Insufflé par un trépidant et délicat EP, "
Eternidad", voici le combo espagnol originaire de Donostia-San Sebastián prestement revenu dans les rangs, plus déterminé que jamais à en découdre. Aussi, nos acolytes réaliseront-ils la bagatelle de quatre singles («
Nuestra Voz », «
Spirit of Ulia », «
Proscrito » et «
El Regreso de los Dioses »), soit quatre des onze pistes de leur premier et présent album full length, « Leyendas de una
Eternidad », qu'une année seule séparera de leur introductif effort, lui-même nourrissant trois des plages du dernier-né. Ce faisant, les quelque 52 minutes de la fraîche rondelle permettront-elles à l'inspiré collectif de se hisser désormais parmi les sérieux espoirs d'un espace metal symphonique folk à chant féminin aujourd'hui encore soumis à une sévère concurrence ?
Dans ce dessein, le line up a subi un remaniement partiel, le quartet d'hier s'étant mué en un quintet, où se conjuguent désormais les talents de : Laura Peralta en qualité de frontwoman, Alex González (Mandrabera, ex-Krait, feu Tarmelaÿn...) à la guitare, Julen Cestero (feu Tarmelaÿn) aux claviers, Juan Pedro Pérez (Khymaira, Neura, ex-
Blast Wave, feu Tarmelaÿn...) à la batterie, auxquels s'adjoint dorénavant Sergio González à la basse. Avec la participation, pour l'occasion, du puissant vocaliste Moisés Montero (
Mandragora Negra, ex-Krait). De cette collaboration émane une œuvre metal symphonique folk à la fois pimpante, solaire et romantique, dans la droite lignée de sa devancière, où les sources d'inspiration sont à chercher, une fois encore, dans le patrimoine compositionnel de
Diabulus In Musica,
Arven,
Coronatus,
Midnattsol,
Evenoire et
Lyriel.
S'il jouit à son tour d'un mix finement ajusté entre lignes de chant et instrumentation, ce set de compositions, contrairement à son aîné, bénéficie d'une saisissante profondeur de champ acoustique et de finitions passées au crible. Se superposent des arrangements instrumentaux de bonne facture, ce que laisse entrevoir l'heureuse remastérisation des titres de l'initial méfait, notamment. Des conditions d'écoute quasi optimales, laissant augurer d'une croisière au long cours des plus agréables, nous poussant, de fait, à lever sans plus attendre l'ancre du vaisseau amiral...
A peine les amarres larguées que le doux sentiment d'évoluer dans une mer d'huile nous gagne. En effet, la brève mais pénétrante entame semi-instrumentale d'obédience symphonico-cinématique, « El Rey de Todo Mar », se voit introduite par des roulements d'un tambour martial à la cadence mesurée, quand un poignant récitatif en voix masculine claire vient se lover dans de délicats arpèges au piano. Mais des vents éminemment étourdissants et des plus engageants ne sauraient tarder à se lever...
Et c'est précisément sur une cadence effrénée, et dans une atmosphère enjouée, que la troupe nous plonge le plus souvent, non sans nous inviter à un pas de danse ininterrompu. Ce qu'atteste, tout d'abord « Zarcanás, el Visigodo », entraînant up tempo aux riffs crochetés adossés à une frondeuse rythmique. Essaimant de truculents arpèges d'accords que suivent les cristallines inflexions de la sirène, et recelant un pont techniciste bien amené, empreint d'une flûte de pan et d'un saxo samplés, de truculentes rampes synthétiques et d'un vibrant solo de guitare, sans oublier quelques notes acidulées échappées d'un accordéon des plus avenants, cette plage endiablée ne se quittera qu'à regret. On pourra non moins se sentir happé par « Los Mares del Ayer », galvanisant up tempo symphonique folk, où abondent de sémillantes rampes synthétiques dans une atmosphère chatoyante ; octroyant d'insoupçonnées et grisantes variations rythmiques, recelant, en outre, un pont où alternent passages classieux – sous-tendus par d'inattendues notes de clavecin – et blues rock – sur fond d'accords enjoués au piano –, l'éruptif effort pourrait bien faire plier l'échine à plus d'une âme rétive. Dans cette énergie, on retiendra enfin le fougueux «
Proscrito », tant pour son seyant solo au synthé que pour la qualité de ses enchaînements d'harmoniques.
Dans cette mouvance, mais en réponse à une diversification du propos en matière d'exercices de style, nos gladiateurs ont opté pour l'octroi d'une joute oratoire pour tenter de nous rallier à leur cause. Bien leur a pris. Ainsi, «
Nuestra Voz » se pose tel un vibrant up tempo metal symphonique à la colorature power, à la confluence de
Diabulus In Musica et
Coronatus. Mis en exergue par un duo mixte en voix claire en parfaite osmose – les claires impulsions de la belle répondant alors point pour point aux fluides patines de Moisés Montero –, recelant parallèlement de saisissantes montées en régime du corps orchestral, ainsi qu'un pont techniciste opportun nourri d'un duel entre une guitare léonine et un serpent synthétiques aux véloces reptations, le ''tubesque'' manifeste n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres.
Lorsque le convoi instrumental ralentit un tantinet la cadence, la troupe parvient à nouveau à nous retenir, un peu malgré nous. Ce à quoi nous sensibilise, d'une part, «
Ragnarok », mid/up tempo épique et roots aux riffs épais, à la confluence de
Diabulus In Musica,
Arven et
Evenoire. Pourvu d'enchaînements intra piste ultra sécurisés et d'un break opportun souligné par de délicats arpèges pianistiques, alors prestement balayé par une bondissante reprise sur la crête d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les angéliques oscillations de la déesse, ce chatoyant effort poussera à un headbang bien senti. Dans cette dynamique, on ne saurait davantage éluder l'''arvenien'' mid/up tempo syncopé «
El Regreso de los Dioses », eu égard à l'opportune soudaineté des montées en puissance de son dispositif instrumental et à son entêtant refrain, à son tour mis à l'honneur par les ensorcelantes oscillations de la princesse. Un poil plus en retenue, «
Spirit of Ulia » se pose, lui, tel un entraînant mid tempo à la confluence de
Midnattsol,
Savn et
Coronatus ; voguant sur d'ondoyantes nappes synthétiques, l'invitante plage se pare de couplets finement ciselés, relayés chacun d'un refrain, certes, déjà couru, mais des plus efficaces, qu'encensent les troublantes ondulations de la princesse.
Quand les lumières se font plus tamisées, nos compères trouvent à nouveau les clés pour nous assigner à résidence. Ce qu'illustre « The
Forest of the
Visigoth », ballade romantique jusqu'au bout des ongles, issue de l'EP et remastérisée : les seuls arpèges au piano de la version originale ont fait place à une instrumentation ''symphonisante'', où se côtoient une flûte gracile, un violoncelle classieux, un délicat picking à la guitare acoustique et un piano, plus discret désormais. Dans la veine coalisée de
Midnattsol et
Arven, la tendre aubade glisse le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se cale le frissonnant vibrato de la maîtresse de cérémonie. Ce faisant, l'instant privilégié ne saurait être ignoré par l'aficionado de moments intimistes.
Mais ce serait à l'aune de leur ample pièce en actes symphonico-progressive que nos acolytes révèlent leurs plus beaux atours. Ainsi, les quelque 6:38 minutes de l'épique et polyrythmique « La Noche de las
Animas » nous immergent au cœur d'un vaste champ de turbulences – opportunément ponctué par d'apaisants paysages de notes –, tout en sauvegardant une mélodicité toute de fines nuances cousue. Recelant un opulent et galvanisant pont techniciste alimenté à la fois par de sémillantes rampes synthétiques et par de véloces coups d'olives, cette fresque semi-romanesque s'achève par d'enchanteresses gammes pianistiques, qui, par un subtil fond enchaîné, se prolongent sur « Redemptio », bref instrumental de clôture, histoire de refermer le chapitre, pianissimo...
Au final, le collectif ibérique nous plonge dans une œuvre aussi pimpante et rayonnante que pétrie d'élégance et fortement chargée en émotion, ne concédant pas l'once d'un bémol susceptible d'affadir l'attention du chaland. La troupe a, cette fois, élevé d'un cran le niveau de ses exigences en matière d'ingénierie du son, considérablement étoffé la palette de son offre quant aux exercices de style convoqués, et apposé son sceau artistique sur la majeure partie de son set de compositions. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré l'une ou l'autre prise de risque ou encore d'autres joutes oratoires ; de relatives carences compensées par des mélodies volontiers engageantes, renvoyant à la féconde inspiration de leurs auteurs, doublées d'une technicité instrumentale et vocale parfaitement huilée. A quelques encâblures de son expérimental aîné, ce rutilant et poignant méfait constituerait une arme de jet des plus redoutables, susceptible de placer dès lors le quintet espagnol parmi les sérieux espoirs de l'espace metal symphonique folk à chant féminin. Ainsi, portée par les vents ascendants, la colombe ibérique en vient à tutoyer de célestes contrées...
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