Il fut un temps sacré, au crépuscule de ces années 1990 et à l’orée de cette nouvelle ère que bâtissaient déjà les prémices de ces années 2000, ou les croyants du monde entier tournaient leurs yeux affamés d’espoirs vers tous prédicateurs nés en terres transalpines. Si vous ajoutiez à ce don liturgique d’une naissance miraculeuse à l’endroit consacré, un goût prononcé pour un sacro-saint
Power Metal à tendance plus ou moins médiéval, nourris d’instruments moyenâgeux et d’ambiances épiques, de rythmes essentiellement véloces à la double grosse-caisse haletante faisait offrande de prêches de doubles-croches omniprésentes, mais aussi de voix célestes qui, dans une pureté cristalline angélique, déclamaient prières et adjurations, il n’en fallait alors pas davantage pour que les adorateurs avides y voient une bénédiction. La genèse initiatique de cette illumination naissante,
Rhapsody, sut écrire, avec talent, les commandements d’une nouvelle adoration, augurant ainsi d’un renouveau sans précédent. Si cet avènement consacra justement les plus vénérables, leur ouvrant les portes d’un légitime paradis promis, il eut aussi l’affreux dessein de déverser sur un monde horrifié de pâles ecclésiastes ternis, ânonnant en des versets indignes, en des chapitres innommables, en des œuvres délictueuses, une ode au
Power Metal tout juste médiocre. Mais venons-en à
Heimdall et à son piètre
Lord of the Sky.
Inutile de s’acharner sur la production de cet album dont le son est un soupçon trop étouffé, trop grave, trop caverneux. Le procès en hérésie est, en effet, un peu prématuré, et ce surtout en considérant que ce traitement perfectible fait aussi parti du charme de ces productions aux ambitions immenses, mais dont les résultats sont parfois, pour ne pas dire presque toujours, décevants, faute de moyens. Pourtant si le minimalisme sonore sied parfaitement à des genres plus "underground", le
Power Metal, quant à lui, nécessite impérativement une précision minutieuse, et ce afin que les différents instruments puissent y exprimer toute la musicalité inhérente au genre. L’accusation est vaine d’autant plus que le son de ce
Lord of the Sky, loin d’être irréprochable, est tout à fait respectable. Non, si hérésie il y a, le sacrilège vient d’ailleurs. On ne peut pas non plus accuser ces musiciens de manquer d’allant dans la composition de ces titres moins ambitieux que ceux des Dieu du style, et ce surtout parce qu'
Heimdall a su épurer son propos de cet aspect symphonique redondant lorsqu’il n’est pas maîtrisé. Effectivement dans ces morceaux à l’inspiration, certes, sans génie, certes, sans réelle originalité, nous narrant, en un récit conceptuel, les déboires du dieu nordique
Heimdall, trouver un certain plaisir n’est pas insolite. Ajoutons que, loin de s’éloigner clairement des stigmates récurrents de l’école italienne du moment,
Heimdall y conjugue des influences plus allemandes dans un mélange pas nécessairement désagréable. Pour poursuivre cette analyse disons aussi que sur cette œuvre, les claviers sont très succincts et que le groupe déploie la sincérité respectable de ces ménestrels qui n’ont pas, en opportuniste, revêtu leurs habits au moment même où les Dieux illuminèrent le monde. En ajoutant tous ces éléments, sinon à décharge, mais pas tout à fait à charge, on pourrait penser que le bucher s’éloigne. A vrai dire pas vraiment. Le réel échec artistique de cette œuvre, outre, comme déjà indiqués, la production et un certain manque de personnalité, incombe à un seul homme, Claudio Gallo.
Si le coupable chante de manière plutôt acceptable tant qu’il ne s’aventure pas trop haut, il manque cruellement de technique, de tenue, de précision et surtout de justesse en des aigus incriminables. Tant et si bien que dès lors que le sieur tente d’atteindre ses notes les plus extrêmes, le résultat offre à l’auditeur une crispante sensation déplaisante. Tentant l’exercice de manière assez rare, rendant de fait le désagrément assez court, tel que sur un Canticles Of
Heimdall, ou que sur un
Lord of the Sky au refrain convenu mais intéressant, l’homme (comment parler de chanteur?) parfois, se laisse aller pour notre plus grand déplaisir. Le paroxysme de ce ridicule amateurisme achevé est atteint sur des titres tels que sur The
Island Of
Ancient Stone presque insupportable.
Parler d’influences allemande est d’ailleurs ici très à propos, tant Claudio tendrait à s’approcher, dans ses aigus, du timbre d’un Kai Hansen. Mais dans sa moins bonne période, celle des tous débuts d’
Helloween. La prestation se traduit donc par un résultat des plus désastreux et des plus inappropriés.
Un album, certes pas, très original dans ces compositions, où il est à noter la qualité assez bonne de ces musiciens. Une œuvre qui aurait pu être intéressante si elle n’avait pas été totalement gâchée par les faiblesses d’un chant très mal maîtrisé.
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