Parfois, le parcours d'une formation musicale est loin de s'apparenter à un long fleuve tranquille, dont celui de ce combo slovaque sorti de terre en 2009... Si sa discrète démo, «
Exitus », ne sort que deux ans plus tard, à laquelle succéderont deux albums full length dans la foulée (le rugissant «
The Prophecy », en 2014, suivi du truculent «
Angel's Revenge », en 2016), la troupe nous fera patienter quelque neuf années, cette fois, avant de la voir revenir dans les rangs ; et ce, munie de trois singles («
Be My Savior », «
Sinners in Paradise » et «
Living in the Lies »), en première intention, soit trois des onze pistes arborant son troisième et présent opus de longue durée, «
Frozen Sun ». Produit par Ján Kubas, mixé et mastérisé au Sonitus studio par le pluri-instrumentiste et producteur de Genus Ordinis Dei, Tommaso Monticelli, le méfait n'accuse pas l'once d'une sonorité résiduelle. Cela étant, les 52 généreuses minutes de ce nouvel arrivage permettront-elles au collectif slave de se hisser parmi les valeurs confirmées d'un environnement power mélodico-symphonique à chant féminin on ne peut plus foisonnant ?
Pour ce faire, un remaniement partiel du line-up s'est opéré : si l'on y retrouve Marian ''Majo'' Gonda à la lead guitare, Miro Grman à la basse, cette fois, et Peter Pleva à la batterie, s'y adjoignent dorénavant Martin Lofaj à la guitare rythmique ainsi que Lilian Anerousi (Dentures, guest chez
Lord Of
Angmar), en remplacement de Lubica ''Lubka'' Gavlasova (guest chez
Janesession), au chant principal ; une chatoyante et puissante empreinte vocale au confluent d' Angela Di Vincenzo (
Secret Rule) et de
Marina La Torraca (Phantom
Elite,
Exit Eden). Avec le concours, pour l'occasion, du pluri-instrumentiste Michal Jankuliak (ex-
Eagleheart) aux orchestrations, et d' Adam Holáš (Sorgoth) aux screams et aux growls, le groupe ainsi constitué nous livre, là encore, un propos power mélodico-symphonique aux relents cinématiques, progressifs et à la coloration dark/death gothique, dans la lignée de
Frozen Crown,
Ancient Bards,
Battle Beast,
Temperance et
Tristania, la fibre personnelle en sus. Mais entrons dans le vaisseau amiral, pour une croisière que l'on souhaite parsemée de quelque terre d'abondance...
Une fois encore, nos acolytes font montre d'une rare capacité à essaimer ces séries de notes aptes à nous retenir plus que de raison. Ce à quoi nous sensibilisent déjà leurs pistes les plus enfiévrées, les plus nombreuses de cet set de compositions. A commencer par l'étourdissant et ''temperancien'' up tempo aux riffs roulants «
Living in the Lies », eu égard à un refrain catchy mis en habits de lumière par les puissantes impulsions de la déesse. Suite à une cinématique et orientalisante entame, le fougueux «
Sinners in Paradise » se pose, lui, tel un énigmatique élan au léger tapping et égrainant des riffs tourbillonnants ; à la croisée des routes entre Phantom
Elite,
Ancient Bards et
Tristania, ce hit en puissance recèle, à son tour, un entêtant refrain relevé par les saisissants médiums de la diva. Et la sauce prend sans tarder.
Dans une même énergie, d'autres espaces d'expression, certes, moins ''tubesques'', trouveront non moins matière à aspirer le tympan. Ce que révèle, en premier lieu, « The Struggle », époumonant up tempo aux riffs acérés, à mi-chemin entre Phantom
Elite et
Secret Rule. Pourvu de cinglants coups d'olives doublés de fulgurantes accélérations et d'une sente mélodique des plus avenantes, sur laquelle se calent les toniques inflexions de la sirène, le pulsionnel effort poussera assurément à un headbang bien senti. Dans ce sillage, la jovialité du message délivré comme les incessants assauts percussifs dont se nourrit l'échevelant «
Reborn from the
Fire » ne lâcheront pas leur proie d'un iota. Et ce ne sont ni son empreinte ''corsaire'' ni son sidérant solo de guitare en trois temps qui nous débouteront davantage du bouillant manifeste, loin s'en faut. Un poil plus ''gorgonesque'', l'impulsif «
Escape from the
Past » se fait, quant à lui, aussi anxiogène que pénétrant.
Quand la cadence du convoi instrumental se fait un tantinet plus mesurée, le combo parvient là encore à nous rallier à sa cause. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Frozen Sun », mid/up tempo metal mélodique à la touche dark gothique, au carrefour entre
Secret Rule et
Tristania ; doté de truculentes harmonies où se greffent les fluides ondulations de la princesse, de gammes pianistiques d'une confondante délicatesse, et, par effet de contraste, d'insoupçonnées montées en régime du corps orchestral et de growls glaçants, ce fringant effort n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense. Dans cette mouvance se place également l'intrigant et néanmoins avenant « Waiting for the Light », que l'on retiendra tant pour la qualité de ses arrangements instrumentaux et sa basse vrombissante que pour son bref mais fringant solo de guitare. On ne saurait davantage éluder le polyrythmique «
Be My Savior » qui, dans la lignée de
Battle Beast, sauvegarde un sillon mélodique, certes, convenu mais des plus enivrants tout en générant une énergie aisément communicative.
Au moment où ils en viennent à tamiser leurs ambiances, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Nous livrant par là même leurs mots bleus les plus sensibles, c'est sans ambages que ces derniers déclenchent la petite larme au coin de l'oeil. Ce qu'illustre « The
Renegade », power ballade pétrie d'élégance que n'auraient sans doute reniée ni Phantom
Elite ni
Frozen Crown. Décochant un refrain immersif à souhait encensé par les angéliques modulations de la maîtresse de cérémonie, instillé d'un pont technico-mélodique serti de deux soli de guitare, l'instant privilégié comblera à n'en pas douter les attentes de l'aficionado de moments intimistes. Une frissonnante version en piano/voix nous est également adressée, permettant non seulement d'apprécier les touchantes gammes pianistiques délivrées mais aussi de mesurer toute l'étendue du spectre vocal d'une interprète que l'on croirait alors touchée par la grâce.
Enfin, répondant à un souci de diversification en matière d'exercices de style, la troupe a opté pour pour une mise en exergue de ses arrangements orchestraux. Et plutôt que de dispenser la sempiternelle et brève entame instrumentale, le groupe lui a préféré une imposante pièce symphonico-cinématique digne d'une grande production hollywoodienne pour achever son périple. Bien lui en pris. Ainsi, reprenant un à un les thèmes de l'opus, «
Epitome » s'offre telle une fresque altière, un brin classieuse, déroulant ses quelque 6:23 minutes des plus enivrantes, sur fond de légères et ondoyantes nappes synthétiques. C'est donc tout en délicatesse, avec emphase et non sans un certain brio que le chapitre est près de se refermer.
Au final, le collectif slave nous octroie un méfait aussi pulsionnel et énigmatique qu'emprunt de sensibilité, se savourant à chaque fois davantage au fil des écoutes. Dans la veine atmosphérique de son prédécesseur, ce nouvel élan s'avère néanmoins plus diversifié quant aux exercices de style convoqués. Un propos aux harmonies finement sculptées, à la technicité instrumentale et vocale bien huilée et faisant montre d'une production d'ensemble de bonne facture nous est adressé. Quelques prises de risques consenties par nos acolytes et des sources d'influence moins prégnantes aujourd'hui qu'hier témoignent d'un projet musical ayant gagné en épaisseur artistique ce qu'il n'a nullement perdu en aura mélodique. Aussi la troupe détiendrait-là son sésame pour espérer rejoindre les valeurs confirmées de cet espace metal. Quand l'inspiré faucon slovaque emprunte les vents ascendants...
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