Cette irrépressible envie qui nous pousse souvent à classifier tout art dans les tiroirs commodes de nos esprits étriqués en les travestissant d’étiquettes réconfortantes et familières, si elle est compréhensible, nous conduit souvent à faire l’erreur de négliger certaines œuvres dont la teneur, de prime abord, ne nous conviendrait pas. Car quoi de plus vague que ces genres affublés de patronymes bâtards si peu parlant, tels que
Power Metal, dans lesquels se côtoient des univers aussi nuancés et différents que ceux de
Rhapsody Of Fire,
Helloween ou encore, par exemple,
Kamelot. Inutile de débattre longuement pour se rendre compte qu’il existe, pourtant, entre ces différents acteurs des divergences artistiques qui, outre une généalogie assurément commune, ne permet pas toujours de percevoir dans leurs travaux une filiation évidente. Quand bien même, inexorablement, nous continuons à ranger chaque œuvre, chaque groupe, chaque titre, chaque riff, chaque mélodie dans ces cases rassurantes.
Si l’on conjugue à ce procédé de classification ordinaire, celui qui consiste à penser que chaque contrée possède certaines spécificités et certaines accointances pour certains genres, on obtient alors une double-clefs apaisante, réconfortant nos convictions les plus profondes.
Lorsque je vous aurais donc dit, ami lecteur, que
Spellblast pratique un
Power Metal épique et que, de surcroît, il a des origines transalpines, vous aurez alors tôt fait de vous imaginer des envolés de riff véloces soutenues par des martellements de double grosse-caisse sur lesquels un chanteur au vibrato aigu empli de trémolo émouvant vient nous narrer les épopées de quelques guerriers en quêtes de quelques reliques sacrés. Si j’ajoute que ces italiens trahissent, à la fois, quelques lointaines influences scandinaves mais aussi quelques autres plus germaniques, vous aurez alors vite fait de faire sonner dans nos esprits quelques trompettes de renommées ‘‘stratovarienne ’’ ou encore, par exemple, ‘‘helloweenienne’’. Fort de ces constatations, basé sur les procédés sommaires décrit plus haut, vous finiriez par tirer la conclusion que ce
Horns of Silence, premier véritable album des transalpins de
Spellblast, n’est rien d’autres qu’une œuvre anecdotique.
Et vous auriez tort.
Pour démentir ces conclusions superficielles, il faudrait commencer par évoquer la voix de Jonathan Spagnuolo qui, contre toute attente, n’est en rien celle maniérée et, souvent, défaillantes de ces compatriotes ultramontains. Bien au contraire, elle évolue en des médiums agressifs et maîtrisé propre à l’école nordique, voir teutonne, du genre. Puissante et maîtrisée, elle offre une assise solide à cette œuvre.
Il faudrait ensuite dire que si le groupe se nourrit d’influences diverses, et notamment allemande, c’est plus à l’âpreté d’un
Blind Guardian auquel il faudra songer (
Resurrection mais aussi, par exemple, Knights
Of Darkness). Et la bonne impression de cette découverte ne s’arrête pas ici puisque, à l’instar de ces concitoyens d’
Elvenking, Spellbalst parsème son propos d’éléments Folk délicieux tels que flûtes, accordéons, guimbardes pour un résultat attachant (le superbe In the Name of
Odin, ou encore, par exemple, l’excellent Gobblin’s Song). Ainsi, au-delà du sacrifice obligatoire à quelques codes du genre, le groupe nous gratifie donc d’une musique bien plus subtile qu’elle pourrait apparaître d’emblée, et à l’écoute de laquelle des noms tels que
Blind Guardian,
Finntroll,
Elvenking ou encore
Ensiferum viendraient subrepticement hanter nos pensées. Ces délicieux sentiments d’un mélange personnel captivant, jamais dénaturer par les diverses influences familières de ce groupe, ne nous quitte jamais (
Lost in the Forrest, mais encore, par exemple,
Glory to the Gem).
Inutile de palabrer plus longuement encore, ce
Horns of Silence, premier véritable album des Italiens de Spellbast, est un album remarquable. Défendant un
Power Metal épique inspiré, agrémenté de quelques éléments folkloriques bienvenus, l’œuvre nous propose un enthousiasmant regard nouveau sur un genre à l’immobilisme préoccupant.
Effectivement tu traites bien de la musique en elle-même dans les derniers paragraphes, et on voit à peu près ce qu'il y a dans le disque. J'ai cependant l'impression que tu survoles un peu l'album, et que tu n'entres pas assez dans les détails. Le premier paragraphe ne traite pas du disque lui-même mais je trouve qu'il a bien sa place dans cette chro, ce n'est pas le problème. Je découvre ce disque par ta chronique donc, et j'aimerais en savoir un peu plus sur la production, que tu n'évoques pas, sur les soli de guitare (sur un disque de power mélo il doit bien y en avoir), sur les progrès effectués depuis la démo ... Certes sur ce dernier point ce n'est pas évident puisqu'une démo n'est pas toujours facile à écouter et à se procurer. Une comparaison quant à la suite de la discographie serait la bienvenue aussi. Ensuite c'est original de dire ce que ce disque n'est pas (et en plus c'est bien écrit) mais ça ne nous avance pas beaucoup puisque le genre "power mélodique" est très vaste, cf le premier paragraphe. Du coup pour vraiment cerner l'album il ne reste que les dernières lignes qui, à mon humble avis, ne suffisent pas à décrire entièrement l'oeuvre.
Sinon je comprends bien qu'à l'inverse de moi ton style de chronique est d'être concis sans en faire des tonnes, mais cette fois je trouve qu'il manque de matière ...
Par exemple, a part quand elle pèse sur un disque (parce qu'elle est trop mauvaise) ou à part dans une première œuvre auto-produite (parce qu'elle est un enjeu de taille) la production n'est, en effet, pour moi, pas le cœur du débat. D'ailleurs je lis souvent des paragraphes nous expliquant les détails des productions des œuvres chroniquées et je n'en comprends pas vraiment l'intérêt si ce n'est celui d'alourdir inutilement un article.
De plus, il faut aussi prendre en considération le fait que, le plus souvent, tu le sais bien, nous recevons ces disques en un format démat dont le rendu ne sera pas nécessairement exactement le même que lorsqu'il sera dispo sur un support physique. La compression peut donc, parfois, nous jouer des tours. Evoquer la prod dans de telles conditions peut alors, selon moi, devenir problématique puisque nous livrons de manière aprioriste des infos que le lecteur ne comprendra pas pas puisque sa version en sera dépourvue...
En outre, j'essaye d'envisager les morceaux dans leur ensemble. Je ne vois donc pas pourquoi je mettrais en exergue les soli de guitares (qui souvent sont peu passionnants) par rapport à la partition de batterie (qui pourtant m'intéresse hautement). Tu auras beau m'expliquer que ces soli sont prépondérants au genre, je n'en suis pas convaincu. Et puisqu'on en parle les claviers et les doubles croches de doubles grosses-caisses de batterie me semblent bien plus caractéristiques du style.
Pour ce qui est de faire la comparaison avec les œuvres précédentes, tu as répondu toi même à la question. Par contre comparer à la suite de la discographie n'est, selon moi, pas bienvenu mais une grossière erreur. Je chronique de manière chronologique et donc je ne peux évoquer un disque sorti après celui que j'analyse. D'ailleurs, entre parenthèse, je ne vois pas comment un disque sorti après pourrait avoir eu une quelconque influence sur un opus antécédent?
Je crois aussi comprendre que tu voudrais plus de détails. Là encore ce n'est pas ma manière de procéder. Je déteste au plus haut point toutes ces chroniques qui vous disent tout (http://www.spirit-of-metal.com/album-groupe-Ayreon-nom_album-01011001-l-fr.html. Celle de Defnael). Me concernant j'essaye de donner les infos que je crois essentielles et je laisse le lecteur libre de découvrir le reste. Bien évidemment je ne réussis pas à coup sûr...Et je n'ai pas la prétention de penser que c'est la bonne manière de s'acquitter de la rédaction de chroniques...mais c'est la mienne...
Encore une fois, je suis loin d'affirmer que mes textes sont toujours d'une exemplarité telle qu'ils ne peuvent souffrir d'aucune critique. Néanmoins ici je pense avoir fait un travail fidèle à ma ligne de conduite. Pour toi c'est insuffisant. J'en suis sincèrement navré...
Nos goûts de styles de chroniques diffèrent, c'est un fait, et tu le pointes très justement du doigt. J'ai bien compris d'ailleurs que tu préférais aller à l'essentiel en étant concis, sans t'étaler sur des détails trop nombreux qui risquerais de rendre le texte indigeste. C'est un bon point pour toi, c'est un style qui se respecte et qui se défend. Tes chros d'une manière générale sont suffisamment riches pour qu'on puisse comprendre le minimum à propos du disque. Tu me montres avec l'exemple de Defnael le modèle-type de chronique à ne pas faire. Pas étonnant d'ailleurs que celle-ci ne soit en réalité un simple commentaire. Mais il y a entre les deux un juste milieu ; la chro de Defnael est une caricature, et personnellement (tu l'as bien compris) j'apprécie une chro qui exprime son ressenti même de manière très subjective. Par exemple entre une chro d'Eternalis et une à toi, je préfère celle d'Eter car il y expose plus ce qu'il ressent sentimentalement des morceaux, de certains passages, etc ... Tes chros restent pour moi tout à fait agréables à lire cependant et nombreux doivent être ceux qui apprécient ton style d'écrire et ton type de chro.
En ce qui concerne cette chro là, celle de Spellblast, je trouvais au départ que la matière était insuffisante, mais tes arguments ont joués et mon avis a changé. Néanmoins je pense toujours que quelques lignes de plus augmenteraient fortement l'intérêt de ta chro. Je t'ai fais au comm précédent une petite liste de choses à dire que je ne voyais pas là, liste que tu as soigneusement démonté. Ton argument à propos de la prod est parfaitement recevable ; il s'agit là d'une affaire de goût. D'ailleurs, honnêtement, si j'évoque la qualité de la prod dans chacune de mes chros c'est plus le résultat d'une habitude (quand je ne traitais que des autoprods) que d'une nécessité. Tu me dis qu'avec les promos le son est parfois moins bon qu'en version CD et donc que l'analyse de la prod devenait bancale. J'avoue n'avoir jamais pensé à ça, étant relativement nouveau dans le monde de la prod, et je te remercie pour me l'avoir appris.
Tu envisages le morceau dans son ensemble, et là ça me semble plus problématique. D'une manière générale, cette manière de faire doit être envisageable, mais personnellement je me retrouve souvent face à des titres dont les différentes parties n'ont rien à voir entre elles et qui méritent qu'on s'y attarde indépendamment les unes des autres. Cette manière de faire est peut-être due au fait que nous venons de milieux différents. Toi dans le heavy (sans être caricatural) tu peux peut-être résumer d'un trait tout une chanson. Venant du prog, ça me semble inimaginable. Mettre en exergue le solo de guitare est un bête exemple pour te faire comprendre là où je voulais en venir. Cependant, dire "les soli ne sont pas fameux" est aussi quelque chose d'intéressant à mettre dans une chro, plutôt que de ne pas les évoquer du tout ; ça prend une ligne, et ça alourdi pas tant que ça le texte. Tu évoques dans ton comm les parties de batterie, je suis d'accord que c'est un détail intéressant. Si ça t'intéresse hautement, pourquoi n'en parles-tu pas ? Ce n'est encore une fois qu'une question d'appréciation certes, et on peut s'en passer sans rendre le texte vide et imprécis.
Pour ce qui est de comparer l'oeuvre à ses suivantes, tu m'as mal compris (et je me suis surement mal exprimé aussi). Je pensais évoquer en deux-trois lignes lors de la conclusion les oeuvres suivantes. Faire ceci en milieu de chro serait une erreur chronologique, bien sûr ; mais en fin de chro, je trouve que ça permet de bien situer l'album en question. Toujours pas obligatoire et encore une question de goût, certes.
Dans cette liste de choses qui, je pense, manquaient à ta chro, j'aurais pu en rajouter d'autres (les paroles, etc). Aucun des articles de cette liste n'est obligatoire pour faire une chro correcte, mais si aucun de ces articles n'est présent ... d'où mon impression de vide. La chro dans son intégralité est suffisamment étoffée (grâce aux brillants premiers paragraphes), mais question analyse musicale je trouve que ça fait vraiment minimum syndical, et c'est ce qui m'a déplu. Je sais que tu es quelqu'un de sérieux, et que tu ne prends jamais une oeuvre à la légère, mais un visiteur lambda voyant cette chro pourrait très bien le penser.
Merci en tout cas de me répondre, j'apprécie ton sérieux et ton humilité. Nos avis ne pourront a priori jamais se rejoindre totalement, mais j'espère que tu comprendras mes sentiments à l'égard de cette chro.
Nous divergeons peut-être sur la manière dont nous envisageons l'exercice mais je comprend parfaitement ton point de vue et en débattre avec toi est un vrai plaisir.
Par contre pour ce qui est du sujet "morceau dans son ensemble", il y a une petite méprise. Je ne parlais pas de passages différents que je refuserais de voir autrement que comme un tout mais des instruments que j'essaye d'écouter "tous ensemble". Avec le recul, j'ai remarqué que certains étaient souvent attachés à l'instrument qui leur plaisaient le plus n'écoutant que celui-ci. Mettre en exergue la guitare est donc l'habitude courante. Me concernant j'ai plutôt tendance à écouter la batterie (la partition de l'intro d'Holy Land d'Angra me met à chaque fois à genoux) et les chants (quand certains louent les talents de six-cordistes de Malmsteen j'ai plutôt tendance à le louer pour nous avoir fait découvrir, entre autre, Jeff Scott Soto). Et c'est plutôt ces aspects là que je développe dans mes textes.
En tout les cas, merci à toi pour cet échange très intéressant.
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