One-man-band auvergnat,
Gergovia s'est fait connaître autour d'un raw black metal aux influences guerrières et païennes, avec pour particularité de traiter beaucoup de thèmes régionaux : légendes auvergnates, passé celtique... L'unique membre du groupe,
Lord Nekron, avait un goût prononcé pour tout ce qui touchait à la guerre, comme on s'en rend compte en écoutant les titres des chansons. C'est notamment le cas sur
Si Vis Pacem Para Bellum, avant-dernier album de la formation, avec pas mal de titres bien guerriers. A vrai dire, j'ai trouvé cet album assez moyen : riffs pas toujours catchy, nappes de claviers pas forcément bien placées, quelques bonnes idées (notamment la chanson "bruits de bottes" qui nous jette dans une armée celte en campagne) mais une boîte à rythmes un peu casse-oreilles par moments... Bref, du bon et du mauvais, pas de quoi retenir l'album au milieu de la masse de productions black metal.
Sans changer de genre musical,
Gergovia change tout de même de direction dans son dernier album,
Memento Mori. Les flamboiements guerriers laissent place à un BM dépressif, aux compos plus longues. Un certain changement qui fait perdre pas mal de choses, mais en donne aussi beaucoup : les claviers mal placés et la B.A.R. clac-clac laissent place à des riffs épurés et glauques. Mine de rien, cet album est le premier du groupe à se distinguer réellement de tous les autres.
Comme son nom le laisse deviner,
Gergovia s'est un peu posé depuis le temps. La guerre, succession de compos courtes et ultra-puissantes, au point d'en être parfois assourdissantes, la guerre est terminée. Commence quelque chose de beaucoup plus lent, un espace où les riffs peuvent se développer de manière beaucoup plus longue : l'éternité. Tu n'es rien à côté des multiples entités qui peuplent l'univers, tes quelques coups d'éclat seront oubliés comme s'ils n'avaient jamais été, et tu finiras dans le même tout que le reste, poussière des poussières ! Tel est le message qui pourrait être celui de
Memento Mori. L'évolution musicale est nette, tant au niveau du genre que de la qualité.
Gergovia semble suivre la même recette que nombre de groupes BM dépressifs (compos longues, riffs allongés, batterie sempiternelle), mais il y a quelque chose en plus.
Les riffs sont plus variés, plus catchy. Ils sont puissants, comme l'Eternel ou l'Univers qu'ils incarnent. Ils donnent une impression d'écrasement. Pourtant, cette musique longue et acérée n'est pas froide. On y retrouve la chaleur des précédents opus de
Gergovia. Si, dans les précédents albums, elle était anarchique, mal maîtrisée comme peut l'être une bataille qui tourne à la débâcle, elle trouve ici une place plus importante et plus subtile. Dans l'univers de
Gergovia, elle serait plutôt la volonté qui survit aux hommes et les pousse à se battre les uns contre les autres. Il y a, ici et là, des éléments qui viennent mettre l'ambiance : un chant déclamatoire dans "
Memento Mori", des solos ébouriffants qui viennent achever un auditeur déjà à moitié entré dans le néant après une longue succession de riffs rapides ou lents, une B.A.R. très bien maîtrisée, des riffs thrash dans "Prosternes-toi devant l'Eternel"...
Gergovia a mûri, sa musique aussi. Si la thématique guerrière semble beaucoup moins présente, voire complètement évacuée, les concepts qui faisaient la spécificité du groupe sont toujours présents d'une manière plus posée. Musicalement,
Memento Mori montre qu'on peut suivre de vieilles recettes et en même temps se distinguer de la masse. Les titres contiennent de véritables ambiances, les riffs sont rapides malgré la longueur du tout, donnant une impression de contraste et de rapidité dans la lenteur qui correspond tout à fait au message porté par cet album.
Bonne nouvelle également :
Lord Nekron a engagé d'autres musiciens pour des sessions live.
Gergovia va devenir un groupe de concerts... Va-t-il reprendre des chansons des premiers albums, avec le côté vert et noir (pour l'herbe et la boue des campagnes antiques) qui va avec, ou rester sur l'aspect posé et en même temps abrasif de
Memento Mori ? L'avenir nous le dira. En attendant, voici un bon album, qui montre qu'après plusieurs sorties assez moyennes la formation a enfin su trouver son inspiration et ses capacités.
Que
Gergovia fasse ses concerts, avant que l'histoire ne les oublie et que leurs CD se transforment en poussière, comme tous les autres, au fond de nos placards pourris par les siècles et années !
J'avoue que je m'étais fais chier comme personne en écoutant Declaration de Guerre, sans interêt ni inspiration et avec un son d'une nullité que j'avais rarement entendu (il faut y aller avec le coeur pour sonner comme ça!) et je doute que cela change avec ce nouvel album.
Alors les "true" black metalleux diront que je ne comprends rien mais je trouve qu'il y a dans l'underground des groupes bien supérieurs en terme de noirceur et de misanthropie.
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