Leng Tch'e

ajouter les paroles de l'album
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
17/20
Nom du groupe Naked City
Nom de l'album Leng Tch'e
Type EP
Date de parution 1992
Labels Tzadik
Style MusicalJazz Metal
Membres possèdant cet album9

Tracklist

1. Leng Tch'e 31:39
Total playing time 31:39

Acheter cet album

 $18.99  50,00 €  31,60 €  £59.47  $ 56.98  500,00 €  21,89 €
Spirit of Metal est soutenu par ses lecteurs. Quand vous achetez via nos liens commerciaux, le site peut gagner une commission

Naked City


Chronique @ Corwin

25 Septembre 2007
Naked City est une entité comme on en croise peu dans l'univers du métal. Projet mené par le saxophoniste fou John Zorn, spécialisé dans l'arrachage de sons incongrus à son instruments (chercher de vrais plans saxo dans Naked City est une mauvaise idée, il n'y en a pratiquement pas). Il l'a prouvé avec Grand Guignol, son groupe est capable de n'importe quoi (dans le sens complètement siphonné du terme autant que dans le sens technique). On y trouvait du jazz (free au possible évidemment), de la musique classique (déformée évidemment), du grind sauvage, débile et mâtiné d'influences multiples (pour ceux qui n'ont pas peur de découvrir trois secondes de country aux détours d'un hurlement grind).

Leng Tch'e est un peu l'antithèse de ce Grand Guignol. Là ou son prédécesseur partait clairement dans tous les sens, avec des mouvements imprévisibles et une construction d'album aussi stupide que son contenu (ceci n'est pas une critique), l'album dont il est question ici se veut monolithique. Un seul et unique morceau, pour changer des quarante et un titres de Grand Guignol. Un seul et unique plan mené sur près de trente deux minutes, évoluant régulièrement, inexorablement, montant en puissance tout le long. Rien à voir avec la sauvagerie ultra rapide que le groupe nous assenait sur ses morceaux grind en déluge, ici la violence est beaucoup plus insidieuse, plus nauséabonde. Avec Leng Tch'e, Naked City se fait moins délirant, moins joyeux et pose une ambiance de souffrance morbide tout à fait en phase avec son concept. Leng Tch'e est en effet le nom d'une très sympathique pratique d'exécution chinoise ayant eu cours jusqu'en 1903, date ou le pauvre bonhomme sur la pochette eut la chance d'être le dernier à se faire massacrer de cette manière: drogué à l'opium et découpé en quelques cents morceaux sur une période de plusieurs jours. Et cet album est une mise en musique dudit supplice.

Pour servir ce but quelque peu masochiste, Naked City inventerait presque le drone/sludge (faut rappeler qu'Earth débute tout juste sa carrière, on est en 1992 mine de rien). Des guitares supra lourdes et saturées servent de toile de fond et fond monter la sauce. Une batterie caverneuse qui aligne des plans tous dissemblables les uns des autres et semblant pourtant se suivre avec régularité, empruntant au free jazz pour certaines structures libérées et à des ambiances doom prononcées. Une voix hystérique (Yamatsuka Eye n'a pas changé de registre depuis la dernière fois, même s'il se cantonne aux hurlements douloureux dénués de paroles et évitant à peu près tout le temps les vocalises ridicules qu'on pouvait entendre sur certains titres des albums précédents) doublé dans le dernier tiers par le saxophone de Zorn. Ce dernier recherche ici, en développant son jeu façon "égorgeons une truie, mes amis" et collant au plus près des vocalises humaines, comme un écho horripilant venu d'on ne sait ou. Etrangement, le son fait très japonais et Boris n'aurait pas renié cette production, ses grattes lourdes et sa batterie caverneuse. D'ailleurs, que les petits gars de Boris aient entendu ce morceau avant de composer certains de leurs titres ne m'étonnerait pas vraiment.

Le résultat est une pièce lente, écrasante, douloureuse, folle (normal, c'est du John Zorn). Le seul regret que l'on puisse avoir face à ce morceau est sa fin un peu trop sèche comparée à la montée en puissance étendue qui la précède, et aussi certaines débauches de Yamatsuka Eye, qui passent parfois moins bien que les couinements déjantés du saxophone. De plus, le disque garde une belle valeur historique, puisqu'il s'aventure sur des terres qui sont encore en cours de gestation, et préfigure une partie des scènes expérimentales que seront le sludge et le drone.

Le disque reste évidemment difficile d'accès, pas plus que Grand Guignol, mais d'une autre manière. Ici, pas question d'apprécier certains mouvements du disque, c'est tout ou rien, c'est la transe ou le rejet. Il y a de quoi mener à la transe tous les masochistes et les amateurs de drone. Pour les autres, vous pouvez toujours essayer...

0 Commentaire

3 J'aime

Partager
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire