Laguz

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Nom du groupe Ancient Rites
Nom de l'album Laguz
Type Album
Date de parution 20 Fevrier 2015
Style MusicalBlack Viking
Membres possèdant cet album24

Tracklist

1. Golden Path to Samarkand 01:47
2. Carthago Delenda Est 05:29
3. Under the Sign of Lagoz 05:17
4. Van Gott Entfernt 04:57
5. Apostata (Imperator Fidelis) 06:07
6. Legio V Alaudae 05:05
7. Mind Unconquered 04:13
8. Umbra Sumus (We Are the Shadows) 05:59
9. Frankenland 04:15
10. Fatum (III Fate/Noodlot) 02:44
Total playing time 45:53

Chronique @ AlonewithL

26 Avril 2015

Un simple courant d’eau peut s’avérer être un obstacle.

On l’aura attendu, presque en vain, comme le messie. Il est subitement réapparu alors qu’on le croyait disparu. Le légendaire combo de Gunther Theys, « Ancient Rites », figurant comme un pionnier du black metal belge, avant son grand tournant épico-païen de 1998 sur « Fatherland », n’avait pas donné signe de vie entre 2009 et 2012. Il nous aura beaucoup manqué après les deux excellents chapitres « Dim Carcosa » (2001) et « Rubicon » (2006), qui avaient plongé le nouveau paganisme d’ « Ancient Rites » sous des bombardes symphoniques particulièrement envoutantes et originales. La formation belge signe donc sa rentrée avec un sixième long volume et un effectif diminué des guitaristes Bart Vandereycken et Raf Jansen, ainsi que du claviériste Davy Wouters, par rapport au précédent effort « Rubicon ». « Laguz » fait directement référence à une rune, dont on peut rapprocher au « L » latin, et qui s’apparente à l’eau ou à la mer. Comme pour « Rubicon », il ne sera pas uniquement question d’évoquer une seule civilisation, bien qu’il aurait paru logique et déterminant que « Rubicon » se concentre sur l’Empire Romain et que « Laguz », lui, sur les conquêtes normandes.

Féru d’Histoire et très attaché aux anciennes grandes civilisations, Gunther mélange encore une fois les époques et les patries, au point de figurer en couverture le casque de Sutton Hoo, vestige anglo-saxon, au-dessus du fameux titre du volume « Laguz », plutôt héritage de leurs adversaires normands. Outre un possible risque de confusions, les notes du maître flamand écrites en extrême minuscules et compressées, à propos de chacune des chansons, n’aident vraiment pas à savourer ces quelques pages d’Histoire. On ne va pas saluer le travail de Massacre Records pour cela, le nouveau label qui fait suite à Season Of Mist. Dans un souci de limitation des pages du livret, les notes ont été réduites au point d’en devenir complètement illisibles. Sur la page consacrée au titre « Frankenland », on a le droit une page et demi de texte ultra-compressé, ça va même au-delà du ridicule et ne valorise aucunement le groupe ou les textes des différents morceaux. N’ayant pas de temps à perdre à investir dans un microscope je laisse là toutes ces notes historiques indéchiffrables aux seuls chercheurs de l’inexplicable, pour s’atteler à la seule musique, en espérant y trouver un solide refuge. Dans la quête de celui-là nous serons amenés à longer le Rubicon, sans néanmoins le traverser. « Ancient Rites » aurait ainsi perdu en audace et en combativité.

Ce n’est pas par voie maritime que nous commencerons le périple. « Golden path to Samarkand » nous emmène dans l’une des plus célèbres étapes de la route de la soie, en Asie Centrale. L’introduction fait une grande part aux orchestrations signées par Oliver Philips, proprement formidable, où on redécouvre la patte de fauve des deux précédents efforts d’ « Ancient Rites », agrémenté d’une touche orientale, que n’aurait certainement pas dénié un « Darkestrah ». Mais comme ce dernier actuellement, la machine de guerre « Ancient Rites » fera beaucoup illusion sur le trajet. On s’en rendra tout d’abord compte avec « Carthago Delenda Est », dont la structure et les accélérations doivent énormément à « Rubicon ». Cependant, c’est vraiment les orchestrations pressantes et voluptueuses qui créent la différence. Les guitares comme le chant ne paraissent plus aussi déterminés et tranchants que dans nos souvenirs passés. Le sentiment apparaît véritablement mitigé quand en plus on ajoute à cela une linéarité dans l’écoulement des différents morceaux qui s’enchainent.

On aura quasiment à chaque fois une entame singulière, souvent voluptueuse qui va servir de contraste à un déroulement sans trop de surprise. C’est ainsi que va s’animer un assez plaisant « Von Gott Entfernt », qui fait dans la redite par rapport à « Rubicon » avec des orchestrations plus volatiles, mais avec un chant plus recroquevillé. Ce chant se retrouve souvent envahi, malmené, comme sur « Frankenland », à l’esprit épique et positif. En tout cas, c’est presque aussi radieux que sur « Under the Sign of Laguz », plus soigné dans ses mélodies que dans sa rythmique, mais dont on appréciera certainement sa sensibilité et ses brusques changements d’humeur. Un refus d’inertie que nous apprécierons sur l’impétueux et très ombrageux « Umbra Sumus », et qui sera tempéré par un « Apostata » plus mécanique. Heureusement, ce dernier se montrera plus riche sur le dernier tiers de piste, avec tout d’abord un formidable solo de guitare puis une plus grande souplesse musicale. Ces derniers rebonds sont pertinents, car il y avait un vrai risque de redondance.

« Legio V Alaudae » emprunte la teneur martiale de « Apostata », son déroulement mécanique et ses riffs fortement appuyés. La pluie de coups parfois secs et la rythmique implacable, presque nivelée, sont parfois adoucies par quelques fluctuations mélodiques et par les orchestrations qui agissent en fond sonore. L’épreuve est quelque peu déconcertante, déconstruite et de moindre qualité à ce que l’on pouvait retenir du groupe. A l’inverse, il se montrera nettement incisif sur les impulsions incisives et assassines de « Mind Unconquered ». Un titre fou, qui fait la part belle à une grande tension, qui n’est pas dénué pour autant de raffinement. On pourra avec certitude y voir le morceau le plus emblématique et le plus original de l’album, jouant de la hâte, de riffs stressants sans pour autant se heurter à « Rubicon ». Nous retiendrons également la ravissante conclusion du volume, qui s’illustre comme un parfait opposé à « Mind Unconquered » par son charme, sa douceur et ses airs médiévaux. Le chant reprend ici les rennes, s’accapare totalement de son environnement pour mieux s’en délecter et nous le faire partager.

A côté des deux illustres « Dim Carcosa » et « Rubicon », « Laguz » est une déception. Une déception qui n’est pas privé d’éléments forts ou d’airs enivrants. Par moments, nous avons l’impression d’un « Rubicon » repensé, mais dont le cheminement ne serait pas venu à son terme. Il y a parfois des questions à se poser au sujet de la composition des titres, singeant parfois les précédents efforts, mais avec la profondeur et l’esprit en moins. Les titres ont aussi trop tendance à se suivre et à se ressembler. La diversité des époques et des régions auraient dû normalement être un gage de richesse musicale. Ce qui n’est pas vraiment ici le cas. Quelques titres seulement tiennent la dragée haute, le plus souvent ceux qui font le plus ressortir détermination, noirceur et puissance, qui s’échappent des univers enchantés, épiques et rayonnants, déjà traversés. Ceux qui se permettent de franchir le Rubicon et de provoquer la guerre, pas les autres. Ainsi, « Laguz » apparaît comme une victoire à la Pyrrhus. C’est une œuvre très correcte, mais qui ne fera malheureusement pas date et qui laisse un léger goût amer. Un simple courant d’eau peut s’avérer être un obstacle dans la course d’« Ancient Rites ».

14/20

4 Commentaires

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LeLoupArctique - 26 Avril 2015: Chronique très intéressante, merci. D'après ce que tu en dis, je comprends ta légère déception, mais cela devrait plus me plaire à moi.
AlonewithL - 26 Avril 2015: Je suis déçu par le côté "répétition" par rapport au précédent effort et entre les différents titres. C'est vraiment ça qui plombe cet effort.
metalpsychokiller - 13 Mai 2015: Premiers ressentis similaires il y a deux mois et sentiment initial mitigé, certes... Mais maintenant j'apprécie beaucoup plus cet opus au final bien abouti. Néanmoins, un ton au dessous des Rubicon et Dim.. (-;
AlonewithL - 15 Mai 2015: je ressentais un album très linéaire au départ, avec un chant complétement désenchanté. C'est vrai qu'on le découvre mieux à la longue, mais je reste globalement sur ma faim, sachant que l'effort est dans le même tuyau, mais de qualité moindre aux deux albums qui l'ont précédé.
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