Dans la brume des nébuleuses…à travers l’opacité des étoiles et des lumières astrales…une éphémère beauté…
Amalgame de lumière et de ténèbres, de violence et d’apaisement, de diabolisme et de spiritualité, Eclectika est seul dans son monde. Reculé et isolé dans cette volonté consciente de n’appartenir à personne,
Sebastien Reignier perdure, avec son entité et son label, Asylum
Ruins Records, à être indépendant envers et contre tous.
Foncièrement minimaliste et peu enclin à se rapprocher d’une quelconque mode ou autres effets de style, Eclectika reprend avec son troisième méfait, "Lure of Ephemeral Beauty", exactement là où "Dazzling
Dawn" s’était arrêté. Cette réunion, désormais reconnue, de black metal, de musique acoustique et d’art ambiant, façonne la personnalité peu conventionnelle de la bête, sans pour autant la rendre foncièrement expérimentale ou difficile d’accès.
Toujours accompagné d’Aurélien Pers pour le chant, mais aidé par une nouvelle individualité pour les vocaux féminins (Noémie Sirandre),
Sebastien Reignier a même rendu sa recette plus fluide et simple d’accès avec cet album, rendant l’ensemble moins complexe à appréhender et globalement moins sombre et malsain que sur son effort précédent. Le black metal du titre éponyme par exemple, en est un bon exemple puisque, hormis les hurlements ignobles de
Sebastien et Aurélien, la musique en elle-même se veut très accessible. On regrettera même, par ce biais, une trop grande facilité d’accès, à travers un riff véritablement passe-partout et surtout une rythmique inconsistante qui ne lance pas l’album sur orbite comme un premier titre devrait le faire. Il s’agissait déjà du défaut majeur de son prédécesseur mais il semble que celui-ci soit rédhibitoire, tant l’ambiance véhiculée par la musique ambiante du groupe ne trouve pas son homologue avec le penchant black metal de son art. "
Through the Supernova Remnant" lançait pourtant admirablement ce voyage cosmique, à travers une ambiance unique et onirique, spatiale et écartelée entre luminosité et obscurité lunaire. L’influence de
Macabria ou
Darkspace, très perceptible sur les deux premiers opus, se fait donc plus lointaine pour se forger une personnalité plus marquée et propre.
On retrouve donc, de manière attendu, le fameux "
Trauma 835" (faisant suite à "Asylum 835" et "Experience 835") dans un dialogue schizophrénique effrayant et angoissant, preuve, s’il fallait encore le démontrer, qu’Eclectika est passé maitre dans l’art de créer une ambiance sourde et glauque, pesante et malsaine par l’intermédiaire d’une musique ambiante terrifiante et angoissante. Les sons se multiplient, les sonorités s’étirent, la brume s’épaissit et, inexorablement, la pression monte. La gorge se serre tandis que les tripes se contractent face à cette déferlante de cris et de hurlements (comment ne pas penser au "Borée" d’
Elend ?), à l’instar d’âmes en peine cherchant indéfiniment la rédemption dans les affres du Léthé.
Il est donc toujours aussi énervant, si ce n’est décevant, de remarquer la banalité de compositions comme "Cyclic
Anagnorisis" qui, une fois privée du chant haineux et excellent du duo de vocalistes, se retire comme peau de chagrin déjà par une production toujours aussi médiocre concernant la batterie et les guitares, presque inaudibles. On ne discerne pas forcément de basse et l’ensemble est noyé dans les vocaux, ne rendant pas justice à ce que le groupe a vraiment voulu exprimer à travers ses titres. Les structures sont bien trop simples pour éviter un ennui rapide, alors qu’à l’inverse, une composition comme "Sweet Melancholia" va être capable de captiver par son atmosphère unique. Le constat se veut presque identique à celui de l’album précédent, comme quoi Eclectika ne possède pas les armes, ni la production adaptée, pour s’imposer dans le black metal mais dispose néanmoins d’un talent unique dans la musique ambiante pour poser et développer des ambiances cinématographiques des plus malsaines. "Sweet Melancholia" peut surprendre car il n’est composé que de guitare acoustique et de chant féminin, mais il s’intègre parfaitement dans ce schéma (parfois quelques erreurs de justesse de la part de Noémie Sirandre, se campant trop dans des aigus qu’elle ne maitrise pas complètement). A l’instar de "There is no Daylight in the Darkest
Paradise", "Room Nineteen" confond et mélange ces deux aspects antinomiques pour une excellente fusion, très cohérente et bien plus intéressante que l’unique metal, définitivement trop inconsistant de la part du groupe (là encore, Noémie ne s’intègre pas toujours dans la composition).
En revanche,
Sebastien Reignier retrouve son génie sur "Aokigahara", longue pièce instrumentale de dix minutes, longue litanie cosmique très atmosphérique qui ne dépareillerait pas dans un film (nous sommes loin de la lente agonie de "11 Corps Décharnés").
Il est donc, finalement, difficile de savoir si nous sommes déçus ou heureux de ce troisième album, tant la sensation est similaire en tout point à celle du précédent. Déçus, nous sommes forcés de l’être car l’évolution est donc en soi minime, mais force est d’admettre que le talent pour la musique ambiante ne s’est pas perdu en route, même si on remarquera un changement notable d’ambiance entre les trois albums ("Lure of Ephemeral Beauty" étant bien plus lumineux et spatial que les deux précédents, définitivement plus abyssaux). Le projet a toujours autant de difficulté à exister dans un univers black metal, la faute à une inconstance dans les riffs et les structures, et surtout une production ne lui permettant pas d’être crédible dans ce style. Cette volonté est certes subjective, mais peut-être un jour aurons nous droit à une œuvre entièrement instrumentale et ambiante…afin de sombrer corps et âme dans les tréfonds des tourments contés par cet esprit malade qu’est celui d’Eclectika. Et si cela devait arriver, il est probable que nous n’en reviendrons jamais…
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