Au cours de ces dernières années, le metal symphonique a recueilli l'adhésion de tant de formations aux profils si variés qu'il s'avère bien difficile de sortir de l'ombre pour les nouveaux venus. Pourtant, c'est autour de cette immense table commune que vient s'asseoir à son tour le jeune sextet français
4th Circle, avec pour ambition affichée de diffuser et de faire évoluer son projet artistique.
Muni d'une belle énergie communicative et d'une technique instrumentale convaincante, le combo nous invite à le suivre dans ses pérégrinations atmosphériques. A sa tête officie la soprano Audrey Adornato qui, de sa voix claire et délicatement modulée, vient nous prendre la main pour nous attirer dans sa toile. Ainsi, elle nous fait graviter dans des espaces mélodiques colorés dont elle seule a le secret.
Concernant leurs sources d'inspiration, on ressent l'influence instrumentale de
Within Temptation sur le plan des suites d'accords, et de celle d'
Autumn pour les enchaînements vocaux et orchestraux. Quant à l'identité vocale d'Audrey, celle-ci est à cheval entre le timbre équilibré de Marjan Welman (
Autumn), les ondulations magnétiques de Sharon den Adel (
Within Temptation), les notes acidulées d'Andrea Dätwyler (
Lunatica) et le douillet velours d'Amy Lee (
Evanescence). C'est dire l'étendue de la palette des teintes vocales de la séductrice.
Fort d'un intense travail de studio, le combo nous offre là un premier opus homogène, qui s'inscrit bien dans la tradition du metal symphonique. On y trouve également quelques touches pop-rock sur certains titres, et même une ambiance orientale sur l'un d'entre eux. Ce qui n'enlève en rien à la ligne de conduite fixée par le groupe. Batterie massive, riffs de guitare frénétiques, basse accrocheuse, synthés enjoués et orchestration fluide sont autant d'éléments propres à ce registre et que l'on retrouve effectivement sur la plupart des morceaux. Quant aux textes, ils ont été soigneusement écrits et les mots claquent bien en réponse à chaque note exprimée par l'orchestration.
Parmi les dix plages de l'opus, j'ai surtout été séduit par deux titres des plus harmonieux, placés côte à côte dans la tracklist.
Tout d'abord, l'envergure artistique de "The Beginning" s'impose d'elle-même. Il s'agit d'une ballade au rythme progressif et où l'instrumentation se déploie majestueusement, le long d'une ligne mélodique très enveloppante. L'émotion nous gagne rapidement sous les inflexions répétées de la voix caressante de la diva. Elle use de son fondant vibrato à la perfection, conférant une ambiance tamisée à ce titre bien inspiré. Une orchestration un peu plus puissante, bien estampée metal symphonique vient habiter le mélodieux "Neverending Madness". Les refrains sont particulièrement entraînants et les aériennes oscillations vocales d'Audrey font mouche. Techniquement, un généreux solo de guitare nous est offert ainsi qu'un break inattendu, propice à une soudaine explosion instrumentale. On comprend que, sur des rythmiques pourtant hétérogènes insufflant des atmosphères éparses, l'exercice s'avère redoutable d'efficacité sur ces deux pistes. Leur point commun réside dans les subtiles colorations mélodiques venant flirter avec nos sens, et finissant par toucher nos émotions.
Avec non moins de maîtrise et de brio, d'autres morceaux m'ont aussi interpellé, même s'ils me sont apparus un peu moins harmonieux que ces deux perles. Je pense notamment au dynamique "
Wild As I Am", mixant habilement pop et metal au niveau rythmique. La vélocité du tempo a pour corollaire la jovialité des refrains. En outre, comme pour ne pas nous laisser en rade, un hypnotique solo de guitare nous est également proposé. Tout aussi entraînant, "One Blink" témoigne de magnifiques montées en puissance et d'un rare relief vocal chez la jeune déesse. Ses qualités lyriques s'immergent dans un morceau aux accords bien calibrés. Cette nappe riche en couleurs de notes confère à ce titre une mélodicité assez nuancée à défaut d'être des plus séduisantes. Sur un même moule rythmique, "Breathing
Again" n'est pas en reste. Son atmosphère rappelle celle de l'opus "Altitude" d'
Autumn. Puissante batterie et basse au taquet nous embarquent, en réponse à un bel enchaînement de notes chantées, au sein d'un morceau débordant de subtilités. On retiendra enfin l'envoûtant "Stopping the Time", à l'atmosphère orientale mêlée à une belle énergie rythmique. Ses couplets sont taillés sur mesure et ses refrains enjoués atteignent leur cible, celle de nos émotions une fois encore.
L'opus, dans son ensemble, s'avère plutôt accessible aussi bien sur le plan mélodique que rythmique. On parcourt donc cet album sans l'ombre envahissante d'une difficulté, même pour les non-initiés. D'aucuns auraient cependant souhaité davantage de finition au niveau des arrangements sur certains titres. Les harmonies sont le plus souvent bien dessinées mais, selon les passages considérés, manquent encore de précision. Aussi, l'accroche s'effectue partiellement sur une production au demeurant honnête et aboutie au niveau technique, mais qui, en l'absence de rayonnement mélodique, peut ne pas recueillir l'adhésion. Les morceaux les plus en retrait auraient gagné à ne pas éluder cette carence. Ce qui aurait permis à cet album de se hisser au rang des incontournables du metal symphonique. On reste donc sur l'impression favorable d'un album agréable, à défaut d'être indispensable. Mais, pour un premier jet, on ne reste pas non plus sur sa faim, ne serait-ce que pour louer les savoureux saltos vocaux de la jeune diva.
Cette oeuvre s'adresse à tous les amateurs de metal symphonique à chant féminin à tendance semi-lyrique. A condition de ne pas céder aux comparaisons avec des formations qui pourraient être des références du genre, on s'imprégnera aisément du climat chatoyant prodigué par le combo. Celui-là même qui est susceptible d'éveiller en nous d'authentiques plaisirs. Encore un petit effort sur l'axe harmonique et nul doute que ce jeune groupe comptera alors parmi les révélations des années à venir dans ce registre spécifique du metal.
Tout d'abord, il s'agit d'une première esquisse qui a éveillé en moi le sentiment d'écouter une oeuvre convenable, à défaut d'être incontournable, mais qui a le potentiel nécessaire pour évoluer favorablement. Plusieurs écoutes attentives de l'ensemble de l'opus m'ont été nécessaires pour en déceler les plus fins détails de production. Etape incontournable réalisée avec intérêt et agrémentée d'un son de qualité dispensé par la chaîne qui m'accompagne fidèlement sur l'ensemble de mes chroniques. Pour faire preuve d'une pointe de discernement, j'adjoins quelques uns de mes albums qui émotionnellement pourraient se placer en parallèle à l'oeuvre pré-citée, toutes proportions gardées, bien entendu. Après, tout est affaire de sensibilité et d'émotion, assortie du recul indispensable pour ne pas tomber dans le pathos. Pas toujours si simple, selon les albums, d'ailleurs.
Ensuite, les arguments sont certes parfois plus élogieux que de raison, j'en conviens, mais n'entament pas nécessairement quelques relents d'objectivité qui me paraissent indispensables pour ne pas se tromper sur la teneur réelle de l'album. Comme je le précise justement, à condition de soigner encore quelques défauts relatifs aux arrangements et aux lignes mélodiques de certains passages parfois un peu taillées dans la roche, ce groupe me semble avoir quelques dispositions pour faire partie des révélations de ce registre spécifique du metal dans les années à venir. Mais il ne l'est pas encore! D'où l'emploi du futur de l'indicatif dans la conclusion à ce sujet!
C'est pourquoi, au vu de ses qualités évidentes mais aussi de ses carences persistantes, j'ai octroyé un 13/20 d'encouragement à cet opus, qui pour ma part, est déjà une note honorable. Pour accéder à la mention bien (soit 14/20), il leur faudra encore plancher un peu plus en profondeur sur les aspects artistiques de leurs compositions. Ce qui pourra éviter quelques déchets qui les empêchent vraisemblablement de se hisser au niveau auquel ils prétendent.
Par ailleurs, concernant la partie vocale, je comprends l'embarras ressenti face aux différents courants d'influence qui la traversent. Ceci dit, cette relative perte d'identité vocale fait précisément sa force en ce qu'elle en joue habilement au point de signer ses propres notes. A quelques bémols près, on pourra y trouver le plaisir tant attendu pour tout amateur de metal à chant féminin.
Par contre, tout comme eclectic, je pense qu'elle devra encore mieux "habiter" ses chansons pour les interpréter avec plus de justesse et d'emphase en live. Là aussi, malgré ses belles qualités vocales repérées en studio, il lui reste à évoluer encore en concert, comme certaines vidéos en témoignent. Travailler sur cette déconnexion partielle lui permettra de recueillir une adhésion plus large encore. Mais, c'est là un autre débat dépassant le cadre strict de cette analyse!
Enfin, si vous avez d'autres questions pour des éclaircissements complémentaires, je me tiens à votre disposition pour vous apporter les éléments de réponse qu'on pourrait être en droit d'attendre. Quelque chose me dit qu'il y en aura!...
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