La longue et grande histoire de
Blood débute en 1986 dans la petite ville de Speyer, dans le Lander de Rhénanie-Palatinat, autours des jeunes Taki(batterie) et Eisen(guitare). Le seul et unique projet étant de faire le plus de boucan possible, les trois premières démos sont enregistrées à l'arrache cette même année, toutes trois constituées de noise inécoutable et de tentatives de reprises des stars du Thrash de l'époque: Sodom,
Destruction,
Hirax et compagnie. Les choses sérieuses commencent réellement l'année suivante avec l'arrivée de Ventilator derrière les fûts et le replacement définitif de Taki à la basse: la première vague Grind anglaise étant une révélation pour nos jeunes teutons, à l'instar d'autres nouveaux venus tel
Agathocles en Belgique, le groupe décide de muter de façon permanente en Grindcoreband avec leur quatrième démo "
Heinous Noise". Deux autres démos suivront en 88, "
Spasmo Paralytic Dreams" et "
No Regret", confortant le combo dans sa nouvelle orientation. Ces trois essais constituent d'ailleurs le socle majeur d'"
Impulse to Destroy", puisque plus des trois-quarts des chansons, bien que totalement réenregistrées pour l'occasion, apparaissent à l'origine sur les trois dernières cassettes. Au moment même ou le groupe solidifie son lineup avec l'arrivée de Martin Witchskinner au micro, le label ricain
Wild Rags se montre intéressé pour un premier contrat: il est alors plus que temps de rentrer en studio pour l'enregistrement du premier full-length.
Après la courte intro d'un avion en phase d'approche(???), "
Wings of Declaration" et ses 30 secondes chrono en main déboule comme une évidence:
Blood se pose comme la réponse allemande à la vague anglaise et à
Napalm Death en particulier, les influences du récent "From Enslavement" se voient comme le nez au milieu de la figure. Il n'est donc pas étonnant de retrouver ici ou là, entre deux parties de blast-beats épileptiques, des plans typiquement Punk/Hardcore, comme sur les excellents "Dogmatize" et "
Blood", qui ne sont d'ailleurs pas loin d'être les deux meilleurs titres de l'album. S'il faudra encore du temps pour s'émanciper totalement de cette influence encore trop visible, on perçoit néanmoins sur certaines pistes des amorces de ce que deviendra
Blood dans le futur, à savoir un groupe mélangeant allègrement son Grind à des parties Death plus posées, si on peut dire: le refrain de "
Spasmo Paralytic Dreams" et les riffs de "
Tumor" annoncent ce tournant qui sera définitivement adopté plusieurs années plus tard sur le crucial "
O Agios Pethane". On oscille donc entre grinderies à se taper la tête contre les murs ("Foulmouthed Politicians", les très bourrins et très courts "Celtic Compost" et "
Why?") et titres un peu plus mid-tempo (tout est relatif), mais non moins efficaces, comme "The
Greed" ou le très bon "
Necromancer", voir même un mélange des deux à l'image de "
Retrogression" et ses vocaux pitchés à mort.
Alors, cet "
Impulse to Destroy" serait donc une oeuvre majeure de la première génération Grind hors Royaume-Uni? Et bien oui et non en fait... Oui, car historiquement, en plus de faire partie des premiers groupes du genre dans le reste de l'Europe, ils ont ouvert la voie à la scène Grind (political et gore) et DeathGrind allemande qui arriva juste après
Impulse: les légendaires
Ulcerous Phlegm,
Dead, Gut, voir un peu plus tard
Nyctophobic, ou même le terrible combo de GrindBlack
Naked Whipper peuvent les remercier chaudement pour cela, à une époque ou tout était encore à faire.
Mais d'un autre côté, il faut bien avouer qu'il n'est pas si facile de rentrer dans cet album, la faute principalement à une prod extrêmement artisanale pour rester poli: personnellement, il m'a fallu du temps pour ne pas rester buté sur ce son d'une âpreté rare. Oui, c'est parfois bordélique et naif, souvent pas très carré (le chant notamment, plaqué à l'arrache sur certains titres), mais c'est aussi ce qui fait le charme de la chose. Au final, ce qui pénalise également le tout, c'est de connaître toute la discographie de
Blood, puisqu'une majorité des meilleurs titres du
Impulse ont été repris par la suite sur les différents splits et albums, pour un rendu bien supérieur.
Enfin, il faut noter l'excellente réédition de FDA-Recotz en 2007: outre la présence du EP "
Recognize Yourself" déjà présent sur la première réédition de 94 (en réalité les chutes de studio d'
Impulse, moyennement intéressantes), y ont été rajouté les deux splits avec
Agathocles et
Impetigo, sortis juste avant le second full-length "
Christbait". La différence de niveau est énorme, la production à des années lumières au-dessus du
Impulse. Si les trois titres du "
Salvation...to the
Dead" (celui avec
Impetigo) restent relativement classiques mais infiniment mieux maîtrisés que sur l'album, les deux titres du "Traditional Rites" (avec Agatho donc) sont encore plus intéressants, avec un "
Twisted Bodies" dont la première moitié quasi-
Doom préfigure l'orientation total Deathmetal de "
Christbait", et un "Dogmatize" tout beau tout neuf réenregistré pour l'occasion: écoutez et comparez cette version à celle du
Impulse, c'est édifiant. Toutes ces bonustracks apportent une énorme plus-value à l'ensemble.
On nous apprend à l'école que 1989, c'est la chute du mur de Berlin. Terrible erreur: 1989, en Allemagne, c'est avant tout "
Impulse to Destroy"(the wall, évidemment).
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