Après cinq années de silence radio depuis son introductif et prometteur EP « An Acanthus Tale », le quintet grec revient enfin, et plus fort, dans la course. Et ce, à l'aune d'un album full length dénommé «
Life, Light and
Darkness » ; auto-production où s'égrainent huit plantureuses pistes sur un ruban auditif de quelque 64 minutes, elle-même succédant au fringant single "The Inner Mirror of
Universe". Fidèle à ses aspirations premières, le combo hellénique continue d'évoluer dans un rock'n'metal symphonico-progressif aux relents lyriques, aux harmoniques souvent complexes, au climat un brin évanescent et aux sillons mélodiques des plus enivrants. Aussi, nos acolytes se calent-ils toujours dans l'ombre de
Nightwish (première mouture),
After Forever,
Stratovarius,
Rhapsody,
Mattsson, entre autres. Sept années suite à sa sortie de terre, le collectif égéen aurait-il dorénavant les armes requises pour faire trembler ses homologues, toujours plus nombreux à investir le si convoité espace metal symphonique à chant féminin ?
A bord du navire, nous accueillent à nouveau : Aggeliki Antoniadi au chant ; John Simaiopoulos à la guitare ; Kostas Stathopoulos à la basse ; George Georgousopoulos aux claviers et Thanos Kokkalis à la batterie. De cette étroite collaboration naît une œuvre à la technicité instrumentale et vocale éprouvée, riche en rebondissements, aux arrangements orchestraux de fort bonne facture, témoignant d'une ingénierie du son plutôt soignée, mais non aseptisée. En outre, la finesse de l'enregistrement a pour corollaire un mixage bien équilibré et des finitions loin de manquer à l'appel. Aussi, effeuille-t-on un propos à la fois enjoué, énigmatique et pénétrant, jouissant d'une engageante mise en relief de l'espace sonore. Mais entrons plutôt dans les entrailles du vaisseau amiral en quête de quelques pépites profondément enfouies...
C'est le plus souvent au cœur d'un vaste champ de contrastes rythmiques que s'effectue la traversée, le combo disséminant au passage quelques plages aptes à nous retenir plus que de raison. Ainsi, n'ayant de cesse d'alterner entre accélérations et ralentissements de ses frappes, l'intrigant et ''nightwishien'' « Thread of
Fate » délivre un refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les limpides inflexions de la belle ; prégnante empreinte vocale que viennent parfois rejoindre des growls aux abois. Eu égard à ses reprises judicieusement positionnées, ses ponts technicistes bien amenés et à de vibrants gimmicks guitaristiques, l'effort n'aura guère tari d'arguments pour assurer sa défense.
Plus encore, tout comme sa devancière, la galette nous fait également flirter avec d'amples pièces en actes, le plus souvent aussi touchantes que libertaires. D'une part, le luxuriant et enveloppant « Timeflower » déroule ses 10 minutes d'un spectacle riche en sémillantes séries d'accords, abondant en effets de surprise et livrant un rutilant solo de guitare que pourrait leur envier
Lanvall (
Edenbridge). A la confluence entre
Nightwish et
Mattsson, ce rayonnant mid tempo progressif vogue sur un hypnotique filet mélodique sur lequel se greffent les profondes impulsions lyriques de la belle. Le pavillon ne sera pas moins aspiré par le fédérateur refrain exhalant de « This Face », félin et plantureux low tempo progressif que vient infiltrer l'un ou l'autre soubresaut rythmique. Tant le fin legato à la lead guitare que les attaques d'un diabolique serpent synthétique sur le pont final contribueront à retenir l'attention du chaland. Un tantinet plus complexe, l'enjoué «
Life, Light and
Darkness », au fil de ses 9:30 minutes, égraine, quant à lui, ses couplets bien customisés ainsi que d'insoupçonnées et délectables digressions. Et ce, tout en assurant un optimal équilibrage entre les prégnantes volutes de la frontwoman et l'inexorable progressivité du convoi instrumental.
Sans avoir changé leur fusil d'épaule, nos gladiateurs ont veillé à ouvrir le champ des possibles, nous offrant alors une substantielle pièce instrumentale. Aussi, tant le picking que les nombreux et vibrants soli du lead guitariste font mouche à l'instar de « The Inner Mirror of
Universe ». Disséminant moult changements de tonalité et variations rythmiques, dans la mouvance prog de
Dream Theater, le pimpant et néanmoins complexe manifeste se dote en prime d'élégantes gammes au piano et d'hypnotiques oscillations organiques. Tout en se densifiant, le corps orchestral gagne en technicité ce qu'il ne perd nullement en mélodicité. Un exercice de style relevé de main de maître par la troupe hellénique.
Tout en conservant leur empreinte symphonico-progressive, nos compères ont également opté pour une accessibilité plus immédiate de leur message musical. Ce qu'illustre « The
Hope Inside Me », grisant mid tempo à la jonction entre
Nightwish, eu égard à son envoûtante sente mélodique, et
Stratovarius, quant à ses plans technicistes d'obédience prog. Doté de fondants couplets auxquels répondent d'entêtants refrains, le seyant manifeste se dote d'un jubilatoire solo de guitare, de rampes synthétiques délicieusement ondulatoires et, par contraste, de délicats arpèges au piano. A la déesse, de par ses magnétiques envolées lyriques terrées dans l'ombre de
Tarja, d'achever de nous convaincre de poursuivre notre route jusqu'au souffle ultime de ce hit en puissance.
Quand il en vient à feutrer l'ambiance, le collectif ne mettra guère plus d'une poignée de secondes pour nous rallier à sa cause. Ainsi, la fibre émotionnelle du chaland sera-t-elle sollicitée dès les premières mesures de « A Constant
End », somptueuse et ''delainienne'' ballade aux airs d'un slow qui emballe. Dans cette mer limpide à la profonde quiétude intérieure, couplets finement ciselés alternent avec refrains enchanteurs enjolivés par les chatoyantes patines de la maîtresse de cérémonie. Et ce ne sont ni l'infiltrant cheminement d'harmoniques ni le grisant solo de guitare qui nous feront lâcher prise, loin s'en faut. Bref, un instant privilégié propice au chavirement des cœurs en bataille. Et comment ne pas succomber au roucoulant appel de la sirène sur «
Distant Smile », chavirante ballade atmosphérique dans la lignée d'un
Mattsson estampé «
Dream Child ». ? Plongé au cœur de ce bain orchestral aux doux remous glissant sur un sillon mélodique propice au total enivrement de nos sens, alors étreint par une irrépressible émotion, l'aficionado d'espaces intimistes éprouvera quelques difficultés à esquiver une remise du couvert.
Pour son retour, le combo grec signe une œuvre d'envergure, plutôt efficace en dépit de la longueur des pistes, et pétrie d'élégance. Variée sur le plan rythmique, diversifiée quant à ses exercices de style, témoignant d'une ingénierie du son aux petits oignons et d'une signature vocale affirmée, la grassouillette rondelle bien souvent émeut autant qu'elle séduit. Sans jamais déroger aux codes du genre symphonico-progressif, le manifeste laisse toutefois entrevoir quelques prises de risques, au demeurant parfaitement assumées, ainsi qu'une inspiration mélodique difficile à prendre en défaut. On aurait cependant souhaité davantage de duos, voire l'incursion de choeurs, afin de densifier en l'enrichissant le corps oratoire. Néanmoins, le potentiel technique et les qualités esthétiques du message musical aidant, l'opus place nos gladiateurs en bonne position pour opposer une farouche résistance face à leurs concurrents et accéder au rang de valeur montante de leur registre metal d'affiliation. Bref, un groupe qui a le vent en poupe...
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