9 ans. 2013 - 2022. C’est le temps qu’il aura fallu pour que le vocaliste - compositeur - parolier - interprète et One Man Band Max
Morton accouche de la galette que nous nous apprêtons à décrire, nommée "
Horror of Daniel Wagner", et illustrée d’un artwork de toute beauté, d’une patine qui brûle la rétine. Loin des clichés du
Power ou de la patte de Felipe Machado Franco (
Rhapsody,
Blind Guardian,
Power Quest), la cover hurle sa différence et son envie d’être autre chose qu’un énième bégaiement
Power Metal impersonnel.
Mais avant de sauter dans la marmite,
Morton, c’est quoi ? L’oeuvre d’un seul homme, un One Man Band comme il a souvent été de mode dans les styles les plus techniques et démonstratifs. Mais pour ce projet, la réalité est plus nuancée. Investi seul dans le processus d’écriture et de composition, c’est bel et bien des tripes de
Morton qu’est né ce second opus, mais, à l’interprétation, notre bonhomme a su s’entourer pour rendre justice à son projet. Et c’est ainsi que Max nous livre ce "
Horror of Daniel Wagner" de 13 pistes, nous racontant le voyage clair obscur d’une âme dérivant de la déperdition à la rédemption.
Musicalement, le projet se présente comme un
Power Epique sombre et introspectif, sur lequel plane aisément l’ombre d’un
Kamelot période Black
Halo, les guitares parfois galopantes d’un Iron Maiden, le chant théâtral et expansif d’un
Devin Townsend (phase DTP), la débâcle de lignes vocales clean - gutturales entremêlées qu’on retrouve sans mal sur un
Adagio, et un sens de la narration que n’aurait pas renié
Epysode.
Le meilleur mix-up de toutes ces influences, c’est le morceau éponyme, un véritable déluge de fureur et de narration à l’ambiance gothique et sépulcrale. Une production énorme et aérée, laissant énormément de place aux guitares et au chant. Un couplet sur un riffing groovy à la Nevermore, surplombé d’un vocaliste à l’interprétation parfaite, frisant sur l’edge distorsion et laissant quelquefois entrevoir les mâchoires d’une bête prête à mordre. La ressemblance avec
Devin Townsend et ses quelques écarts théâtraux est vite vue ici sur ce refrain tout en contraste et ce pont mortuaire qu’on croirait narré par notre canadien fou sur Vampira. Le guest de Tatiana Shmayluk (Jinger) sur l’intervention gutturale paraît ici quasi anecdotique tant le vocaliste garde le rôle du personnage principal tout le long.
Ce chant, en totale maîtrise et très loin des clichés du
Power haut perché sera le principal point fort de l’album. Max
Morton a soigné son interprétation pour livrer la fresque narrative et théâtrale la plus aboutie possible. Enragé, doux, désespéré, pudique, à nu, cassant, Max est un grand vocaliste et tient les 13 titres de l’album par sa faculté à retranscrire l’étape du parcours initiatique de Daniel Wagner.
Côté influence, l’oeuvre pioche dans tout le Heavy
Metal comme une gigantesque boîte à jouets, et parvient malgré tout à en tirer une cohérence fabuleuse. Coloré de noir et de gris dans sa première moitié, l’album gagne en lumière après son titre éponyme et se conclue sur un final résolu et épique de toute beauté en point d’orgue. Pour illustrer cette dualité ombre - lumière qui tapisse l’oeuvre, nous pourrons citer un “
Sinful Heart” et son thème à la lead mélancolique Heavy à souhait, à mettre en totale opposition d’un “No Fear of High” à la guitare lumineuse et aux délicieuses harmonies à la
Vanden Plas sur le refrain.
Les couleurs que tendent à nous renvoyer l’oeuvre sont multiples et promettent de ne pas nous soumettre à la lassitude durant le voyage, entre un “
Carry On” aux relents de
Kamelot sur les couplets à la dramaturgie impeccable, un “
Promiseland” purement Heavy
Metal à l’ancienne jouissant des gimmicks du genre et un brin d’orient mélancolique sur “
Through the
Never (I
Will Return)”.
Au-delà des influences multiples, des forces d’évocations variées des titres, et de la généreuse playlist, ce sera bel et bien par son sens de la narration que cette oeuvre se démarquera. Une narration au sein de chaque morceau qui sera soignée et théâtralisée. Il y a, en effet, dans les titres de ce "
Horror of Daniel Wagner" un sens de la tragédie qui se distille au travers d’idées culottées, de changements d’intensités brusques, ou de l’ajout de quelques sonorités saugrenues.
Nous pourrons, pour appuyer cela, citer l’outro de “
Sinful Heart” et ses choeurs ténébreux qui débarquent sur le dernier phonème, la descente vocale phrygienne de “
Carry On” sur le pont pour un effet “Maison Hanté” maximal, ce refrain murmuré sur “
Find Me”, cette clean avec la reverb poussée au max sur le refrain de “
Escapist”... bref,
Morton sait surprendre, raconter des histoires, et transformer ses chansons en montagnes russes.
Relever quelques défauts resterait constructif et intéressant pour tempérer le jugement de l’oeuvre. À ce titre, quelques titres se révèlent plus faibles comme ce “Divine Descent” en triolets un chouille poussif dans ses élans
Power et ce “Future’s Predetermined” qui a le mérite de pousser les potards du metal extrême mais perd sa mayonnaise au moment d’un refrain plutôt convenu.
Pour finir, nous pourrons dire que ce "
Horror of Daniel Wagner" est une magnifique déclaration d’amour au
Power Metal, écrite en lettres d’or et interprétée d’une main de maître. Un album finalement bien petit dans l’océan de toutes les sorties du genre, mais qui a le mérite d’avoir été soigné, dorloté, bichonné, nettoyé, et poli pour être une oeuvre “parfaite” dans les yeux de son créateur. Une leçon de dévouement pour les jeunes compositeurs, et une sortie très discrète pour une musique qui vaut amplement le détour.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire