Dans un climat éminemment agité par une pluie incessante de grêlons artistiques qui s'abattent sur les vallons encaissés d'une Allemagne riche de talents en matière de métal symphonique, les productions s'enchaînent souvent, parfois se bousculent, et bien peu souhaitent rester figées dans une position de retrait. Ainsi, les maisons de disques impliquées dans ces tumultes reçoivent ces appels célestes qu'elles cristallisent sous forme de quelques délicats flocons musicaux qu'elles saupoudrent en les insufflant avec bienveillance à nos oreilles. Parmi ces douces larmes venues du ciel, on perçoit l'âme d'une formation en devenir : le sextet de power symphonique allemand
Arven.
La particularité première du groupe consiste à se composer de cinq membres féminins et d'un seul membre masculin : Till Felden, à la batterie. Le combo est mené au chant par Carina Hanselmann, à la voix de cristal et aux subtiles et aériennes variations. C'est dans ce contexte qu'a été réalisé leur premier opus intitulé "
Music of Light". Il s'agit d'une oeuvre à laquelle ont participé tous les membres, que ce soit au niveau des compositions ou des textes pour chacun des dix morceaux que compte ce premier opus.
Une première impression se dégage : L'univers acoustique et rythmique majeur est propre au métal symphonique, avec des touches de power disséminées sur quelques titres. On se situe dans le sillage de groupes tels que
Kingfisher Sky,
Ansoticca, voire
Delain, par moments, notamment sur le plan mélodique. L'ensemble se veut très harmonieux, entraînant, instrumentalement solide et à l'orchestration chatoyante, progressive et bien dosée, riche sans être opulente. Les textes, quant à eux, sont délicatement écrits et viennent se caler avec justesse à la fois dans la mouture instrumentale et suivant les différentes lignes mélodiques proposées et aptes à les mettre en valeur.
Ce sont sur des registres différents que les trois morceaux qui me sont apparus les plus convaincants se placent. On relève, entre autres, "Till Death Do Us Apart", à la douce rythmique propre au métal symphonique et qui se déploie progressivement le long d'un cheminement mélodique bien inspiré. Très harmonieux, ce titre permet une mise en relief de la magnificence de la voix de son interprète à laquelle répondent en écho des choeurs, sous l'impulsion de tonalités subtiles et parfaitement maîtrisées. Un poil plus dynamique, le titre éponyme de l'album ravit par le champ étendu des modulations vocales de Carina autant que par la judicieuse progressivité de l'orchestration. Non moins mélodieux que le titre précédent, ce morceau propose des refrains bien ciselés ainsi que d'intéressantes joutes instrumentales entre violon et guitare à mi-piste. Là également, les choeurs viennent renforcer la puissance orchestrale de fond de bien belle manière. Que dire alors de la splendide ballade "My Dear Friend"? Il s'agit d'un morceau émotionnellement puissant de par la richesse des harmonies engagées, la clarté et les envolées quasiment lyriques de la jeune diva et l'utilisation conjuguée du piano le long d'une ligne mélodique sans failles. Une légère rythmique progressive s'observe ainsi qu'une jolie correspondance entre un piano bien enjoué et un beau solo de guitare, le tout sous l'égide d'un ensemble orchestral usant d'accords très agréables à l'oreille.
D'autres morceaux retiennent également l'attention, même s'ils me sont apparus un peu moins inspirés que ceux ci-dessus. A commencer par le dynamique "On Flaming
Wings", au rythme syncopé, aux variations vocales de premier ordre et aux refrains mélodiquement impressionnants de finesse. Tout aussi entraînant et non moins intéressant sur le plan textuel, "World of
Hatred" utilise les mêmes ingrédients instrumentaux et harmoniques pour nous séduire. Dans cette lignée, "
Ruined Castle" n'est pas en reste non plus, utilisant judicieusement les choeurs, offrant de somptueux refrains et des couplets bien travaillés. Quant à "Raise your Cups", la douce introduction à la flute qu'accompagne une délicate guitare nous conduit à une rythmique rapide, voire à un léger taping, le tout sur fond de couplets et refrains assurés par les très agréables modulations vocales de la chanteuse. Sur un même modèle de composition, on trouve "
Midwinter Nights", mais qui use cependant davantage des contrastes de rythmes que le titre précédent. Enfin, on ne peut passer sous silence l'ultime morceau de l'opus "A
Stranger's Story", de par la richesse de ses harmonies, ses changements opportuns de rythme, ses contrastes de voix, dont un passage parlé, sans oublier son solo de guitare opportunément placé.
Ce premier album, on l'aura compris, appelle de ses voeux un public diversifié, de par son accessibilité rythmique, ses mélodies imparables sur de nombreuses plages, un confort acoustique autorisant bien souvent une écoute prolongée des pistes sans sourciller. On n'oubliera pas non plus, bien sûr, l'angélique voix de Carina, celle-ci pouvant parfois pousser à l'addiction. Enfin, la production d'ensemble est soignée, les arrangements s'avèrent tout à fait satisfaisants et renvoient à un travail en studio des plus aboutis. Du coup, on aurait souhaité prolonger le plaisir de l'écoute par un ou deux morceaux supplémentaires du même acabit.
Cet opus conviendra vraisemblablement aux amateurs de power symphonique à chant féminin, notamment à ceux qui rechercheraient un peu de fraîcheur dans cet univers déjà bien plombé et dominé par quelques groupes continuant à faire office de référence dans ce registre.
Bref, j'ai beaucoup apprécié ce disque, mais pas du tout le suivant =/ .
EDIT : Bonne chronique eric.
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