De manière inattendue, suite à un généreux et délectable «
Deadwood », le combo britannique réenclenche le dispositif, à l'instar de cet humble «
Immured », EP 4 titres circulant sur une sente auditive de 17 petites minutes. Soit, 4 actes d'une seule et même pièce metal gothique à orientation doom atmosphérique, habilement concoctés par les Londoniens. Cette fois, James Scott (pluri-instrumentiste, vocaliste, auteur, compositeur et fondateur du projet) a opéré une réorganisation de fond de son line-up, ayant fait appel aux seules compétences de la frontwoman grecque Aliki Katriou, émérite mezzo-soprano, pour assurer les lignes de chant clair et les growls, à l'exclusion de tout autre intervenant. Ce faisant, l'empreinte symphonique apparaît moins prépondérante et la fibre prog plus aisément discernable sur ce méfait, où la tenace noirceur de l'âme se conjugue à une profonde tristesse baignée d'une inaliénable mélancolie.
Tout d'abord, le collectif britannique a privilégié les effets de contrastes atmosphériques et vocaux pour tenter de nous rallier à sa cause. Ce louable effort sera-t-il suivi d'effets ? Classiquement, l'opus démarre par une laconique entame instrumentale à l'image de «
Immured, Pt. I ». Toutefois, l'atmosphère se fait éthérée, voire étrangement glaciale, peu sécurisante et paradoxalement délicatement oralisée ; et ce, avant que ne sonnent des tambours d'une régularité métronomique. Un champ de contrastes plus développé que précédemment se fait jour et transparaissant également, à la manière de
The Flaw, sur «
Immured, Pt. III ». En effet, cette piste semble nous mener vers d'apaisantes terres au gré de ses premières et engageantes mesures et des célestes patines de la déesse. Mais dès que s'agrègent les riffs acérés étreignant une rythmique plombante et vrombissante, l'impression se fait tout autre, même si quelques ralentissements émaillent cette plage évanescente un tantinet vaporeuse. Ou l'art de savoir cultiver les contrastes.
Lorsqu'il oriente son propos vers des rivages prog, le combo semble à son aise même s'il ne parvient pas nécessairement à encenser le tympan. Aussi, pénétrant et crépusculaire low tempo doom atmosphérique doté d'une touche dark, à la façon de
Draconian, «
Immured, Pt. II » feint de nous embarquer dans une mielleuse ballade pour mieux nous surprendre par ses growls écorchés vif, coupants comme des lames de rasoir, ces derniers conférant à ce passage tamisé une lugubre et ocre ambiance. Aussi, un stupéfiant champ de contrastes oratoires s'esquisse entre les aériennes volutes et les ténébreux growls octroyés par la maîtresse de cérémonie. En outre, au fur et à mesure que s'embrase la scène instrumentale, on est saisi par ces jeux d'ombre et de lumière. Enfin, on appréciera le fuligineux solo de guitare en bout de parcours. D'autre part, une insoutenable mélancolie transpire par tous les pores de «
Immured, Pt. IV » qui, non sans rappeler
One Without, à la fois tempère opportunément ses ardeurs, offre une soyeuse et limpide couverture vocale, tout en nous égarant dans de méandreuses séries d'accords d'inspiration orientale. Lorsque le convoi orchestral se met en branle, peu à peu, un brûlant vent de sable se lève, parallèlement à de violentes attaques growleuses. Un break suspendu à quelques arpèges à la guitare acoustique apaise les tensions, mais aussitôt balayé par la reprise, celui-ci fera place à une progressive envolée orchestrale, l'ensemble finissant crescendo.
On ressort de l'écoute de la menue rondelle à la fois troublé, intrigué, parfois désarçonné, mais jamais désagréablement surpris. Cependant, un sentiment d'inachèvement du message musical nous traverse, le combo nous ayant habitués à moult compositions plus immersives, plus proprement produites, techniquement abouties et moins évanescentes. Ce faisant, cette nouvelle mouture se révèle éthérée, parfois glaçante, sombre, voire sinistre, tout en conservant son caractère doom atmosphérique. Mais en ayant mis en retrait sa touche sympho, une indéfectible sobriété d'ambiance inonde chaque piste de cette galette. Aussi, les aficionados de la sarabande la suivront, pour la plupart, dans ses frasques, bien que probablement frustrés du manque d'allonge du laconique brûlot. En revanche, ceux qui espéraient un développement plus sympho que prog à la sauce dark passeront leur chemin. Quoi qu'il en soit, sombre et mélancolique, ce frugal opus reste dans l'ombre de son valeureux aîné...
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