Cinq ans de silence radio envolés déjà depuis «
Old World », son premier et encourageant album studio... Une éternité pour la fanbase du sextet teuton ! Ce serait toutefois méconnaître sa devise consistant précisément à échafauder son projet pierre par pierre : fondé à Hanovre il y a neuf ans maintenant, le combo allemand réalisera le méfait sus-cité quelque quatre années plus tard, à partir duquel s'ensuivra une longue période de latence. Ainsi, tel un phœnix renaissant de ses cendres, voici le combo allemand enfin revenu hanter les studios, à l'instar d'un second opus du même acabit répondant au nom de «
From Ashes ». Cela étant, les 16 pistes de cette auto-production seraient-elles en mesure de maintenir l'âpre concurrence en respect ? Les quelque 65 minutes de cette galette permettraient-elles au collectif germanique de rejoindre dès lors les valeurs montantes de ce registre metal ?
Dans cette perspective, un remaniement partiel de l'équipage de la précédente traversée s'est opéré. A bord du navire, nous accueillent dorénavant : Johanna Bensmann, en remplacement d' Anna Linnemann, en qualité de frontwoman ; Johannes Erdmann à la guitare et au chant additionnel ; Benjamin Offeney à la guitare ; Arne Kinast à la basse ;
Sebastian Brunn à la batterie ; Philipp Schräder aux claviers et à la cornemuse. De cette étroite collaboration émane un propos metal mélodico-symphonique aux relents heavy/power et folk, soit, dans la lignée atmosphérique du précédent effort. A la fois vitaminé, enjoué, épique, énigmatique et romantique, le luxuriant message musical se place à nouveau dans la veine coalisée de
Nightwish,
Xandria,
Edenbridge,
Visions Of Atlantis et d'
Eluveitie, la touche personnelle en prime. La différence majeure de cet opus par rapport à son devancier toucherait à la teneur même des paroles : alors que «
Old World » se concentrait sur une même thématique, son cadet balaie, lui, un large éventail de sujets, dont l'amour, la haine, la mort, les aventures, l'amitié ainsi que quelques histoires relatives à la mythologie, qui sont autant d'occasions de nous transporter dans son univers onirique.
Afin de densifier d'un cran l'assise vocale de son offrande, le combo a sollicité une ample et soufflante chorale d'adultes et d'enfants ; un choix loin d'être anodin, qui n'a pas été sans effet à la fois sur la richesse des nuances de couleur du champ oratoire, sur la force de conviction et la teneur argumentative du propos. Mixé et mastérisé aux Hansen Studios, à Ribe, au Danemark, par son propriétaire, qui n'est autre que le prolifique producteur et ingénieur Jacob Hansen (
Epica,
Delain, Ad
Infinitum,
Amaranthe,
Evergrey,
Imperia,
Pyramaze...), c'est dire que le foisonnant manifeste a fait l'objet d'une attention particulière de la part de nos acolytes quant à sa production d'ensemble. Aussi, la rondelle jouit-elle d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation, de finitions passées au crible et d'une saisissante profondeur de champ acoustique. Mais montons plutôt à bord du vaisseau amiral pour une croisière en eaux profondes, que l'on souhaite ponctuées d'îlots enchanteurs...
A l'instar de son prédécesseur, c'est sur une terre de lave en fusion que nous propulse majoritairement le combo allemand, non sans essaimer quelques pépites dans son sillage. Ainsi, passée la frissonnante entame instrumentale symphonico-cinématique, « Confrontation », alors infiltrée d'une muraille de chœurs en liesse, c'est à l'impulsif «
Haven of Tranquility » de prendre le relai ; se parant à la fois d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les troublantes inflexions de la sirène et de grisantes rampes synthétiques. le ''tubesque'' up tempo heavy symphonique à mi-chemin entre
Nightwish et
Edenbridge ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, on ne saurait se soustraire à la vague de submersion qui va s'abattre sur nous sous l'impact des furieux coups de boutoir assénés par l'offensif propos heavy speed «
Lost in the Matrix ». Si l'on appréciera ses truculentes nappes de clavier et son break opportun nourri de délicats arpèges au piano, sa bondissante reprise sur un refrain que l'on entonnerait à tue-tête complétera un tableau déjà richement orné. Difficile également de se départir du sanguin «
Heresy » eu égard aux saisissantes montées en régime de son corps orchestral. Autre gemme heavy symphonique que nous adresse la troupe allemande à l'aune de ce galvanisant up tempo aux airs d'un hit en puissance.
Tout aussi vitaminées, mais cette fois, dans un registre power symphonique, d'autres pistes tireront non moins leur épingle du jeu. Ce qu'atteste, en premier lieu, « Everything Affects Everything », up tempo au léger tapping et investi d'une cornemuse aux abois, à la confluence de
Visions Of Atlantis et d'
Ancient Bards. S'écoulant au fil d'une sente mélodique, certes, un brin convenue, mais d'une redoutable efficacité, et porté par un duo mixte en voix claire en parfaite symbiose, que vient parfois rejoindre une fringante chorale, le pimpant propos trouvera à n'en pas douter un débouché favorable auprès d'un auditorat déjà sensibilisé aux travaux de leurs maîtres inspirateurs. Dans cette énergie, on ne saurait davantage éluder l'entraînant «
Rotten to the Core » à la lumière de ses enchaînements intra piste ultra sécurisés, de son poignant solo de guitare et des puissantes impulsions délivrées par la déesse. Enfin, on ne se verra guère moins séduit ni moins secoué par les assauts répétés de l'''edenbridgien'' « World of
Insanity » ; ce faisant, cette véritable torche incendiaire aux riffs crochetés ne relâchera pas sa proie d'un iota. Mais là n'est pas l'argument ultime de nos belligérants pour tenter de nous rallier à leur cause.
Quand elle desserre un tantinet la bride, la troupe trouve à nouveau, et sans ambages, les clés pour nous assigner à résidence. Ce que prouve, d'une part, « Inner
Voice », énigmatique et jovial mid tempo symphonique folk, à la fois ''nighwishien'' et ''eluveitien'' en l'âme ; sous-tendu par les pénétrantes oscillations d'une cornemuse libertaire et se calant sur une mélodicité toute de fines nuances cousue, le romanesque effort n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense. Et la sauce prend sans tarder. Dans la lignée conjointe de
Xandria et d'
Edenbridge, «
Burning Heart » se pose, lui, tel un mid tempo metal symphonique pétri d'élégance, où une muraille de chœurs vient judicieusement escorter les poignantes modulations de la princesse. Aussi solaire que racée, et jouissant d'arpèges d'accords finement sculptés et éminemment enchanteurs, cette pièce d'orfèvre poussera assurément le chaland à une écoute en boucle. Et comment ne pas se sentir porté par le seyant paysage de notes imbibant « Searching » ? Un bien engageant propos aux riffs épais et recelant un bref mais solo de guitare, que n'auraient nullement renié les deux cadors sus-mentionnés, attend celui qui y plongera le pavillon. Enfin, au laconique et sobre instrumental « Waves », alors enorgueilli par un chavirant accordéon samplé, succédera, par un subtil fondu enchaîné, le mid tempo folk symphonique «
Loreley ». Un intrigant méfait que l'inspiré duo patenté, au regard d'échanges aussi poignants qu'ininterrompus, se chargera de porter aux nues.
Lorsqu'ils nous conduisent en d'intimistes contrées, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs, nous adressant par là même leurs mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre, tout d'abord, «
Coming Home », power ballade romantique jusqu'au bout des ongles, au carrefour entre
Visions Of Atlantis et
Nightwish ; encensés par un duo en totale osmose – les célestes volutes de la belle venant se lover dans les fluides oscillations de son comparse –, couplets finement ciselés et refrains des plus enivrants de la tendre aubade magnétiseront à n'en pas douter le tympan de l'aficionado d'espaces tamisés au moment même où il feront plier l'échine à plus d'une âme rétive. L'émotion ne sera guère moins au rendez-vous de nos attentes à la lecture des fondantes séries de notes et du somptueux solo de guitare dont nous gratifie «
From Ashes », ballade d'une infinité délicatesse, dans la mouvance de
Xandria et d'
Edenbridge. Enfin, dans une visée cinématique, l'instrumental « Memories » s'offre, lui, tel une ballade atmosphérique et progressive d'une sensibilité à fleur de peau, que l'on parcourrait cheveux au vent au cœur de vastes espaces enneigés. Alimentée par de soyeuses ondulations organiques, alors côtoyées par les bouleversantes stridulations d'une cornemuse larmoyante et par un délicat picking à la guitare acoustique, l'aérienne proposition pourra non moins combler les plus exigeantes des attentes en la matière de la part du chaland.
Tout comme son aîné, c'est par le truchement d'une ample pièce en actes symphonico-progressive que ce 2nd mouvement se termine, et qui serait à considérer comme l'atout majeur de la formation teutonne. Ainsi, c'est au luxuriant et altier «
Power of Mind » que revient l'honneur de refermer la marche ; ce faisant, les quelque 8:41 minutes de cette fresque épique s'assimileraient à un véritable feu d'artifice final, avec peu de temps morts et quelques particularités qui en fondent son caractère propre. S'écoulant au fil d'inaliénables reptations de son boa synthétique, mise en relief par une muraille de chœurs que rien ni personne ne songerait à enrayer la marche en avant, recelant simultanément moult coups de théâtre, la dantesque offrande ne manque ni d'allant ni de panache. Sans doute le masterpiece de la pléthorique galette.
C'est donc un carton plein, ou presque, que réalise cette fois le sextet d'outre-Rhin. N'accusant pas l'ombre d'une sonorité parasite ni une quelconque longueur rédhibitoire, le propos varie également à l'envi ses phases rythmiques, ses ambiances comme ses lignes vocales, tout en offrant une palette étoffée quant aux exercices dispensés.
Plus encore, ayant veillé à évacuer toute carence relative aux finitions et réussi à dépasser ses maladresses de jeunesse, tant en ce qui a trait à ses harmoniques qu'à ses joutes oratoires, le groupe nous octroie dès lors une rondelle empreinte de maturité compositionnelle. Ainsi, neuf ans suite à leur sortie de terre, nos compères gravissent-là un pallier supplémentaire dans leur carrière.
Si les enchaînements s'avèrent plus finement esquissés que naguère, certaines mélodies et accords demeurent, en revanche, tout aussi prévisibles et les sources d'influence guère moins discrètes qu'auparavant. Pouvant néanmoins compter non seulement sur de louables qualités d'interprétation et une heureuse combinatoire stylistique mais aussi sur des arrangements de fort bonne facture et une technicité instrumentale éprouvée, nos six gladiateurs seraient en mesure de tenir la dragée haute à leurs compatriotes de
Beyond The Black ou d'
Elvellon. Arguons que les progrès accomplis par nos acolytes sont tels qu'ils leur permettraient dès lors de s'inscrire parmi les valeurs montantes de cet espace metal. Le temps est venu pour l'escadron teuton de prendre les vents ascendants pour de célestes contrées...
Note : 16,5/20
Moi qui croyait ce groupe éteint, me voila plus que surpris! Lors de notre dernier échange sur le sujet, je me doutait qu'une chronique allait suivre, donc j'attendais tranquillement et bon dieu...quel changement!
Tout est mieux travaillé que sur le premier opus, et la différence est nette! Tout est plus lourd, plus rapide et plus prenant c'est dingue cette différence !
Qui plus est, ce groupe passe d'un chant lyrique à un chant plus clair pour ce second opus, accentuant de facto la différence! A la limite, il est difficile de croire que est le même groupe malgré les quelques changements de Line-Up!
Merci pour cette re-decouverte et cette chronique toujours aussi magistralement écrite! Si tu n'avais pas écrit sur ce groupe que j'avais presque oublié, je ne pense pas que j'y aurais de nouveau accordé de l'attention, mais je compte bien écouter ce dernier opus dans son entièreté!
Nul doute que le premier m'avait bien plus (notamment le titre "Sin"), et vu la vidéo de fin de chronique, je suis certain d'apprécier encore plus ce dernier-né! J'espère une suite à tout cela!
En effet, une véritable métamorphose s'est opérée en l'espace de cinq ans seulement! Comme toi, je pensais aussi ce projet en déclin, voire voué à disparaître, mais on s'est trompé!
On a un très bon album, au final, aussi homogène dans les harmonies dispensées qu'infiltrant au regard de ses schèmes d'accords d'une redoutable efficacité. Mises à part les quelques relatives carences évoquées en conclusion, je ne vois pas d'ombre au tableau. L'écoute de la galette s'effectue donc d'une seule traite, sans hésitation.
Convaincu par son réel potentiel technique, au demeurant judicieusement exploité, et conquis par la féconde inspiration mélodique dont il fait preuve, je continue donc de suivre ce groupe. Et le fait qu'ils aient réalisé le clip de ''Lost in the Matrix" il y a à peine 3 semaines, soit plus d'un an après la sortie de l'album, m'incite à penser qu'ils n'en resteront pas là! Wait and see...
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