On peut avoir l'impression de tout connaître en musique, d'être blasé, et penser que plus rien ne pourra jamais nous surprendre. Mais heureusement, il est certaines œuvres qui réussissent à faire voler en éclat ce sentiment de lassitude et à nous sortir de notre torpeur.
Ce "
In Glorious Times" en fait partie.
Composé par l'énigmatique combo américain
Sleepytime Gorilla Museum (S.G.M.), cet album est tout sauf facile d'accès, car découlant d'une démarche véritablement avant-gardiste (terme un peu trop utilisé à tort et à travers de nos jours, mais qui trouve dans le cas de S.G.M. sa pleine justification). Pour preuve, les musiciens emploient non seulement des instruments assez inhabituels tels que le xylophone (ou une de ses variantes : le glockenspiel), mais aussi et surtout des instruments de leur propre création, comme le Tangularium ou encore le Pancréas Electrique (ce dernier serait un assemblage de bois et de métal émettant des sons par frottement sur le corps !?).
Et quid de la musique dans tout ça ? Et bien sur ce coup-là, je serais bien incapable de trouver une dénomination correcte et précise dur style pratiqué par S.G.M. On pourrait bien sûr avancer des noms plus farfelus les uns que les autres ("horror métal progressif délirant", "original rock/métal atmosphérique", …), mais la vérité est que le style est bel et bien impossible à définir.
Pour reprendre la célèbre expression du non moins célèbre Forrest Gump, on peut même dire que la musique de S.G.M. est "comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". En l'occurrence, les dégustations proposées dans ce "
In Glorious Times" s'avèrent tour à tour douces et amères, savoureuses et acides, horriblement exquises et délicieusement mortelles.
Ces contrastes se traduisent par l'alternance entre passages agressifs et atmosphériques, ainsi que par la versatilité du chant.
D'un côté, le style de Nils Frykdahl oscille entre un chant plaintif à la limite de la rupture (comme sur "The Companions" où la voix rappelle celle de Juhani Jokisalo d'
Apocryphal Voice) et un chant extrême death ("
Ossuary"), en passant par un chant très typé Jonathan Davis (comme sur "Helpless Corpses Enactment" où la ressemblance avec la voix du frontman de
Korn est saisissante).
De l'autre côté, Carla Kihlstedt (qui s'occupe également du violon) adopte un timbre de voix très proche de Björk (on dirait même parfois un clone !), qui fait des merveilles sur les morceaux les plus atmosphériques que sont le délirant "Formicary" avec ses mélodies enfantines (un peu à la façon Tactile Gemma), le psychédélique "The Only Dance" avec ses sonorités irréelles, ou encore "Angle of Repose" rappelant les ambiances des contes de
Grimm (vous savez, ces petites histoires sournoises qui ont peuplé nos cauchemars d'enfants).
Ces passages d'apparence plus simple et calme sont contrebalancés par des séquences outrancièrement techniques où tous les instruments partent en vrille et sont pris de crise de syncope, faisant passer
Dream Theater et consorts pour d'apprentis musiciens, ainsi que par des poussées de fièvre black/death ("The Putrid Refrain" et ses guitares qui lacèrent les tympans).
Le caractère imprévisible des structures (enfin, si on peut encore parler de structures …) et la complexité musicale font penser au chef d'œuvre d'
Ebonylake qu'est "On the Eve of the Grimly Inventive". Et comme ce dernier, "
In Glorious Times" plonge dans une ambiance d'épouvante et de malaise permanent. A la différence que S.G.M. adopte une direction plus axée sur la fête foraine macabre, avec un côté théâtral décadent et omniprésent, parfaitement représenté par le morceau "Puppet Show" très typé
Morgul /
Notre Dame avec du piano et des voix d'opéra.
Et que dire de ces samples de voix complètement disjonctés qui relient tous les morceaux entre eux et qu'on dirait enregistrés dans un asile psychiatrique ?... Un seul remède possible : la camisole de force !
Piochez à tous les étalages (de préférence les plus barrés), concassez le tout, plongez-le dans un grand bouillon de vieux film d'horreur, touillez et vous obtenez la recette magique de ce "
In Glorious Times".
Totalement hors normes, perturbant, tordu à s'en taper la tête, éprouvant jusqu'à l'évanouissement, indigeste à en vomir, voilà un album véritablement extrême, comme on en trouve peu, et ne pouvant logiquement susciter que des réactions extrêmes : on aime à la folie ou on déteste à mort, sans autre alternative… Choisissez votre camp !
mais merci qd mm
N'empeche ça fait un album de plus plus que je doit acheter.
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