Le jeune groupe argentin, porté par les vibes d'une laconique mais sémillante initiale auto-production, revient cette fois avec un album full length dans son escarcelle, sorti chez
Nihil Art Records. Reprenant en les ayant réaménagés les 4 titres de cet EP, le sextet de metal gothique, créé il y a à peine un an par la soprano Marili Portorrico et le guitariste, bassiste, arrangeur, ténor et grunter A.N.XIIIU.X, en a rajouté 7 pour nous installer à bord de son vaisseau amiral. Et ce, pour une traversée techniquement éprouvée et mélodiquement plus affutée de près de 50 minutes, inspirée par les harmonies effilées de
Diabulus In Musica,
Voices of
Destiny,
Tristania, et les empreintes vocales d'
Evolvent et de
Stream Of Passion. Un cocktail détonnant, un poil énigmatique et original, qui a pour corollaire une féconde inspiration accolée à chaque portée de la plupart des partitions du roboratif opus.
Cette nouvelle production s'est affranchie de quelques irrégularités acoustiques perceptibles sur le premier méfait pour nous octroyer désormais une qualité d'enregistrement quasi professionnelle et un mixage plus équilibrant entre les parties instrumentales et vocales. Cette souche logistique a été laissée aux mains expertes de Matias Takaya (au AV Recording Studio, à Cordoba (Argentine)). Les compositions autant que les paroles et la dimension artistique du propos sont l'oeuvre exclusive du groupe, celui-ci officiant dans un metal gothique symphonique, progressif, avec quelques touches doom. Aussi, l'artwork au trait épuré et sobre, et tout à fait phase avec le titre et la thématique générale de l'album, est le fait de la formation elle-même. Ces éléments conjugués permettent dorénavant à nos acolytes de tenir la dragée haute à une concurrence locale de plus en plus féroce, à l'instar d'
Abrasantia, Elessär,
Boudika et autres
Escapist,
Daemon Lost ou
Lumine Criptica. Accompagnés dans ce projet par un même corps instrumental et vocal (Guillermo Apfelbaum (basse) et les choristes Ramiro Morales (Ténor), Hilen Blesio (Alto) et Ailen Cebalos (Soprano)), les cofondateurs ont semble-t-il varié leur offre atmosphérique, harmonique et rythmique, avec quelques belles réussites à la clé.
Tout d'abord, le collectif natif de Cordoba oscille souvent entre metal gothique et symphonique, signant au passage quelques morceaux d'une efficacité redoutable, dont certains nous amènent à revenir sur ceux judicieusement remastérisés de leur EP.
Parmi ces premières compositions, on ne passera pas outre «
Lacrimosa et Gementem », où un chatoyant embrasement orchestral et choral s'observe. Cette fringante plage à l'éveil instrumental progressif, où tintent les cloches, nous plonge dans les méandres de couplets aux variations de tonalité savamment sculptées, non sans rappeler
Diabulus In Musica. Les impulsions lyriques délivrées par Marili, empreintes de romantisme, dans l'esprit d'
Evolvent, se coordonnent aux ténors et répondent en écho à des growls graveleux audibles en background, le long du parcours de cette pièce en actes. Dans cette version rallongée, les choeurs masculins martèlent plus violemment le sol, conférant davantage de relief à une plage qui pourtant n'en manquait pas.
Pas d'extase des sens, ni d'emphase mélodique sur les refrains, juste un filet de délicatesse atmosphérique pour nous recevoir. Et, la sauce finit par prendre, l'ensemble s'achevant crescendo, précédant ici une clôture dégressive bien amenée. Un programme similaire nous attendait déjà sur « Lagrimas de
Luna », où un piano, une cloche et de soyeuses nappes synthétiques assistées de quelques arpèges à la guitare acoustique nous accueillent. Nous découvrons, dès lors, un délicat titre gothique symphonique en mid tempo aux faux airs d'une ballade, bien infiltré par la sirène qui, de ses envolées semi-lyriques, suit un cheminement mélodique invitant sur les couplets autant que sur les refrains nuancés, non sans rappeler
Tristania ou encore
Forever Slave. Alors rejointe par une patte growleuse en tapinois, la belle ne se départit pas de sa route vocale qu'elle suit jusqu'au bout. Un break opportun s'insinue ensuite avant que la section rythmique ne s'embrase et que quelques notes à la harpe ne ferment la marche dans un joli dégradé de l'intensité sonore.
Le combo a aussi veillé à introduire une touche progressive plus marquée dans son process rythmique, et l'accroche du pavillon opère in fine. C'est précisément ce que l'on a déjà observé sur «
Nocturnálgica », titre éponyme de l'EP. D'inspiration symphonique, cette ballade progressive, tout en délicatesse, dans la veine de
Voices Of Destiny, première mouture, nous invite à suivre une ritournelle violoneuse veloutée forte en émotion. La sirène, non sans rappeler Marcela Bovio (
Stream Of Passion), déploie ses inflexions avec sobriété, tact et efficacité, tout en se faisant escorter de son growler de compère. Un ténor surgit alors pour marquer le soyeux climat de sa vénérable aura. Au cœur d'une orchestration qui, graduellement, flamboie, palpite au rythme des pérégrinations du corps vocal global, les vibes de la déesse se révèlent aptes à capter nos émotions les plus enfouies. D'autre part, non sans rappeler
Amberian Dawn, première mouture, « Ceremonia del Alma Dormida » nous place au cœur d'une piste mélo-symphonique progressive d'excellente facture, aux refrains catchy, répondant à un travail d'orfèvre sur le plan de la justesse oratoire et de la mélodicité. On ne pourra que difficilement esquiver une petite larme sous le joug des attaques répétées et progressivement élevées des magnétiques impulsions de la sirène. Prégnant instant s'il en est.
Sans se départir de cette obédience symphonique gothique, nos acolytes ont également accolé une patine doom à certaines de leurs pièces, aux fins d'une insécurisante ambiance gorgonesque. Aussi, quelques accords à la guitare acoustique et une violoneuse atmosphère nous immergent dans les entrailles du sulfureux et poignant « A Orillas del Silencio », titre déjà inscrit au programme de l'initiale production, ici repris avec un souci accolé aux finitions.
Plus sombre que le reste de l'oeuvre, ce titre gothique à l'empreinte doom témoigne d'une confondante progressivité de l'espace percussif, tout en toucher et en vivacité. Les claires projections vocales de la déesse, tout en fines modularités, s'inscrivent harmonieusement au sein de l'environnement instrumental de fond. Aussi énigmatique qu'envoûtant, ce morceau ne se révèle pas moins complexe dans son principe d'émission tout en sachant ménager les contrastes entre légèreté des gammes et noirceur d'un climat procuré par des arrangements véhiculant une belle profondeur de champ acoustique. De subtiles variations de tonalité et d'ambiance sont octroyées, permettant de bien ressentir les éléments insufflés par une composition bien habitée. Une version acoustique nous est également proposée dans cette nouvelle mouture, apportant un poil de légèreté supplémentaire et de limpidité sonore, sans dénaturer ni la structure mélodique originelle, ni l'atmosphère éminemment mélancolique de l'offrande. Exercice de style ô combien délicat, mais relevé ici de main de maître. Enfin, des clapotis pianistiques nous accueillent sur «
Lux Perpetua », prégnante et progressive livraison, dans le sillage atmosphérique de
Stream Of Passion, avec une touche doom en substance. Au sein de cette crépusculaire tourmente, une caverneuse créature s'invite au bal, relayée par contraste, par les angéliques inflexions de sa comparse. Puis, le convoi orchestral s'emballe, emportant tout sur son passage, eu égard à un sillon harmonique complexe, rigoureux dans son principe d'émission. Au maître instrument de fermer la marche.
Il est également des passages typiquement metal symphonique, sans trace de progressivité, qui ne s'en trouvent pas moins tout aussi immersifs. Ainsi, l'entraînant et flamboyant « Vestigios » évolue sur une alternance de couplets fondants et de refrains ouatés, au fil d'une rythmique enjouée, de riffs écornés et d'une lourde frappe d'olive sur la double caisse, non sans rappeler
Delain. La captation d'une émotion subreptice n'est jamais bien loin, tant le tracé mélodique répond à une rigueur scripturale de tous les instants. La belle, coalisée à des choeurs en cavale, impressionne par ses célestes ondulations autant que par des envolées lyriques dont elle a le secret, s'autorisant à atteindre l'ultime note avec une parfaite tenue en fin de piste. Piste qui a vraisemblablement valeur de hit, qu'on ne quitte qu'avec l'indicible désir d'y revenir. Dans cette mouvance, frénétique jusqu'au bout des ongles, « Auraluna » livre un léger tapping au gré d'un cheminement harmonique finement esquissé. Dans le sillage d'
Abrasantia, ce vivifiant morceau se pare d'une assise vocale enveloppante, sans lyrisme exacerbé si ce n'est l'ultime note en voix de tête, avec une touche latina en substance. Coalisée à de truculentes frasques orchestrales maîtrisées de bout en bout, avec nombre de variations et d'effets de surprise à la clé, elle prend toute sa dimension, notamment lorsqu'elle se pare de grunts en embuscade.
Cela étant, certains passages auraient gagné à ne pas perturber le fil d'un propos qui tendrait à friser le sans faute au fur et à mesure de sa progression dans nos tympans alanguis. D'une part, tel une boîte à musique que l'on doit remonter, le bref instrumental «
Lanthanein » se déroule sereinement au fil de fins arpèges à la harpe samplée et d'une nappe synthétique feutrée. Mais, son positionnement dans la tracklist lui confère davantage un rôle d'interlude, au demeurant largement dispensable, que d'un titre à part entière. Idem pour « Epifanía », menue piste a-rythmique livrant une soyeuse orchestration combinée aux douces patines oratoires de la déesse, plutôt inconsistant dans son schéma harmonique et d'une affligeante linéarité mélodique.
Au final, le constat est éloquent, tant le groupe s'est ingénié à oeuvrer en studio pour nous livrer un propos logistiquement bien plus abouti que son premier effort. En outre, on retrouve cette heureuse alchimie entre une dynamique rythmique souvent progressive, des lignes mélodiques travaillées en profondeur corroborées à des séries d'accords rigoureuses et finement restituées, véritablement impactantes, et des patines oratoires qui se sont aiguisées, densifiées et diversifiées. Et ce, avec un petit supplément d'âme qui rend cette livraison plus émouvante, plus troublante que par le passé. Dès lors, on a de bonnes raisons de penser que le combo ainsi lancé n'en restera pas là, et qu'il saura faire encore évoluer son message musical, pour se mettre dans les meilleures conditions afin de rejoindre d'ici peu les valeurs montantes du metal gothique symphonique à chant féminin local, voire international. Malgré les quelques faux pas relevés ci-dessus, rien ne semble être en mesure de perturber une écoute concentrée sur cette infiltrante rondelle. Bref, un outsider sérieusement armé auquel les amateurs du genre pourront prêter une oreille attentive, et qui sait, l'adopteront probablement pour ne plus le quitter d'un iota...
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