Les Californiens de
Madrost sortent leur premier album en autoproduction, après une formation qui remonte à sept années, et une période de gestation finalement sans doute propice au peaufinage de sa première réalisation.
Constitué de six titres - plus deux instrumentaux courts et faisant figure de lien ou d'introduction aux morceaux -
Madrost privilégie la qualité à la quantité, et l'auditeur s'accrochera de prime abord à des refrains bien mémorisables, et à des structures variées bénéficiant en outre de soli mélodiques ingénieux ("Universal
Energy", "
Depravity").
Le premier titre, "
Frozen Beneath The Snow" avec ses faux airs empruntés à "
Angel Of Death" (hurlement compris) de
Slayer légitime une approche frontalement thrashmetal. Rythmiques abrasives et plombées à la fois, il vaut à la fois pour son refrain accrocheur que pour son assemblage rendant à priori pertinente cette sortie, noyée dans la masse du revival actuel.
Empruntant autant à l'énergie du tout premier EP de
Destruction (et aussi aux cris maladroits du jeune Schmier de cette époque - effets garantis) qu'aux rythmiques du
Slayer de 1985-1986,
Madrost a le bon goût de choisir ses influences, les Allemands de
Darkness en tête. Il en sort un album accrocheur, et malgré tout empreint d'une personnalité devant beaucoup au chanteur,
Tanner Poppitt.
Pas parfait (aïe, ses cris), mais avec finalement une voix bien placée, old school en diable, il donne une plus-value certaine aux compositions, toutes réussies.
Parfois à la frontière du death/thrash (les premiers riffs de "Operation Xenomorphic Protocol"), à la manière d'un
Protector,
Madrost sait varier ses riffs et tempi. A ce titre, l'album, court (27 minutes), ne contient aucun morceau de remplissage, chose rare de nos jours, et propose de vraies chansons, et non un assemblage de riffs collés les uns aux autres. Un bon point.
Ainsi, les débuts de morceaux, souvent très réussis, donnent envie d'aller plus loin dans l'écoute, et le fantôme des premiers essais de la scène allemande des années 80 (
Darkness,
Protector,
Destruction, donc principalement) resurgit régulièrement. Le terrible "Subterranean
Nightmare", que l'on croirait issu d'un parfait mix entre les trois groupes précédemment cités, en est le meilleur exemple.
Si la production, sèche et abrasive, restitue bien l'esprit de l'émergence de cette scène, et finalement sied bien au propos du groupe, elle constitue un point de progrès indéniable (mais on s'en fout un peu, non ?). Toutefois, très racé, et restituant parfaitement la scène thrash allemande d'avant 1988 ("Terrible Certainty" de
Kreator n'est pas loin à l'écoute du titre éponyme, par sa furie thrash débridée),
Madrost réussit son coup.
Et ça, c'est une vraie surprise pour des Californiens qu'on croirait sortis de la Ruhr. Ami thrasher, tu peux foncer !
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