Tenter de s'illustrer dans un registre metal pour l'heure dominé par ses inamovibles cadors et infiltré par un nombre sans cesse croissant de jeunes loups aux dents longues est une démarche qui, pour les nouveaux entrants, relèverait de la gageure. Nombreux sont ceux à s'y être frottés avec, pour conséquence, une désaffection prématurée des rangs pour la plupart d'entre eux. Conscient de cet état de fait, ce sextet allemand originaire de Munich affiche toutefois une réelle détermination à en découdre tout en ayant patiemment tissé sa toile...
Créé en 2008, le discret combo teuton dont le nom s'inspire des mythes et légendes inhérents à la forêt de Brocéliande, en Bretagne, ne réalise son introductif opus, le bien nommé « Demo 2010 », que deux ans plus tard. S'ensuit une longue période de latence, nos acolytes n'accouchant du premier et présent album full length « Lifelines » pas avant 2014 ; le temps pour la formation germanique d'affiner ses gammes et ses arpèges et de peaufiner son ingénierie du son. Mastérisées par un certain Alexander Krull (
Leaves' Eyes,
Atrocity) au Mastersound Entertainment (à Steinheim, en Allemagne) et enregistrées et finement mixées par Stefan Göls au Record Your Music Studio (à Marzling, en Allemagne), les 12 pistes de l'opus jouissent chacune d'une saisissante profondeur de champ acoustique et ne concèdent que peu de sonorités résiduelles. Le collectif annonce ainsi clairement la couleur de ses louables et légitimes intentions...
A bord du navire, nous accueillent : Susan Noto en qualité de frontwoman ; Alex Senkbeil aux guitares ; Stefan Wengenmayr, en remplacement de Claus Melzer, à la basse ; Anderl Löffl à la batterie ; Francesco Macri aux claviers ; Elli Wiesner, en lieu et place de Sylvia Friedrichs, au violon. Avec le concours, pour l'occasion, de Claudia Hackel à la flûte et de la chorale Groovy Girls d'Anzing. De cette fraîche collaboration émane une œuvre rock'n'metal mélodico-symphonique et folk à la fois vitaminée, enjouée, troublante, romantique, à la confluence entre
Xandria,
Delain,
Arven,
Krypteria,
Diabulus In Musica,
Lyriel,
Leaves' Eyes et
Midnattsol. Mais levons plutôt l'ancre et laissons le vieux gréement nous acheminer vers de nouveaux horizons...
Ce serait à l'instar de certains de leurs passages à l'énergie bien canalisée que le combo parvient le plus aisément à nous rallier à sa cause. Ainsi, c'est sans sourciller que l'on retiendra « Fields of
Sadness , aérien et enchanteur mid tempo folk symphonique à mi-chemin entre
Midnattsol et
Delain. Voguant sur une ligne mélodique apte à encenser le tympan et enjolivée par les cristallines inflexions de la sirène, le méfait se pare également d'un grisant solo de guitare et d'un violon résolument libertaire. Dans cette dynamique, s'inscrivent «
Lost Memories » et « Unbreakable », enivrantes offrandes dans la lignée de
Lyriel disséminant chacune un infiltrant cheminement d'harmoniques ; sans omettre «
The Hunt », troublant effort aux effluves folk dans la mouvance de
Midnattsol et mise en exergue par les sémillantes oscillations d'une flûte gracile. Enfin, s'il recèle un entêtant refrain, de sensibles arpèges au piano et un joli slide à la guitare acoustique, «
Garden of Roses » (ou « Dornen », version allemande de cette piste, ici en titre bonus) éprouvera quelques difficultés à imposer ses couplets d'une incompressible et frustrante fadeur.
Quand elle intensifie la cadence de ses frappes, bien souvent la formation teutonne nous offre un tableau en demi-teinte. Ce que démontre, d'une part, le pulsionnel « Heartstrings », dans le sillage coalisé de
Lyriel et
Krypteria. Pourtant doté de fines ondulations violoneuses, d'insoupçonnées variations rythmiques et sous-tendu par les claires impulsions de la belle, le manifeste délivre un refrain d'une consistance mélodique peu propice à une inconditionnelle adhésion. S'il distille une énergie aisément communicative et se dote d'une heureuse harmonisation instrumentale, l'offensif et ''lacunacoilesque'' « Theatre Moments » peinera tout autant à nous happer, et ce, eu égard à des enchaînements de séries de notes mal assurés et un manque cruel de luminosité mélodique. De cette salve, sort du lot l'enfiévré et symphonisant « Morphine », qui lui, recèle un refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les limpides patines de la maîtresse de cérémonie et un fringant solo de guitare.
Par ailleurs, la troupe a opté pour des espaces d'expression pop metal, une séduisante mais piégeuse alternative, in fine. Ce qu'illustre, d'une part, «
Devil's Babe », un ''arvenien'' mid tempo à la rythmique féline et à la délicate force de frappe. Si les couplets nous mènent en d'avenantes contrées, les refrains, en revanche, seraient en proie à de tenaces linéarités. Quant aux séries d'accords dispensées, elles se révèlent des plus répétitives. Un même sentiment de frustration nous étreint à la lecture du ''delainien'' «
Last Hope ». En dépit d'arrangements de bon aloi, l'avenante plage manque singulièrement de pep et bien souvent nous égare d'une sente mélodique des plus ternes.
Lorsqu'il nous mène en d'apaisantes contrées, le collectif fait montre d'une sensibilité à fleur de peau. Ainsi, non sans rappeler
Lyriel, l'aérienne et mélancolique ballade a-rythmique « A
Winter's
Dream » offre un délicat guitare/voix auquel s'adjoint le pénétrant toucher d'archet d'Elli Wiesner. Au cœur de cette mer d'huile évoluent les ensorcelantes volutes de la sirène, contribuant à magnifier de son empreinte chacune des touchantes portées de la câlinante ritournelle. Une manière agréable, un brin convenue, d'apaiser les tensions.
A l'aune d'un premier essai alternant les phases de ravissement et de frustration, c'est donc à une traversée en dents de scie à laquelle nous convie la formation allemande. Pourvue d'une qualité de production d'ensemble difficile à prendre en défaut et conjuguant judicieusement metal mélodico-symphonique et folk, la galette témoigne également d'arrangements instrumentaux et de compétences techniques à la hauteur des espérances de l'amateur du genre.
Nos acolytes devront toutefois affiner le trait mélodique, fluidifier leurs enchaînements d'accords, diversifier leurs exercices de style et surtout davantage personnaliser leurs compositions pour espérer impacter plus largement le chaland. Quelques écueils, et non des moindres, que se feront fort d'éviter nos six gladiateurs s'ils ont en ligne de mire d'embrasser une carrière à long terme. On comprend que le combo teuton ne signe pas là une œuvre majeure, recelant même quelques erreurs de jeunesse, mais susceptible de lui mettre le pied à l'étrier. Suite au prochain épisode, donc...
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