Viens pour moi le temps d'un petit défi de chroniqueur, après presque trente textes au service de la cause power metal : chroniquer du power metal symphonique italien (avec textes conceptuels et tutti quanti) sans évoquer UNE SEULE FOIS le nom de ... Bref, vous savez de qui je parle, le groupe qui s'est séparé à l'été 2011 avec les deux parties qui gardent le même nom, etc. Et pourquoi pas après tout ? Pourquoi devoir à chaque fois comparer tout nouveau groupe de power italien à celui qui a popularisé le genre dans ce pays en question ? Justement dans ce cas-là, malgré des apparences trompeuses, les italiens de
Derdian cherchent à s'éloigner des stéréotypes propres à ce courant. Même s'ils ne révolutionnent pas complètement le genre, ils ont au moins le mérite de chercher de chemins parallèles à l'autoroute du
Power Symphonique.
Derdian est donc un groupe italien de
Power Metal à forte tendance symphonique (que l'on appelle aussi
Metal Spaghetti) et qui a déjà une certaine expérience malgré une reconnaissance internationale qui se fait encore désirer. Cinq albums, dont une trilogie ambitieuse à la Rh... (vous savez qui), sont déjà sortis depuis 2005 (donc à un rythme très soutenu), salués chaleureusement par la presse et les amateurs du genre. Le quintette s'est fait remarquer par une musique se voulant puissante, véloce mais surtout épique tout en s'affinant d'album en album. Le power hésitant des débuts s'est mué en un heavy symphonique diablement efficace et de plus en plus recherché, tout en conservant quelques accointances Thrash (à sa création en 1998 le groupe jouait du power/thrash).
Derdian revient donc en 2014, un an à peine après le très acclamé
Limbo, avec l'étrangement nommé
Human Reset à la pochette chaude et fascinante (mais pas réalisée par Machado Franco cette fois-ci).
Tout commence donc par la petite introduction orchestrale qui va bien, avec bruitages et même un compte à rebours ... Et la première chanson déboule ! Ça va vite, c'est entraînant, c'est mélodique, et c'est super efficace sans être classique. Enfin, un peu classique quand même, surtout pour le refrain, mais on sent que c'est travaillé. Les vocaux sont très inventifs, avec en plus du chanteur plusieurs voix plus graves en arrière-plan pour des chœurs ou de simples interventions. Même le sempiternel solo de guitare se révèle intéressant. Pourtant ce titre, à l'écoute de la suite, ne semble être qu'une présentation du groupe, montrant où ils en étaient sur le très bon
Limbo, car depuis,
Derdian a encore évolué ...
Un morceau comme Music Is
Life est un véritable hymne au power symphonique, comprenant aussi des influences néo-classiques non négligeables. Après un sympathique et enjoué interlude au piano, les italiens dévoilent un passage speed-sympho complètement inattendu mais tout simplement génial !
La suite alterne tueries symphoniques (le sublime My
Life Back, le magique In Everything), et brûlots de type power mélodiques (
Absolute Power, Write Your
Epitaph, Gods Don't Give a Damn) tout en conservant à chaque fois des petits détails qui font mouches à chaque fois.
Derdian s'aventure même du côté du progressif avec Alone, très riche morceau à tiroir aux relents Thrash.
Impossible de continuer la description de cette œuvre sans évoquer plus en profondeur le chant. Le vocaliste principal, Ivan, n'est là que depuis deux ans (néanmoins c'est déjà son deuxième album avec
Derdian) mais il s'en sort remarquablement bien. Il est capable de la plus grande sensibilité (l'intro de My
Life Back) comme d'une puissance vocale typique du
Power Metal européen (encore sur My
Life Back). Ses lignes de chant sont extrêmement soignées, parfois surprenantes, souvent originales et toujours délicieuses. Ivan est de plus secondé sur quelques titres par le guitariste et meneur Enrico Pistolese, qui pose sa voix grave en complément. Le résultat est alors fantastique sur les pré-refrains de
Absolute Power, et carrément jubilatoire sur In Everything.
L'opus est de plus ponctué d'interludes guitaristiques dans un style néo-classique (
Delirium) ou s'approchant d'un vrai morceau avec du chant (This Rails
Will Bleed - extrait ci-dessous).
Un morceau enfin m'a touché par sa richesse et ses petites touches originales : Mafia. Classique par sa construction, ce titre se révèle fascinant grâce à un refrain très entraînant, une partie instrumentale inventive, et quelques étranges sonorités typées années 20. Les paroles écrites par Pistolese racontent comme par hasard une histoire dans les milieux de la Mafia italienne : "People used to call it Mafia / Better call it : Honored Family !". De plus j'offre un paquet de carambar au premier qui me trouve la référence cinématographique cachée dans cette chanson.
Avec ce cinquième opus, les italiens de
Derdian donnent une dimension supérieure à leur musique, grâce à des compositions fourmillant de petites bonnes idées et de textes finement écrits. Ceux-ci évoquent des sujets très divers comme le suicide (These Rails
Will Bleed), des extraterrestres anéantissant les humains pour préserver la Terre (
Human Reset, Write Your
Epitaph) ou encore de la philosophie humaine (My
Life Back). Du point de vue de la qualité du son,
Derdian jouit d'une bonne production dont le seul défaut et de ne pas accorder assez de visibilité à la basse. Les orchestrations sont bien dosées, ne tombant jamais dans la surenchère symphonique, et les claviers ne sont pas envahissants. Un des arguments de
Derdian est d'ailleurs de pouvoir jouer sur scène tout ce qui est sur le disque.
La trilogie New Era avait permis à
Derdian de se faire remarquer,
Limbo avait confirmé la qualité et l'inspiration des milanais, et
Human Reset vient parachever leur œuvre. Quand on regarde le faible temps durant lequel tout ça s'est passé ainsi que les changements massifs de personnel, il y a de quoi être impressionné.
Plus que jamais, c'est une véritable alternative au power symphonique de
Rhapsody (et m**** je l'ai dit ...) qui nous est proposée ici. Mélanger les influences Thrash, Heavy, Prog, voire Swing est peut-être la seule solution pour faire évoluer ce genre, et en tout cas
Derdian nous a prouvé avec brio que ça marche.
@Eric : En fait c'est surtout parce que c'est italien que ça ressemble à Rhapsody. C'est vraiment un produit à l'italienne ; en plus il y a parfois du chant en italien sur certains passages j'ai oublié de le préciser. Les thématiques de Derdian sont vraiment différentes de celles de Rhapsody maintenant, il n'est plus question de bataille épique, on parle de Mafia, de suicide ... Et quand Derdian dit que tout ce qui est sur disque peut être joué sur scène, c'est clairement Rhapsody qui est visé, pour s'en différencier. Le chant de Giannini c'est vrai peut évoquer Lione, mais c'est vague ; pareil pour le jeu de guitare de Radaelli qui peut faire penser à Turilli par certaine intonations néo-classiques, mais là encore c'est vague. Derdian a une identité propre.
Merci pour cette chro! Je suis en train de me palucher la disco de Derdian, bon j'avoue ne pas être aussi enthousiaste que toi quant à leur identité singulière et le fait qu'ils sortent du lot... Depuis le début ça sent énormément le Rhapsody sous-catégorie et pour moi ils se démarquent en étant malheureusement beaucoup plus mièvres et niais (malgré les thèmes abordés). On voit qu'ils s'exportent bien au Japon, car à mon sens ça sonne de plus en plus aussi comme le power nippon, notamment Galneryus, où la surenchère d'envolées lumineuses fini par donner un peu la gerbe... Et j'ai peut-être bouffé trop de power mais les mélodies j'ai l'impression de les avoir entendues et réentendues!
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