Certaines formations n’ont jamais bénéficié de la reconnaissance tant attendue après des années de fervente dévotion, quasi-religieuse, au Dieu
Metal.
Luen-ta, groupe rouennais officiant dans un death metal technique original aux antipodes du brutal death comme du mélodeath, constitue le parfait exemple du combo pétri de talent mais peinant à s’extirper de la masse grouillante des collectifs aspirant à devenir le nouveau
Atheist ou le futur
Pestilence.
Entité discrète sur un plan musical, elle ne compte que 3 productions à son actif - en 10 ans d’existence - dont seuls la démo et le premier LP sont dignes d’intérêt à mes yeux, dévoilant chacun à leur manière le death metal de
Luen-ta.
Ghost Area, opus référentiel dans les cercles metal Rouennais est, à mon sens, ce que la scène haut-normande a pu proposer de meilleur dans un style techno-death tant les influences de
Cynic,
Pestilence sont prégnantes, digérées et restituées de manière très personnelle par le biais de musiciens au niveau technique exceptionnel et dotés d’un sens aigu de la composition.
Premier constat la production d’Alexis Phelipot (ex-
Misanthrope) confère à
Luen-ta un son froid, très compressé mais permettant néanmoins à chaque instrument de se détacher sans nuire à la cohésion de l’ensemble. La basse très présente fait oublier que le combo ne comprend qu’un seul guitariste ; très à l’aise dans l’exercice rythmique pur elle se libère par moments, permettant à N. Bourineau de placer quelques soli, tappings et slaps du plus bel effet (AI Conceptor, Deleted,
Concrete). Le métronomique
Raphael « Rafal » Léger quand à lui délivre un jeu précis, varié, en totale osmose avec son binôme rythmique sans jamais tomber dans le piège de la démonstration. Connaissant le sympathique batteur je peux vous garantir que celui-ci dispose d’une frappe redoutable et d’un niveau technique très élevé lui permettant de vivre de sa passion.
Si la structure des morceaux est proche voire similaire d’un titre à l’autre, le travail effectué sur les arrangements (à noter l’utilisation sobre et éthérée des claviers de Julien F.) personnalise chaque track qui se voit ainsi pourvue de son climax tantôt par un break basse/batterie tonitruant tantôt par un fulgurant shred (
Concrete,
Eradicate,
Mental Health et l’amorce de Firewall) où Julien « The
Gate » Deve démontre que son toucher aisément identifiable à la précision chirurgicale manifeste n’a rien à envier à ses homologues plus connus comme l’atteste le somptueux instrumental « The
Gate » explorant les contrées d’un metal progressif proche d’un
Dream Theater où d’un
Symphony X . De nombreuses cassures rythmiques parsèment l’ensemble permettant au combo Normand d’aérer son propos tout en dynamisant les compositions à l’image du travail développé sur
Eradicate et AI Conceptor dont le break situé en fin de piste est un modèle du genre.
On pourra donc penser à
Pestilence et à
Cynic pour l’aspect rythmique, notamment dans l’utilisation de la basse mais également dans l’approche vocale de N. Bourineau qui ne propose pas le plus profond des growls, à l’instar de P. Mameli, s’orientant plutôt vers une approche plus écorchée de l’exercice. Une certaine connexion (c’est relatif) dans l’approche pourrait s’établir avec Focus et Spheres les aspects trop jazzy-expérimentaux du second en moins (à noter que la démo éponyme «
Luen-ta » propose des plans jazz, d'autres supratechniques et d’intenses moments de shredding débridé) en dépit d’une volonté évidente de moderniser son propos à l’image de plans du titre Fog.
En somme nous tenons là un objet insolite que ce
Ghost Area. Un opus à apprivoiser délivrant un death metal technique aux atmosphères glaciales, moderne par instants mais respectueux du travail de ses aînés. Un disque varié qui flattera la sensibilité artistique du metalhead curieux sans être trop aventureux, un véritable chant du cygne avant que
Luen-ta ne se dirige vers des contrées plus modernes, qui ne m’ont pas séduit, pour finalement cesser toute activité officielle.
PS: à noter que le combo se fend d'une reprise du culte combo suédois Grave.
A ce que je comprends, on ne brûle pas que des saintes catholiques à Rouen.
Les bonnes habitudes se perdraient-elles (humour, je précise, histoire d'éviter un pouce rouge...) ?
Le guitariste ne compose que du guitarshred actuellement dans une veine heavy/hard.
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