chanteuse aux puissantes et chatoyantes modulations, Joe Madonna aux guitares, Dave Alan à la basse et Kenneth Vaughn derrière les fûts. De cette étroite collaboration émane un propos rock'n'metal mélodique aux relents heavy, dans la veine coalisée de
Lacuna Coil,
Battle Beast,
Frozen Crown,
The Gathering et
We Are The Fallen. Se dessine alors une œuvre à la fois volontiers enfiévrée et vigoureuse, parfois enivrante, un brin romantique, jouissant d'une technicité instrumentale dores et déjà affirmée et d'une mélodicité plutôt avenante. Cette galette bénéficiant d'un enregistrement de bonne facture et d'un mix bien équilibré entre lignes de chant et orchestration, le confort auditif ainsi procuré autorise son parcours d'un seul tenant. Mais entrons sans plus attendre dans la cale du navire en quête de quelques pépites intimement enfouies...
S'il se plaît parfois à nous projeter sur des charbons ardents, le combo nord-américain trouve alors sans mal les clés pour nous rallier à sa cause. Dans cette mouvance s'impose, en premier lieu, « The Chamber
Inside », up tempo aux riffs épais et aux ondoyants gimmicks guitaristiques ; à mi-chemin entre
Delain et
Frozen Crown, cet offensif méfait aspirera le tympan tant par son énergie aisément communicative qu'au regard de son frémissant refrain, mis en exergue par les puissantes inflexions de la sirène. Dans la lignée de
Battle Beast, «
Dying Ways » se pose, lui, tel un galvanisant up tempo aux riffs acérés adossés à une sanguine rythmique et pourvu d'un entêtant refrain mis en habits de lumière par les troublantes impulsions de la princesse.
Quand leur convoi instrumental ralentit un tantinet sa cadence, nos acolytes parviennent à nouveau à nous retenir, un peu malgré nous. Ainsi, calés tous trois sur une ligne mélodique certes déjà empruntée mais des plus enivrantes, sur laquelle se greffent les sensuelles oscillations de la déesse, et recelant chacun un bref mais fringant solo de guitare, les ''lacunacoilesques'' mid tempi «
Once a Promise », «
Silent Dream » et « I » n'auront pas tari d'armes pour asseoir leur défense. Fougueux mid/up tempo aux riffs crochetés et disséminant de furieux et inaltérables coups de boutoir, le ''lacunacoilesque'' «
Black Rose », pour sa part, poussera à un headbang bien senti.
Dans cette dynamique, et parce qu'ils nous mènent volontiers en de mornes plaines, d'autres passages demeurent un poil en retrait des pistes ci-dessus mentionnées. On pourra alors retenir «
Jester's Smile », mid tempo aux reflets heavy, dans la lignée de
Battle Beast, davantage pour ses enchaînements intra piste des plus sécurisants que pour un sillon mélodique en proie à de tenaces linéarités.
Plus difficilement domptable encore, « Face Myself » se présente, lui, tel un ''gatherien'' mid tempo aux couplets accusant une terne mélodicité, relayés chacun d'un refrain, certes, agréable à défaut de s'avérer inoubliable. Mid tempo aux riffs massifs et recelant un fin legato à la lead guitare, «
Ancestral Curse » est, en ce qui le concerne, en proie à une usante répétibilité de ses schèmes d'accords. On passera donc son chemin, une fois encore.
Lorsqu'ils nous conduisent en d'intimistes espaces, nos compères nous adressent leurs mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre, d'une part, «
Nightstone Manor », chavirante ballade atmosphérique et progressive, dans la lignée coalisée de
We Are The Fallen et de
The Gathering. Infiltrée de délicats arpèges au piano et à la guitare acoustique, et mise en habits de soie par les troublantes modulations de la maîtresse de cérémonie, la tendre aubade ne se quittera qu'à regret. On ne saurait davantage éluder «
Cold Veil Year » poignante power ballade reposant sur un souriant paysage de notes, et dotée de sensibles gammes pianistiques et d'un fin picking à la guitare acoustique ; un instant privilégié encensé par les pénétrantes oscillations d'une interprète bien habitée, que n'auraient probablement renié ni
Battle Beast ni
Frozen Crown.
A l'issue de l'écoute de la rondelle, on ressort à la fois interpelé tant par le potentiel technique que par la rutilante ingénierie du son affichés par la formation étasunienne, mais aussi plus mitigé eu égard aux répétitives séries d'accords placées çà et là sur notre route. Pour se sustenter, d'aucuns auraient sans doute espéré un propos aux phases percussives moins stéréotypées qu'elles n'apparaissent, davantage de diversité sur les plans atmosphérique et vocal, la belle monopolisant le micro de bout en bout de la galette, ainsi qu'un zeste d'originalité supplémentaire. Et s'ils parviennent parfois à nous aspirer dans la tourmente, il conviendrait néanmoins que nos acolytes songent à affiner encore le trait mélodique pour espérer plus immédiatement impacter un tympan déjà accoutumé aux travaux de leurs maîtres inspirateurs. Bref, un premier essai en dents de scie octroyé par le quartet étasunien...
Note : 12,5/20
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