L’annonce de
Gladiator 2 m’a remis en mémoire la célèbre réplique de Russel Crowe dans le premier opus : « À mon signal, déchaîne les Enfers ». Dans ce qui nous réunit ici, c’est qu’elle s’applique parfaitement au groupe Ad Vitam
Infernal, que ce soit pour son aura diabolique que pour la puissance implacable dégagée par sa musique.
One-man band breton formé vers 2009 par Jérôme Mahé (guitare), Ad Vitam
Infernal se concrétise en 2017 sous la forme d’un duo avec l’arrivée de Samuel Girard (chant et batterie programmée). Très vite, ils réunissent assez de compositions et, par le biais de l’autre groupe de Samuel (AthanaTheos) et le soutien indéfectible de Jan, boss de Lavadome Productions, nos compères sortent leur premier album
Infernal Comedy en 2020.
Suite à l’accueil honorifique de ce disque dans les milieux spécialisés, il n’est pas étonnant de voir un des soutiens majeurs de la scène death-metallique française, Dolorem Records, se mettre sur les rangs pour la sortie du second album,
Le Ballet des Anges, en novembre 2024.
Thématiquement, le groupe, sous la plume de Samuel, explore ici les arcanes du Livre d’Hénoch (apocryphe écarté du canon biblique), évoquant l’origine des démons, des anges déchus comme Shemihaza et certainement se rapportant aux travaux de John Dee. Une dimension blasphématoire plutôt pointue, loin d’un sentiment antireligieux primaire.
Musicalement, Ad Vitam
Infernal évolue dans un brutal death metal qui rappelle les premiers albums d’
Hate Eternal. Concrètement, une fois passée The Overture et ses cordes mélodiques idoines au ballet angélique, on se prend un méchant premier parpaing avec
And The Watchers
Will be Frightenend. Riffs scalpels, basse massue (tenue par Christophe Helwin), batterie mitraillette, le tout sur un tempo ultra rapide, cette claque de 2 mn vous laisse gisant et démembré sur le sol.
Le constat est similaire un peu plus loin avec Asael (
God was made…) et I
Saw Everyrhing, qui distribuent autant de pains qu’un certain Didier Bourdon en sandales sur la place du marché. À noter ici que Samuel alterne paroles en anglais et en français, avec une bestialité qui peut rappeler Erik Rutan et Glen Benton.
Très attentif à la précision et à l’agencement de ses riffs, Ad Vitam
Infernal sait modeler cette matière au sein de titres aux rythmes changeants et aux ambiances sulfureuses, rappelant le spectre du grand
Morbid Angel (la terrible Shemihazah the Great saura facilement vous convaincre).
En terme d’influence palpable, les Bretons ont également retenu les leçons du grand
Immolation, en proposant des titres alambiqués et implacables, à l’instar de Enchain
Them All ! et A Peaceful Place to Wait …
Les progressions harmoniques sont rehaussées par les schémas rythmiques variés et pugnaces, certes effectués sur une batterie programmée qui ne sonne pas trop plastique. Les lignes de chant psalmodiées renforcent le caractère infernal de l’ensemble, qui font dresser les poils.
Ad Vitam
Infernal soigne tout autant les autres aspects de ce disque, en s’occupant lui-même de la production et du mastering, ainsi que de la pochette. Un très beau travail « artisanal » car l’album est très bien produit (le son est cru et moderne à la fois, bon point) et cette belle danse ange-démon est représentative de la thématique générale.
Je me répète surement un peu sur l’excellente santé actuelle de la scène death metal française. Cette année, que ce soit grâce aux vieux briscards (
Mercyless,
Loudblast), aux groupes confirmés (
Skelethal) ou aux jeunes pousses (Infern), on est gâté niveau album de qualité. Ajoutons sans aucune contestation possible
Le Ballet des Anges au haut du panier des sorties de 2024. Si vous êtes en manque de brutal death metal de qualité, démoniaque et intraitable, Ad Vitam
Infernal est absolument ce qu’il vous faut.
J'ai bcp aimé leur précédent, aux effluves Morbid Angel prononcées. Achat possible vu la chronique. Merci
Marrant la référence aux Inconnus dans ta chronique. Les jeunes vont passer à côté.
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