Isolation

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17/20
Nom du groupe Since Ever
Nom de l'album Isolation
Type Album
Date de parution 02 Octobre 2015
Style MusicalMetal Symphonique
Membres possèdant cet album6

Tracklist

1. Isolation: Prologue 01:58
2. Alive 03:22
3. Heaven 03:59
4. All I Have 05:18
5. Decayed 04:48
6. Somewhere 04:14
7. Blessed and Overcome 03:45
8. Break the Chain 04:18
9. One Last Time 05:09
10. The Ending 03:53
11. Isolation: Epilogue 10:18
Total playing time 51:02

Chronique @ ericb4

06 Mars 2016

Un insoupçonné et prometteur message musical laissant augurer une carrière au long cours pour le combo suédois...

Fraîchement débarqués des terres scandinaves, les Suédois de Since Ever viennent, à leur tour, essaimer leurs gammes et leurs arpèges dans un registre metal qui ne les a pas attendus pour gagner ses lettres de noblesse. Créé en 2013, le jeune quintet issu de Stockholm l'a bien compris. Aussi, il s'est montré à la fois prudent et ambitieux dans sa démarche. Ce faisant, tel un rite de passage, peu après une fantomatique démo et un single, il nous livre d'ores et déjà un premier album full length auto-produit empreint d'un metal symphonique mélodique, atmosphérique et progressif inspiré des grandes formations européennes du genre. En amont, un travail de studio minutieux et exigeant s'observe eu égard à la qualité d'enregistrement et à des finitions passées au peigne fin. Quant au mixage, signé Andreas Grimell, il offre une équilibration quasi optimale des parties vocales et instrumentales entre elles. Autant de signes avant-coureurs symbolisant une réelle détermination d'en découdre à longue échéance pour le collectif nordique.

Au préalable, faisons les présentations. L'ensemble des compositions et des paroles repose sur les épaules du guitariste Niklas Johansson et de la soprano Linda Lundberg. Le groupe a pu compter également dans ses rangs Andreas Bohlin (claviers), Isac Danielsson (ingénieur du son et basse) et Olle Holst Ussing (batterie) pour une collaboration de tous les instants. Recelant pas moins de onze pistes pour plus de cinquante minutes de ruban auditif, l'opus renferme une kyrielle de compositions aux portées impactantes et des textes accouchés d'une fine plume. A la fois dynamique et romantique, ce premier acte renferme divers exercices de style classiques du genre (instrumentaux d'ouverture, fresque, ballades...) mais réalisés avec tact, rigueur, inspiration et une pointe de talent. Déjà l'artwork de la jaquette (créé par Moon Ring Design et H.E.W Designs), d'inspiration fantastique, sur fond de fin du monde et aux tonalités mordorées, stimule notre imaginaire. Autant de raisons qui nous incitent à entrer en contact avec les éléments...

Premier constat : les titres metal symphonique pur abondent et, pour la plupart, sont globalement de fort bonne facture, renvoyant à certaines formations majeures du genre. Le décollage est imminent et s'amorce d'entrée de jeu sur le laconique et pénétrant instrumental « Isolation: Prologue » sur fond d'enveloppantes nappes synthétiques. L'instrumentation lentement se déploie, progressant au fil de la densification et de l'accélération de son espace percussif et de l'éveil conjoint de choeurs pour nous enserrer le tympan. On entre prestement dans l'ambiance enjouée de « Alive », piste metal symphonique sortie en single, dans l'ombre d'Amberian Dawn, dernière mouture, assise sur de grisantes lignes de claviers. On ne tarde pas à découvrir de sculpturaux couplets et surtout des refrains catchy, habilement mis en habits de lumière par la maîtresse de ces lieux, non sans rappeler Paivi ''Capri'' Virkkunen (Amberian Dawn), avec un zeste d'Anette Olzon (ex-Nightwish). Un titre aux allures d'un hit en puissance qui ne ratera pas de faire transpirer une émotion. De son côté, le vrombissant et syncopé « Decayed » nous assaille par ses riffs acérés et son ample et martelante rythmique, lui aussi dans le sillage du combo finlandais. On est alors conduit sur des refrains immersifs à souhait, enjolivés par les angéliques volutes de la déesse. Un solo de guitare au délié alerte s'intercale avant que la reprise sur le refrain ne se fasse martiale. Si l'on ne quitte qu'à regret cette pièce épique, là ne s'arrête pas le voyage. Aussi, de sensibles arpèges au piano, signés Andreas, nous introduisent et nous accompagnent tout le long sur l'entraînant « All I Have », morceau metal sympho au tracé mélodique sécurisant, non sans renvoyer à Delain, avec un chouia de Karnataka sur le plan harmonique. Couplets et refrains alternent dans une valse ininterrompue, enivrant alors nos sens sous le joug de délicates saveurs atmosphériques, si ce n'est par un sémillant solo de guitare. Un petit pont mélodique se fait balayer d'un claquement de doigts par une imposante reprise sur le refrain, soufflant instant de félicité. Enfin, à la manière de Leaves' Eyes, dernière mouture, des choeurs enveloppants nous étreignent rapidement sur « One Last Time », entraînante plage metal sympho à la mélodicité avérée. Sur cette puissante mouture rythmique, on ne sera pas en reste sur le refrain, instant privilégié propice à l'ivresse des sens, délicatement servi par la maîtresse de cérémonie, à la manière de Sharon den Adel (Within Temptation). Mais, elle ne se livre pleinement qu'après une reprise sur le refrain, élargissant d'un cran son spectre vocal. Une fin spectaculaire en crescendo clôture l'acte de bien belle manière.

Lorsqu'il ralentit le tempo, le groupe ne se montre pas moins adroit pour nous attirer en son sein. Les plans en mid tempo ne sont pas rares mais s'expriment de différentes manières selon le regard posé par le combo. Ainsi, "Heaven", titre metal symphonique en mid tempo un poil syncopé dans la lignée de Within Temptation, jouit d'un cheminement harmonique des plus immersifs. L'ensemble convole en des espaces immaculés sur fond de célestes et ondulantes inflexions de la belle, qui n'use pas d'un lyrisme exacerbé pour nous séduire. Majestueuse mais non grandiloquente, cette plage nous encense tant par ses accords effilés que par ses lignes mélodiques d'une précision d'orfèvre, ayant trouvé là la clé pour nous faire plier l'échine. Qu'il est malaisé de rester de marbre face à cette déferlante qui, progressivement, touche du doigt les étoiles ! La magie opère sans l'ombre d'une difficulté... D'autre part, un incandescent instant d'une esthétique mélodique à couper le souffle nous est adressé sur « Somewhere », claquant mid tempo où virevoltent des riffs acides et où flamboient les puissantes impulsions un poil éraillées de la douce, muée en lionne pour l'occasion. En impitoyable prédatrice, à la façon de Sharon, elle ne nous lâche pas d'un pouce, nous happant sans sourciller sur les couplets comme sur des refrains inspirant spontanément un headbang subreptice. Enfin, des choeurs chatoyants nous introduisent sur « Break the Chain », pièce symphonique enlevée en mid tempo progressif, où les patines vocales de la belle, à la façon d'Anette, font rayonner leurs mediums, fouettant alors le tympan où qu'elle se meuvent. L'atmosphère devient électrique, l'orage ne va pas tarder à poindre le bout de son nez. Un break s'interpose pour mieux laisser la déferlante oeuvrer, venant alors tout déchirer sur son passage, l'ensemble finissant crescendo.

Cela dit, le combo nous a également proposé des moments plus intimistes, à l'aune de ses mots bleus, savamment orchestrés. D'une part, un sensible piano nous accueille sur« Blessed and Overcome », magnétique ballade dans la veine harmonique de Delain, avec un soupçon de Within Temptation sur le plan mélodique, où l'instrumentation, à pas de loup, envahit l'espace sonore. De limpides oscillations vocales volètent, la déesse se faisant tendre et voluptueuse, accompagnée par un romantique violon. Ce faisant, elle nous enlace tout le long de ce moment tamisé aux délectables nuances atmosphériques. D'autre part, tout en douceur s'éveille « The Ending », sulfureuse ballade également dans le sillage de Delain, pour un jouissif voyage introspectif. Cet instant suspendu révèle une sirène à fleur de peau, immergée dans une tourmente tragico-romantique d'une stupéfiante profondeur. A quoi bon tenter de résister à cette ronde des saveurs où l'attachante empreinte mélodique partout fait son œuvre ?

Pour parachever de nous convaincre de ses qualités de composition, le groupe nous a réservé un véritable coup de théâtre en fin de parcours. C'est sur une dantesque fresque de dix minutes que s'achève le voyage, à l'instar de « Isolation: Epilogue ». Une souple assise instrumentale ouvre les hostilités avant de la voir se livrer à d'innombrables variations, qui sont autant de saisissantes tribulations qui, peu à peu, au fur et à mesure de l'agrégation des éléments, vont gagner en épaisseur orchestrale. Elle sera alors apte à nous retenir plus que de raison. En parallèle, les soli de guitare offrent leurs plus beaux atours au moment où les impulsions de la belle, non sans une certaine autorité, regagnent les hauteurs en voix de tête, d'où il devient illusoire de tenter de la déloger. Le cheminement mélodique ne manquera pas de nous faire frissonner tant il se calfeutre dans des séries de notes parfaitement harmonisées et suivant des lignes d'accords d'une confondante précision. C'est dire que l'on finit en apothéose un gemme qu'on se plait à se repasser, ne serait-ce que pour en déceler toutes les subtilités et goûter à nouveau à la magie de l'instant posé.

On comprend dès lors que l'on est aux prises avec une formation qui a beaucoup appris de ses sources d'influence pour désormais voler de ses propres ailes, et qui évite habilement chaque obstacle dressé sur sa route, pour nous convier à un gracieux ballet d'arpèges et à une ronde de saveurs acoustiques et mélodiques tout le long. En outre, un furieux désir de communiquer ses jouissives gammes se dégage de cette goûteuse galette et l'adhésion s'opère quasi instinctivement. C'est à regrets que l'on quitte cette œuvre techniquement et esthétiquement difficile à prendre en défaut, déjà hissée au rang d'opus de confirmation après un single, simplement, soit, sans avoir passé par la case EP, comme nombre de ses homologues stylistiques. Tentative risquée, certes, mais loin d'être avortée, tant le collectif a fait montre d'un stupéfiant professionnalisme adjoint à une féconde inspiration dans chacune de ses portées, quelque soit l'exercice où il s'est investi. On pourra lui reprocher de ne pas viser l'originalité ou de ne pas trop varier ses joutes oratoires, et parfois de coller un peu trop à ses courants d'influence. La qualité de la production aidant ainsi que celle des arrangements font toutefois oublier que l'on a affaire à un propos initial. Le valeureux groupe aura bien le temps de peaufiner encore ses harmoniques et ses accords pour octroyer une œuvre éminemment personnelle. Pour l'heure, les amateurs de metal symphonique à chant féminin pourront se sustenter à l'aune des délices proposés par un outsider qui, d'ici peu, pourrait bien jouer les trublions. Bref, une formation à suivre de près...

4 Commentaires

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frozenheart - 06 Mars 2016: Merci Eric, pour cette chronique bien ficelé! Là cet album avec ses influences bien digérer et ces rythmiques empruntés au néo et me rappelant un peu le premier Stream Of Passion "Embrace The Storm " que l'on retrouve sur la vidéo m'interpelle au plus haut point et suis curieux d'en écouter davantage.
Merci aussi, au chroniqueur pour la découverte!
ericb4 - 06 Mars 2016: Merci à toi. En effet, ce judicieux rapprochement avec Stream Of Passion s'observe sur la vidéo, et témoigne du large panel d'influences du groupe, qu'il a bien assimilées pour restituer ses propres gammes avec brio. Un album de très bonne facture, assurément, et j'ai comme l'impression qu'ils ne vont pas en rester là. Certains concurrents peuvent commencer à se faire du souci...
Flandre - 23 Mars 2016: Merci beaucoup Ericb4 pour cette découverte.
Ta chronique ainsi que la note qui a été attribuée à l'opus m'ont donné l'eau à la bouche.
On ne peut s'empêcher à l'écoute de faire quelques rapprochements avec d'autres merveilles du genre.
Mais l'émotion est bien présente et c'est drôlement efficace.
ericb4 - 24 Mars 2016: Merci pour tes observations. Bien que les groupes homologues ne cessent d'affluer pour tenter de se démarquer, celui-ci affiche une totale santé, décomplexé par la concurrence, jouant ses partitions avec brio. Comme dit, on est bel et bien pris dans la tourmente et il se pourrait qu'à l'aune de cet effort, on y décèle l'embryon d'une future pointure du genre! Wait and see...
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