50 ans, le bel âge pour une œuvre cinématographique mettant en scène un être de fiction, qui construisit son mythe au travers de bientôt 23 aventures, adaptées depuis 1962 pour le grand écran. Né sous la plume de l’écrivain Britannique
Ian Fleming en 1953, lui-même ancien espion des services secrets Anglais, James Bond va parcourir le monde avec son élégance et son flegme so British, inimitables mais reconnaissables au premier coup d’œil. Sean Connery puis Roger Moore (j’ai failli écrire Gary) lui donnèrent, entre autres, ses lettres de noblesse et l’installèrent au panthéon des personnages de légende ayant pris pied dans l’espace quotidien de ses nombreux admirateurs. James Bond cultive un univers où les jolies filles, fatales autant que troublantes, crèvent l’écran de leur plastique parfaite, où les voitures taillent la route dès lors qu’il s’agit d’une Bentley ou de la fameuse Aston Martin DB5 grise, où les gadgets les plus fous du génial Q lui prêtent main forte dans les situations les plus compromises, où son penchant pour le champagne Bollinger ou
Dom Pérignon ne lui interdit jamais de commander une vodka-martini mélangée au shaker, pas à la cuillère, où il troque bien vite son Beretta 6,35 mm contre le performant Walther PPK 7,65 mm puis le Walther P99 9 mm. Occupant le grade de capitaine de frégate ou « Commander » dans la marine Britannique, James Bond est un espion de la classe double zéro, signifiant pour le premier des deux qu’il a reçu l’autorisation de tuer, et pour le second qu’il l’a déjà fait au cours d’une de ses missions. L’agent 007, Bond, James Bond et son permis de tuer vous salue bien.
Malice détient aussi avec ce second album «
License to Kill » une arme de première valeur. A y regarder de plus près, les codes du plus connu des agents de sa Gracieuse Majesté ont trouvé leur place dans cet opus produit en 1987 par Max Norman, qui comptait déjà à son actif les albums solo d’
Ozzy Osbourne.
Côté moyens d’enregistrement, Malice était au niveau d’une superproduction hollywoodienne, financée par
Atlantic records. D’ailleurs, le groupe avait finalement décidé de se baser dans la région de
Los Angeles où il fit sa première réelle prestation live au célèbre Troubadour Club un jour de novembre 1982 alors que les musiciens-fondateurs étaient originaires de Portland, ville d’Oregon bien moins connue que son homologue Californienne si ce n’est pour son équipe de basket-ball des Trailblazers et sa proximité de Seattle.
Aux origines du groupe, il y avait le guitariste Jay Reynolds, dont le premier fait d’armes fut d’avoir fondé le groupe the Ravers. Après son split, il se mit à répéter avec le chanteur James Neal, le bassiste
Matt McCourt, le batteur Deen Castronovo tous deux ex-
Wild Dogs et un jeunot de 16 ans à la guitare Kip Doran. Ils parvinrent à faire figurer 2 titres, « Captive of light » et «
Kick you down », sur la compilation
Metal Massacre de 1982 contre un seul pour
Metallica et
Ratt… De la formation de départ, il ne reste plus sur ce disque que Jay et James sachant qu’ils furent rejoints ensuite par Mark Behn à la basse, Mick
Jane à la seconde guitare et Cliff Carruthers aux baguettes.
On ne parlera pas de flegme Britannique pour le style de Malice mais plutôt d’un heavy-metal mélodique et moderne dans un style alliant
Dokken,
Lizzy Borden et
Judas Priest. La production de qualité met en valeur l’élégance et la musicalité des titres et l’inventivité des phrases du duo de guitares. Une vraie petite tuerie entre amis, qui se reconnait au premier jet d’oreilles. Il n’y a pas de gros défauts ni faiblesse dans ce disque. Les compositions sont carrées et on garde en tête les «
Sinister double », «
License to Kill » ou «
Chain gang woman » sans réel effort. La marque du heavy-metal Américain, fait de grosses guitares, d’un chant clair et d’un groove globalement accessible au plus grand nombre.
Comme une jolie fille à la belle carrosserie, la voix du front man James Neal ne laisse pas indifférent. Il arbore des intonations d’Axl
Rose dès le premier morceau «
Sinister double », copie quasi conforme d’un titre de
Lizzy Borden. Il renouvèle sa prouesse vocale proche du Gun’s and Roser sur « Against the empire » ou « Murder ».
Plus globalement, James exécute une performance de haut vol. En un mot, il chante et n’est énervant, comme toute femme fatale, que sur «
Circle of fire » qui mériterait de ne pas forcer autant sur les aigus. En dehors de ce petit détail, la copie est parfaite, claire et suffisamment puissante, sans démonstration technique inutile. Il porte les titres par son chant maitrisé et donne la couleur chaude et plaisante à l’univers de Malice.
Pour tracer la route, pas besoin d’une Aston Martin DB5 lorsque l’on a un funambule comme Mark Behn. Il trépigne du pied sur «
Sinister double », pulse le tempo sur «
License to Kill », fulguro-pousse « Against the empire », burine comme un damné sur «
Chain gang woman », sort le casque de spéléo sur « Christine » et tricote un chandail avec deux rails de chemin de fer sur «
Circle of light ». Son acolyte Cliff aux futs, pourtant pas manchot, parvient à lui donner une réplique sèche et précise à la Simon Wright et se distingue sur le titre ouvrant l’album, « Christine », « Murder » et « Breathin’ down your neck » notamment. Les deux carburateurs n’ont donc pas besoin de décrassage tant le mélange donne la puissance nécessaire au
V12 de compétition du gang de L.A.
Difficile de comparer le jeu des guitaristes à un quelconque gadget, fût il le compagnon idéal, voire le sauveur du héros Bond dans les plus périlleuses circonstances. Laissons nous plutôt griser par les mélodies pétillantes comme une bulle de champagne et les riffs assaisonnés d’une pointe de vodka-martini que Jay Reynolds et Mick
Jane nous servent tout au long de l’album. La véritable trouvaille de cet album réside dans un sens du rythme inné et une qualité de soli au-dessus de la moyenne. Ça envoie du bois sur «
Sinister double » dans un style US très mélodieux. Les gros riffs à la
Judas Priest prennent la suite sur «
License to Kill ». On reste bouche ouverte devant le solo en shredding assassin d’« Against the empire ». Côté ambiances diverses et variées, le riff gras en entame de «
Vigilante » se poursuit à la
Dokken dans une superbe composition où le solo en toucher à la Maiden et la belle maitrise d’un titre à peine méchant avec son atmosphère inquiétante témoignent d’une bonne digestion d’influences de la part des deux gratteux. Ils nous gratifient d’un boogie très modernisé à la
David Lee Roth band avec «
Chain gang woman », bourré d’énormes guitares au riff simple en sustain et son break à la
AC-DC, période des canons qui crachent le plomb. Et quel solo à nouveau, dont la qualité est à nouveau présente sur celui de « Murder ». « Christine », plus pop, recèle néanmoins un riff de tronçonneuse alors que « Breathin’ down the neck » brille sous la performance des deux six-cordistes qui administrent sur ce magnifique titre un riff inspiré dans la mouvance d’un
Loudness débridé.
En cette année 1987, James Bond officiait pour la quinzième fois sous les traits de Timothy
Dalton dans « The living daylights » dont la bande originale du film était l’œuvre des sirupeux et air-brushés A-Ha. Malice avait déjà acquis son premier zéro lors de la sortie de leur LP « In the beginning », les autorisant désormais à tuer tant leur talent dans cette exercice si particulier ne faisait pas le moindre doute. Ils obtinrent le double zéro avec ce disque qui tue !
L’agent Malice et son permis de tuer vous salue bien.
Je comprends maintenant pourquoi il est sorti de mes bacs ce week end ! Super chro !
Marrant de relire mon com' de 2012 sur Crimson Glory, sachant que j'ai fait repentence depuis. Je suis pardonné Zaz?
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