Les Heures de la Peste

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Nom du groupe Délétère (CAN-2)
Nom de l'album Les Heures de la Peste
Type Album
Date de parution 07 Avril 2015
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album15

Tracklist

1. Matines – Portepeste
2. Laudes – Credo II
3. Prime – Exitiabilis Venatus
4. Tierce – Aux Thaumaturges Egarés, une Etoile Nécrosée
5. Sexte – Une Charogne Couronnée de Fumier
6. None – Le Lait de l’Essaim
7. Vêpres – Architectes de la Peste
8. Complies – Une Garce Vénale en Majesté

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Délétère (CAN-2)


Chronique @ Bakounine

30 Mars 2015

Un black très racé dans un gant de déchéance nauséabonde...

La scène black metal québécoise ou plutôt « metal noir » comme ils disent, est une scène qu'il est tentant de regarder de haut, voir d'un œil taquin, nous autres arrogants françois, pétris de cet orgueil (qui peut se défendre jusqu'à un certain point) de posséder l'une des plus brillantes scènes black metal. Mais il faudrait porter de belles œillères pour ne pas considérer avec le respect qu'elle mérite, cette scène proposant moult groupes plus ou moins connus dans différents styles non dénués d’intérêt, ainsi Forteresse et Monarque bien sûr, mais aussi Sorcier des Glaces, Gris, Neige et Noirceur, Sombres Forêts, Catuvolcus ou encore Chasse-Galerie, un microcosme méritoire, qui certes est plus discret que la scène death locale (les Kataklysm, Martyr, Quo Vadis ou autres Gorguts) mais sort régulièrement des petites perles.

Délétère est un duo formé relativement récemment par deux musiciens pas tout à fait inconnu de la scène, l'un Atheos (aux guitares) étant guitariste live pour Monarque, l'autre Thorleïf (chant, batterie, claviers) étant lui plus connu de la scène pagan, de par son groupe principal Valknacht. Vivotant depuis quelques années, le groupe semble vouloir donner un nouveau jour à sa carrière en ce début 2015 avec dans le même temps, la sortie d'une réédition des deux précédentes démos et celle de leur premier véritable album : « Les Heures de la Peste », le tout comme une évidence chez Sepulchral Productions. Loin des thématiques régionalistes qu'ont pu aborder certains des groupes susnommés, c'est bien des choses plus impies et blasphématoires que Délétère va aborder, puisque en guise d'heures de la peste, sont présents ici huit morceaux, chacun pour une des huit heures canoniales, soit celles correspondant aux horaires des offices liturgiques dans les monastères catholiques...

Si au vu du contexte et de la couverture de l'album (qui évoque des choses à la Peste Noire) on aurait pu s'attendre à un trip basé avant tout sur les ambiances malsaines, la première pièce : « Matines - Portepeste » nous surprendra agréablement puisque si effectivement on est sur quelque chose d'assez raw, l'ensemble est loin de faire dans le larmoyant dégueulasse, et le titre nous assène des vrais riffs martiaux qui nous tombent bien comme il faut en travers du visage. La majorité des titres seront d'ailleurs frappant par le coté percutant des motifs qu'ils soient mid-tempos ou plus rapides, bien servi par une batterie par un vrai batteur (c'était d'ailleurs son poste de base au sein de ses premiers combos connus). Le groupe nous offre en plus une belle variété de structures au sein des morceaux qui sont eux même de longueur raisonnables (autour de 5-6 minutes).

Après, force est de constater que pour accéder à la richesse intrinsèque des compositions, il faudra gratter la couche de crasse sus-jacente, et il est évident que le son global des plus trues en rebutera certains, car en effet si les compositions ont un coté martial et guerrier type champs de bataille plus qu'un aspect ambiant, le rendu global conférera plutôt à la fange poisseuse des basses-fosses où croupissent les déjections humaines, chères à Famine et autres Sales Freux. La voix de Thorleïf n'aura ainsi que peu de choses en commun avec celle qu'il applique dans Valknacht, bien plus maladive, haineuse et dérengeante. La production est par ailleurs artisanale et obscure par bien des aspects. L'atmosphère y est donc particulière, tenant du true black metal des scènes sudistes et aussi également de quelque chose de plus médiéval un peu tel un Darkenhöld moisissant dans les discrets arrangements de clavier, avec par exemple ces sortes de cloches décadentes sur « Prime – Exitiabilis Venatus »... Ces huit prières ont également le mérite d'être assez équilibrées avec aucun titre vraiment en dessous (même si on préférera la furia d'un « Vêpres- Architectes de la Peste » au coté rampant de « Sexte – Une charogne couronnée de Fumier ») et d'aligner pris tous ensemble une atmosphère et une identité complète et cohérente qui ne sera pas démentie ici.

Délétère envoie avec ce premier véritable opus, un pavé méritoire dans la mare, en proposant quelque chose de true mais travaillé, de raw mais à la fois riche et unique, bref de quoi réconcilier certains avec les sonorités acres à l’extrême d'un certain type de black metal. On se plaît d'ailleurs à penser que contrairement à nombres de groupes du genre, les compositions auraient de quoi passer agréablement le cap de l'album à la scène et que si le destin leur prête vie, on aura peut-être l'occasion de savourer autrement leurs attraits. En fait, ces québécois ont tout simplement trouvé un créneau vraiment intéressant : un black très racé dans un gant de déchéance nauséabonde...

6 Commentaires

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PhuckingPhiphi - 31 Mars 2015: Merci pour la kro :)

Voilà un groupe qui donne envie, mais j'ai déjà plusieurs albums de Gris, Sombre Forêt et autres Forteresse à m'avaler avant dans la catégorie "Métal Noir Québécois" (j'adore !), donc celui-ci devra attendre un peu !
Bragh - 31 Mars 2015: Goatphoenix : Je ne suis pas français, mais je dois dire que vous avez une très bonne scène Black Metal. Entre Deathspell Omega, Blut Aus Nord, Peste Noire, le Black Sympho d'Anorexia Nervosa et, dans les 90's, les Légions Noires, je doute que les français puissent se plaindre de leur Black Metal.

Ceci dit, la chronique m'a donné envie de me pencher sur cette sortie. J'ai déjà écouté "Laudes - Credo II" sur Youtube et j'apprécie beaucoup. Merci au chroniqueur pour le travail fourni derrière la plume.
Bakounine - 31 Mars 2015: @Goatphenix : déjà, tu as la référence Deathspell Omega, Blut aus Nord est pas mal réputé non plus même si aucun des deux ne jouent en live. Les légions noires (même si les trois quarts sont inécoutables en mon sens) ont également une belle réputation. La scène parisienne a fait émerger un vrai nombre de bons groupes qui ont réussi à tourner récemment : Aosoth, Antaeus, Bliss of Flesh, The Great Old Ones, RLHT, The CNK, Glorior Belli, Merrimack, Seth oserais-je citer Alcest etc...
Clairement, on n'a pas vraiment à palir. Quand tu lis des chroniques anglo-saxonne, on est d'ailleurs extrêmement souvent mis en exergue en terme de qualité. Il manque un énorme combo (et encore si DSO se mettait à faire des concerts on l'aurait mais bon...)
Et je pense qu'on rivalise trés largement avec l'Allemagne (qui ont de bons groupes, mais chez eux, ce n'est clairement pas le black que je mettrais en avant), et surtout les USA (à part Inquisition, récemment devenus américains, Nachtmystium qui a splitté et les 2-3 one-man band bien cotés...)
Goatphoenix - 01 Avril 2015: Euh, les Legions Noires (enfin une partie...) et Antaeus c'est du passé, Anorexia Nervosa et Peste Noire aussi (de la merde ce dernier d'ailleurs), Deathspell Omega ça devient trop expérimental pour se résumer à du Black Metal, et le reste de ce que tu cites c'est franchement moyen. Glorior Belli c'était correct sur les deux premuiers albums sans être dingue, maintenant c'est insipide, Aosoth rien de marquant, et le reste j'en parlerai même pas. En plus vous n'abordez même pas la scène toulonnaise qui est une des plus marquantes en France. On rivalise très largement avec l'Allemagne? Les USA ça se résume à Inquisifion? Mouarf, la méconnaissance des autres scènes les rendrait inintéressantes alors? Rien qu'aux US dans le passé, t'avais Profanatica/Havohej, Demoncy, Von (mais bon ça n'a marqué personne à priori...) et actuellement Manticore, Obeisance, Wolves in the Throne Room, Ibex Throne, Knelt Rote, Kerasphorus, Morbosidad, sans parler de tous les projets qui fleurissent en permanence et qui sont souvent très intéressants. Rien à voir avec ce qu'il reste des groupes que vous citez. Et quid du Brésil, du Canada, de l'Australie, de la Finlande? On ne va pas détailler toutes les scènes, mais dire que la scène française est une des plus brillantes, c'est vraiment occulter le reste du monde.
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