Nouvel entrant dans l'environnement metal symphonique à chant féminin, ce quintet suédois fondé à Götebord en 2024 se lance avec prudence mais non sans détermination dans la foisonnante arène. Dans ce dessein, le guitariste et maître d'oeuvre de toutes les compositions Johan Bergman (Aerodyne) et la chanteuse Aliki Kostopoulou (Scarblade) réaliseront les dix morceaux constitutifs d'un premier album full length non encore édité à ce jour, dont l'introductif et présent EP, «
Ground Turns to Dust », constitue un préalable. Ce faisant, les trois pistes de cette auto-production permettront-elles au combo scandinave de tenir la dragée haute à leurs homologues stylistiques, toujours plus nombreux à affluer ?
Plus encore, les 13 laconiques minutes de cet initial élan seraient-elles à même de placer dès lors nos acolytes parmi les sérieux espoirs de ce registre metal ?
Pour ce faire, nos deux compères ont requis et savamment conjugué les talents de Jonathan Strand à la basse, de Daniel Lyngsaa Larsson aux claviers et de Olle Bengtsson derrière les fûts. De cette collaboration naît un propos metal mélodico-symphonique aux relents power, dans la veine coalisée de
Xandria,
Delain,
Sirenia, et consorts. Aussi effeuille-t-on une galette à la fois enjouée, rayonnante et sensible, aux mélodies des plus enveloppantes et laissant entrevoir un réel potentiel technique au demeurant judicieusement exploité. Un set de compositions, certes, laconique mais bénéficiant d'une production d'ensemble de bonne facture : mixé et mastérisé au réputé Studio Fredman, le frugal méfait jouit d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation, de finitions passées au crible et d'une belle profondeur de champ acoustique. Mais suivons plutôt nos corsaires dans leurs pérégrinations marines...
La troupe interpelle, tout d'abord, par sa capacité à sculpter ces arpèges d'accords des plus magnétiques, aptes à aspirer le tympan dans la tourmente sans nous laisser d'autre choix que de l'y replonger sitôt l'ultime mesure évanouie. Ce qu'atteste, en premier lieu, son passage le plus éruptif, « A Shattered
Heart », up tempo pop metal mélodico-symphonique aux riffs acérés adossés à une frondeuse rythmique, à mi-chemin entre
Delain et
Sirenia ; n'ayant de cesse de nous asséner ses saillants coups d'olives tout en glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, et pourvu d'un entêtant refrain mis en exergue par les fluides inflexions de la déesse, le ''tubesque'' élan poussera assurément à un headbang bien senti. Et ce ne sont ni le flamboyant solo de guitare octroyé ni ses arrangements instrumentaux aux petits oignons qui nous débouteront davantage du tonique et seyant méfait, loin s'en faut.
Un poil moins directement orientées vers les charts, les plages plus en retenue pourront à leur tour se jouer de toute tentative de résistance à leur assimilation. Ce que révèle, d'une part, « No Rest », ''xandrien'' mid tempo aux riffs crochetés ; doté de couplets finement ciselés – relayés chacun d'un refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les angéliques modulations de la sirène – de gammes pianistiques tout en délicatesse, et d'un pont techniciste à l'opportun positionnement et relevé de main de maître, ce hit en puissance n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. Dans une même dynamique, on ne saurait davantage esquiver le félin et ''delainien'' «
Ground Turns to Dust » eu égard à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre et à une sente mélodique, certes, déjà courue mais des plus enivrantes.
En définitive, le combo suédois nous livre une œuvre, certes, dans un mouchoir de poche mais génératrice d'une énergie aisément communicative et reposant sur une ingénierie du son bien huilée. D'aucuns auraient sans doute espéré un propos plus diversifié quant à ses phases rythmiques, ses ambiances et à ses lignes de chant, la frontwoman monopolisant le micro de bout en bout de la rondelle. Des exercices de style un brin stéréotypés doublés de prises de risques encore timides pourraient également contrarier un tympan déjà familiarisé avec les vibes de leurs maîtres inspirateurs. Des sentes mélodiques des plus entraînantes, renvoyant à la féconde inspiration de leurs auteurs, une technicité instrumentale maîtrisée et une signature vocale dores et déjà identifiable et des plus liantes sont néanmoins à mettre à l'actif de nos acolytes, faisant d'eux de sérieux challengers face à leurs homologues stylistiques. Bref, un démarrage sur les chapeaux de roue, laissant augurer d'une aventure au long cours pour la troupe suédoise...
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