Messe Basse

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17/20
Nom du groupe Nature Morte
Nom de l'album Messe Basse
Type Album
Date de parution 07 Mai 2021
Style MusicalBlack Atmosphérique
Membres possèdant cet album2

Tracklist

1.
 Only Shallowness
 08:50
2.
 White Goat, Dark Hoof
 05:34
3.
 Knife
 07:25
4.
 T.S.O.C
 04:33
5.
 Beautiful Loss
 07:24
6.
 Night's Silence
 09:49

Bonus
7.
 Messe Basse
 06:01

Durée totale : 49:36


Chronique @ JeanEdernDesecrator

15 Mai 2021

Un chaud et froid extrême

Dans une musique qui se veut extrême, où chaque genre a été exploré et poussé à son paroxysme, le meilleur moyen de ne pas repasser sur les profondes ornières laissées par les autres est de mélanger des courants à priori inconciliables. C'est ainsi que certains musiciens de black metal sortent des cadres très rigides du genre pour l'acoquiner à d'autres, comme le prog pour Ihsahn, le folk, l'industriel (les français de P.H.O.B.O.S.), l'électro (Ulver), ou le shoegaze comme le fait Nature Morte.
Non pas que le but du Shoegaze est de jouer en ne regardant que ses godasses plutôt que son manche (elle était facile), mais de développer une dimension contemplative, émotive et mélodique, tout en restant électrifiée et bardée d'effets. Les Deftones en sont un bon exemple, dans leurs morceaux calmes comme le mythique "Be Quiet and Drive" sur leur deuxième album "Around the Fur". Du coup, nous obtenons un sous-genre BlackGaze (mater ses chaussures noires, euh…), dont les représentants les plus talentueux (Deafheaven, Alcest, …) ont le bon goût de ne pas trop se ressembler. Pour lier la sauce, d'autres genres comme le post-hardcore, le sludge, peuvent s'insérer et donner une couleur encore différente.

Mais faisons fi des genres, sous-genres, étiquettes et clochers, et intéressons-nous à nos parisiens. L'origine de Nature Morte remonte à 2015, lorsque Chris Richard (Chant, basse), Stevan Vasijevic (guitare), et Vincent Bemer (batterie), qui se connaissaient depuis des années, ont monté ce groupe, presque par accident au fil d'une discussion, par l'entremise d'un ami commun. Bien qu'ils aient chacun des influences très différentes et quelques références communes, plutôt dans le rock comme Radiohead, les Beatles ou les Deftones cités plus haut, la musique qu'ils jouent n'en est pas moins violente. En témoigne leur premier album "NM1" en 2018, ainsi qu'un split avec Hegemon début 2020.

Pour ce deuxième opus, la plupart de la musique a été composée et maquettée par Stevan, le guitariste, puis répétée en groupe jusqu'à maturation complète, juste après la sortie du split EP avec Hegemon. L'album devait être enregistré en avril, mais bien sûr le confinement a repoussé le calendrier, permettant au combo de composer deux autres titres dans l'intervalle. Les sessions d'enregistrement ont pu avoir lieu en octobre 2020, au Lower Tones Studio, avec Edgard Chevallier (guitariste de Demande A La Poussière) aux manettes, et "Messe Basse" est enfin sorti le 7 mai 2021 sur le label Source Atone Records.


La photo de baptême en famille fleurant bon la fin des années 70 qui sert de pochette à cette "Messe Basse" pourra nous plonger dans un abysse de perplexité, à contre courant des visuels lugubres usités dans le black. Quels noirs desseins ont ces adultes rieurs, qui ont sûrement vu leur lots de sales guerres, de secrets de famille inavouables, de squelettes dans le placard, à l'encontre de l'innocent bambin fermement sanglé dans un lange immaculé ? Bienvenue dans ce monde merveilleux, comme tu n'en as pas idée, ah ! Ah ! Niark ! Niark ! Messe Basse, messe noire, les deux ne sont pas si éloignés. Nature Morte a donc un regard décalé, vers le passé, avec une certaine nostalgie, comme ils l'admettent eux-mêmes, pour créer son monde musical.

Si le groupe se défend des étiquettes, il est clair que la musique de Nature Morte repose sur deux univers qui s'entrechoquent et s'interpénètrent : des mélodies mélancoliques vestiges d'une innocence perdue où on peut reconnaître l'influence des Deftones, Smashing Pumpkins ("Only Shalowness","Beautiful Loss", "Night's Silence"), et de l'autre coté une violence typiquement black metal, principalement apportée par les screams écorchés de Chris Richard. Si son chant est à 95% black, même sur les parties par ailleurs tempérées, il est rejoint par les autres instruments sur de longues accélérations où la violence se déchaîne sans pitié ("Only Shalowness",
"White Goat, Dark Hoof", "Beautiful Loss",…). Lorsqu'il s'énerve vraiment, Nature Morte est clairement (!) black, ce qui explique que d'aucuns le considèrent comme un groupe black, même si sa musique est bien plus riche et ouverte que cela.

Instrumentalement parlant, en dehors des cavalcades black saturées, la guitare voyage dans des territoires variés : gorgée de delay à la U2 ("White Goat, Dark Hoof"), arpèges clairs façon Morricone sur "T.S.O.C", du strumming de guitare claire ou ce riff stoner qu'on aurait pu trouver chez les compatriotes de 7Weeks ("Knife").
La basse, suivant les passages, peut juste gonfler généreusement le son, ou passer carrément au premier plan ("White Goat, Dark Hoof", "Knife"), avec un son très profond et moelleux, qui apporte du liant et de la chaleur aux morceaux.

Les deux titres composés pendant le confinement ont une ambiance significativement différente des autres morceaux, mystique avec toms tribaux ("T.S.O.C"), ou d'une beauté implacable sur "Messe Basse" avec un larsen survivant comme un instrument sur fond de drone vrombissant, sans batterie, avec des hurlements noyés dans la reverb, lointains. Ce titre finit l'album comme un monde désolé et exempt de vie, tel qu'il est décrit dans ce passage parlé glaçant adapté du 1984 de G.Orwell, dans "Only Shalowness".

Le son concocté par Edgar Chevallier donne la mesure du gap entre l'enregistrement à la maison et celui en studio : il est clair, équilibré et puissant. Cela bénéficie énormément aux passages atmosphériques, et augmente le contraste entre la mélodie d'un coté et la violence de l'autre. La batterie, mate, un peu rentrée dans le mix, accompagne la musique sans prendre le dessus sur les autres instruments. Les guitares sont très bien mises en valeur. Le challenge était délicat, vu l'âpreté du chant hurlé dans les aigus, de le contenir pour qu'il s'intègre avec le reste, et il est réussi haut la main.

Il y a donc beaucoup de contrastes entre les différents passages, et entre l'orchestration et les vocaux, et pour les non initiés, ce chaud/froid pourra demander un temps d'adaptation. "Messe Basse" est un album homogène dans sa très bonne qualité, et l'intensité dont il fait montre soit dans la mélodie, soit dans la brutalité. Mais c'est aussi un peu son défaut, il manquera pour certains de surpuissance et de surprise telles qu'on les recherche dans la musique extrême,… sauf sur le redémarrage de "Night's Silence", qui fait mine de s'arrêter dans une Quiétude Hostile (le clin d'œil était tentant), avant d'exploser avec un cri de désespoir dans un unisson foudroyant.

Ce deuxième LP "Messe Basse" marque une progression franche depuis "NM1", plus maîtrisé, intelligible et profond. A l'image de son premier morceau, l'épique "Only Shalowness" qui résume en neuf minutes l'étendue du talent de Nature Morte. Pour certains, l'écoute de Nature Morte pourrait bien amener à la découverte du black metal, et pour d'autres elle serait un bon moyen de s'en affranchir pour explorer d'autres horizons...

3 Commentaires

8 J'aime

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David_Bordg - 15 Mai 2021:

Belle chro, Chris va être ravi.

JeanEdernDesecrator - 16 Mai 2021:

David-Bordg : Merci David !

Megabiffle - 21 Mai 2021:

Excellent album, original et varié, il pourrait préfigurer le métal de demain.Concernant le choix de la photo, je pense qu'il n'évoque rien de vraiment lugubre mais plutôt une forme de nostalgie un peu désuète, ce qui est aussi plutôt novateur, bref un" presque concept" de bon ton pour cet opus.

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