Quelque cinq années soufflées déjà depuis un truculent premier album studio répondant au nom de «
Tierra »... D'aucuns étaient alors à deux doigts de penser, à tort, les espoirs de pérennité du projet espagnol à jamais envolés. Aussi, le quintet ibérique originaire de Valladolid reviendra dans la course, à pas de loup dans un premier temps. Aux fins d'un travail minutieux et de longue haleine, naîtront pas moins de quatre singles («
Fuego », en 2022, «
Una Lágrima Más », en 2023, suivis de «
Sangre Fria » et de «
Contra las Estrellas », un an plus tard), soit quatre des dix pistes de son second et présent album full length, «
Fuego » ; lui aussi intégralement entonné dans la langue de Cervantes, ce set de compositions s'égraine sur un ruban auditif de 48 optimales minutes. Ainsi pourvu, et près de 7 ans suite à sa sortie de terre, le collectif espagnol pourrait-il dès lors se hisser parmi les valeurs montantes du si couru espace metal symphonique à chant féminin ?
Pour cette seconde croisière en eaux profondes, nous accueille l'équipage de la précédente traversée au grand complet, soit :
Marina Sweet, frontwoman aux angéliques inflexions, Carlos Z aux guitares, Félix Gacho à la basse, César Manjarrés à la batterie et Victor Herrera aux claviers. De cette collaboration de longue date se redessine une oeuvre rock'n'metal mélodico-symphonique à la fois fringante, pétillante, romanesque à laquelle s'adjoint à nouveau une chatoyante coloration hispanisante. Ce faisant, c'est dans le patrimoine compositionnel d'
Against Myself,
Diabulus In Musica,
Anabantha,
Metalwings et
Sleeping Romance que le quintet continue de puiser les sources de son inspiration, la touche personnelle en sus.
Bénéficiant à son tour d'une technicité instrumentale bien huilée et de mélodies toujours aussi entêtantes, ce second méfait repose par ailleurs, et tout comme son prédécesseur, sur une production d'ensemble rutilante, enregistrement, mixage et mastering ayant été laissés, là encore, aux mains expertes de Dani G. prolifique vocaliste/guitariste (
Last Days Of Eden, Dreamyth, ex-Döxa, ex-Edén...) et producteur (Arenia,
Absentia,
Crusade Of Bards,
Rage...). En émanent d'infimes sonorités parasites, un mix bien ajusté entre lignes de chant et instrumentations, ainsi qu'une belle profondeur de champ acoustique. Gratifiés, pour l'occasion, des empreintes vocales de Rafa Blas (Mägo De Oz, ex-
Nocturnia) et de Kenzy Loevett (Megara), suivons nos acolytes dans leurs pérégrinations marines...
A l'image de son aîné, c'est à la lumière de ses passages les plus abrasifs que cet opus marquera ses premiers points. A commencer par «
Una Lágrima Más », pulsionnelle plage au carrefour entre
Anabantha et
Metalwings ; calé sur une ligne mélodique, certes, un brin convenue mais des plus enivrantes et assortie d'une grisante touche hispanisante, sur laquelle se greffent les angéliques oscillations de la déesse, et ne relâchant pas son étreinte d'un iota, cet éruptif et néanmoins avenant message musical poussera assurément le chaland à un headbang bien senti. Par ailleurs, c'est cheveux au vent que l'on parcourra «
Contra las Estrellas », frondeur et rayonnant manifeste rock'n'metal mélodico-symphonique aux riffs acérés et adossés à une saignante rythmique. Pourvu d'enchaînements intra piste des plus sécurisés et d'une mélodicité toute de fines nuances cousue, ce galvanisant effort à la confluence de
Diabulus In Musica, d'
Against Myself et de Fleetwood Mac ne s'abandonnera que pour mieux y revenir, histoire de plonger à nouveau dans cet océan de félicité. Enfin, jouissant de truculents arpèges d'accords et mis à l'honneur par un duo mixte en voix claires évoluant à l'unisson – les fluides ondulations de la princesse se lovant alors dans les rugueuses serpes oratoires de Rafa Blas –, le tonique « Edén » s'assimilerait à un véritable hit en puissance. Et la magie opère, une fois encore.
Lorsque le rythme de leurs frappes se fait plus mesuré, nos compères parviennent non moins à se jouer de toute tentative de résistance à l'assimilation de leurs vibes. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Fuego », mid/up tempo pop metal mélodico-symphonique aux riffs crochetés, à mi-chemin entre
Against Myself et
Sleeping Romance ; recelant des couplets finement ciselés, relayés chacun d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les ensorcelantes impulsions de la sirène et de chœurs en faction, ainsi qu'un flamboyant solo de guitare, le ''tubesque'' effort ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, on ne saurait davantage éluder ni l'aérien et pimpant « Siempre Amanecer », eu égard à la ferveur de son groove et à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre, ni l'enjoué « La
Luna Siempre Brilla », où nous enserre un duo féminin en voix claires empreint de sensualité, le gracile filet de la belle et celui, plus rocailleux, de Kenzy, convolant en parfaite osmose. Et comment ne pas se sentir porté par les sémillants arpèges d'accords jaillissant des entrailles de l'invitant « Sangre Fría » ? Se dessine alors une efficace offrande qui, à l'instar de l'effervescent et souriant « Cerraste el Show », s'avère apte à pousser l'auditeur sur le dancefloor, et ce, sans avoir à forcer le trait.
Et comme ils nous y avaient sensibilisés, à la lecture de leurs mots bleus, nos acolytes trouvent là encore les clés pour nous assigner à résidence. Ce qu'illustre « Al Pasar de Largo », ballade romantique des plus troublantes et aux airs d'un slow que l'on souhaiterait voir se prolonger jusqu'au bout de la nuit. Ainsi se dessine une ''anabanthienne'' aubade glissant le long d'une radieuse rivière mélancolique où se meuvent les magnétiques patines de la maîtresse de cérémonie qu'accompagnent des chœurs en parfaite osmose. Enorgueilli d'un somptueux solo de guitare, l'instant privilégié comblera assurément les attentes de l'aficionado de moments intimistes.
Pour son retour dans les rangs, le combo nous gratifie d'un manifeste ne manquant ni d'allant ni de panache, qu'une ingénierie du son plus soignée nous incite à parcourir sereinement. Variant également ses phases rythmiques comme ses atmosphères, cet effort diversifie davantage ses lignes de chant que son aîné. En revanche, l'un ou l'autre instrumental et/ou fresque ainsi qu'un zeste d'originalité manquent toujours à l'appel ; autant d'éléments, pourtant souvent requis dans ce registre, dont l'absence peine à démarquer le présent propos de son prédécesseur. Doté néanmoins de sillons mélodiques volontiers engageants, d'une technicité instrumentale et vocale affermie, et ne concédant pas l'once d'un bémol susceptible d'affadir l'attention du chaland, cet opus, en l'état, disposerait d'un arsenal suffisamment efficace pour permettre à nos compères de se hisser parmi les valeurs montantes de cet espace metal. Bref, un second méfait aussi éruptif que chatoyant octroyé par la formation espagnole, que ses homologues se feront fort de ne pas occulter...
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