Chaotique carrière que celle des brésiliens touchant de près ou de loin à
Angra tout au long des décennies qui s’écoule. Pourtant groupe inspirant, inspiré et toujours couvert d’une forme de grâce, de délicatesse et de technicité acérée, il semblerait que la plupart de ces membres soient destinés à vivre une carrière probablement tout sauf simple et tranquille.
Nous ne reviendrons par sur celle de
Andre Matos, devenu référence aux débuts d’
Angra, maestro avec ensuite
Shaman puis l’ombre de lui-même dans une carrière solo où il sombre lentement dans les limbes d’une inactivité confondante et dans une (malheureuse) forme d’anonymat inquiétant (hormis au Brésil où il continu de vivre sur son passé). Nous pourrions évoquer le cas de Ricardo Confessori, parti de
Angra pour fonder
Shaman avec Matos, seul survivant du split faisant suite à "
Reason", revenant finalement dans
Angra après "Origins" (de
Shaman) avec le décrié "Aqua" pour finalement repartir et désormais ne plus rien faire. Ou encore Aquiles Priester, autre batteur spectaculaire débauché du groupe après l’excellent "
Aurora Consurgens" pour des raisons obscures, ayant complètement manqué son recrutement dans
Dream Theater pour aujourd’hui être derrière les futs de
Noturnall, groupe des membres du
Shaman de l’après-Matos (vous me suivez toujours ? Ce monde est définitivement une grande famille !). Quand on sait que Thiago Bianchi (chanteur justement des deux derniers
Shaman et
Noturnall) est actuellement au chant dans
Angra pour la tournée des 20 ans de "Holy
Land" puisque Fabio Lione est en tournée avec
Rhapsody, il y a vraiment où se perdre.
Cependant, celui qui nous intéresse aujourd’hui est bel et bien (vous vous en doutez) Eduardo Falaschi, remplaçant émérite d’
Andre Matos sur le désormais culte "
Rebirth" et ayant chanté sur "
Temple of Shadows", ni plus ni moins que l’un des meilleurs disques de
Power progressif de tous les temps (surement moins culte que "Holy
Land" et "Angels
Cry" mais techniquement et musicalement d’un aboutissement quasi absolu). Le chanteur avait décidé, après "Aqua", de partir là aussi pour d’étranges raisons, invoquant des soucis vocaux et une tonalité abusée pendant des années qui n’était pas la sienne. Élément étrange puisque quelques temps plus tard sortait "
Unfold" avec
Almah (son autre groupe) dans un registre très similaire, et bien moins agressif que son prédécesseur "Motion" qui lui flirtait plus allègrement avec le thrash que le power.
Il fait désormais son come-back avec un disque sous son propre nom, sobrement intitulé "
Moonlight" (est-ce un hasard de prendre le titre d’un des morceaux les plus emblématiques de la carrière de Matos ?) où il reprend des titres de
Angra (huit) et d’
Almah (un seul), comme pour dire qu’
Angra reste avant tout sa vie artistique. Néanmoins, c’est uniquement sur un piano et un quartet à cordes que le brésilien chante, annonçant des arrangements jazzy et intimistes.
Dans les faits, du jazzy il y en aura fort peu mais de l’intimisme beaucoup, sans pour autant que l’on comprenne réellement la profondeur de la démarche. Pourquoi revenir avec un opus où, justement, il démontre bien peu de choses vocalement parlant ? Pourquoi reprendre du
Angra alors qu’il annonçait lui-même ne plus être capable d’en chanter ? Là encore, quand on sait qu’il est venu dernièrement pousser la chansonnette sur scène avec son ancien groupe, il n’y a qu’un pas pour dire que l’album est un sacré appel du pied.
Entouré de Tiago Mineiro (célèbre pianiste au Brésil) et du violoniste Andriano Machado, il transforme sans jamais dénaturer ses propres classiques avec une certaine délicatesse et une belle musicalité. Débutant sur le classique "
Nova Era", on reconnait aisément la mélodie du titre de speed metal. Les sensibilités diront quelles sont les versions que chacun préfère mais l’honnêteté voudra qu’aucune des versions de "
Moonlight" n’arrive à faire oublier l’original. Il est évident que l’ensemble est différent mais la prise de risque musicale est minimale bien souvent et l’ambiance ne change que trop, ne faisant que remplacer l’instrumentation metallique par un piano et des arrangements symphoniques. On trouvera par exemple la troisième version de "
Rebirth", et après la version originale devenue un classique et la sublime adaptation acoustique présente sur le ep "Hunters &
Prey", cette version fait bien pâle figure et ne dégage que peu d’émotions. Idem pour un "Heroes of
Sand" qui est très loin de la force de sa version première. Comme quoi reprendre un titre calme et initialement épuré en version piano n’est pas si simple. Il reste bien "Bleeding
Heart" (lui aussi sur "Hunters &
Prey") mais le résultat final est finalement assez proche de l’original.
Ce sont les titres que l’on attend le moins dans l’exercice qui s’en sortent finalement le mieux. Le très technique "Angels and Demons" est complètement réarrangés avec une intro à la flute et si le résultat surprend, on a presque la sensation d’avoir un véritable nouveau titre. Idem pour "Wishing Weel" qui sonne, pour le coup, réellement jazzy et se veut même plus longue que la version de "
Temple of Shadows". "Spread Your
Fire" sera plus anodine, "Breathe" également tandis que le sulfureux "
Arising Thunder" trouvera un sublime prisme avec cette version, très sud-américaine et témoignant d’un magnifique travail sur la mélodie vocale. Probablement la meilleure surprise du disque.
Globalement, "
Moonlight" ne fera probablement pas de vagues en Europe et il apparait plus comme une vaine tentative de revenir sur la scène qu’un véritable album à part entière. Ou, comme dis précédemment, une déclaration d’intention pour revenir dans les rangs du groupe qui l’a propulsé sur le devant de la scène. A l’heure où le maitre à penser
Kiko Loureiro du groupe a rejoint
Megadeth (pour le moment remplacé en live par le guitariste de…
Almah !), rien n’est moins sûr que le futur du groupe s’inscrit dans un avenir immédiat. Ce ne sera pas le premier rebondissement dans la riche carrière des brésiliens…la suite au prochain épisode…
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