Il arrive parfois d’être hésitant à l’idée d’écouter la première production d’un groupe, d’autant plus lorsque celui-ci est encore inconnu. Lorsque nous tenons deux disques dans nos mains, notre attention est souvent portée sur celui dont le titre, le nom du groupe ou encore l’illustration nous évoque le plus grand nombre d’éléments. « Fragile Alignements » et son image penchant vers l’abstrait, serait alors aussi vite reposé dans les bacs qu’il en était sorti. S’il est un domaine dans lequel
Nami part de zéro, c’est bien celui de la première impression…
Le soleil se lève. Les premiers rayons illuminent un paysage vaste et dépourvu de toute trace humaine. Les arbres agitent leurs grands bras, laissant entrevoir la silhouette d’un merle récitant son discours. Les cigales entonnent leur hymne traditionnel. Tout n’est qu’ordre, calme et beauté. «
Awakening from
Lethargy », alliance subtile entre douceur, allégresse et légèreté, nous ouvre les portes d’un nouveau monde et d’horizons encore inconnus. Une nouvelle ère se profile. De nouveaux êtres goûtent à la vie…
C’est ici que commence l’histoire de l’un d’entre eux. Surgi de nulle part, luttant seul pour se frayer un chemin dans un monde hostile qu’est celui du metal,
Nami est néanmoins parvenu à éclore. Fragile, mais vivant. Imperceptible, mais présent. Le groupe fait figure de jeune pousse au milieu d’une forêt dense et peuplée d’arbres centenaires. Celle-ci goûte encore à la fraîcheur du matin, dont la rosée lui apporte tout ce dont elle a besoin. Mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Les temps changent. Le vent se lève, les nuages menacent le soleil. La tempête approche…
Le metal progressif est un bien vaste domaine, qui, grâce notamment à la longueur des morceaux, offre aux groupes une liberté musicale intéressante, une perspective d’évolution, de changement… « Fragile Alignements » en est la preuve parfaite. Ainsi, il ne faudra pas être hostile à concevoir une juxtaposition entre blanc et noir tout au long de l’album. Après une introduction tout en rondeur, on retiendra « The Inner Man,
Materia » et son atmosphère rude et hostile, dans laquelle la voix de Roger Andreu atteint le summum de son agressivité.
Comme le révèle l’Artwork, « Fragile Alignements » joue avec les contrastes. On retrouve cet esprit de paradoxes musicaux dans « The Growing, (earth) », qui allie colère et nostalgie. On remarquera le travail de fond musical très élaboré. Le premier riff s’efface peu à peu au moyen d’ornementations pour laisser place à de nouveaux thèmes, à une nouvelle atmosphère.
Nami nous parle de la pluie et du beau temps avec une efficacité qui ne laisse pas indifférent. C’est là une partie de son génie. On passe d’un bord à l’autre sans pour autant être malmené par ces changements de rythmes ou d’intensité sonore...
Le « premier chapitre » de « Fragile Alignements » s’achève sur un morceau très dense et puissant. «
Oppression And Understanding » marque le déclin d’une force jusque là dominatrice. Elle signifie la fin d’un règne. La voix de Roger, féroce et possédée au départ, se fait de moins en moins présente, et perd en intensité. Les riffs se font plus lourds et graves, pour enfin laisser place à une forme de résignation dans le dernier quart de la chanson.
Regrouper ne serait-ce que les chansons de ce « premier chapitre » sous un seul et même adjectif reviendrait à résoudre une équation dépourvue de solution. Chaque titre est unique, et représente une étape d‘un cheminement vers un objectif encore inconnu à ce stade de l’album.
Difficile de ne pas s’attarder sur « Loop of Truth », l’annonce du « deuxième chapitre », qui est admirablement travaillée. Les notes alertes de la guitare nous font percevoir la nostalgie d’une époque désormais révolue. Les voix paraissent parfois lointaines, et surviennent par moments sous la forme de nappes sonores, dont la durée n’excède jamais plus de quelques secondes. On pourrait pousser l’analyse jusqu’à comparer le jaillissement de ces voix à celui d’un souvenir dans notre esprit… Mais l’angoisse de « l’après » est bien présente, et c’est lorsque la voix de Roger prend le dessus que nous sommes tirés de ce monde se voulant onirique. La musique, parsemée de détails inquiétants et de rires scélérats, s’assombrit peu à peu… « Loop of Truth, (The
Link) » constitue un rappel du passé, mais elle est également précurseur de nouveaux temps…
Et
Nami nous surprend encore… L’écoute du « premier chapitre » de « Fragile Alignements » nous a clairement fait comprendre que la musique du quintette se veut novatrice. Cela n’a jamais été aussi vrai qu’après l’écoute du second… « Cosmical beginning », surprenant de par sa densité sonore, et surement le titre le plus abouti de l’album.
Nami tisse à travers ce morceau une dimension mystique difficilement abordable, et dont l’atmosphère nous est encore inconnue. Les riffs prennent une dimension gigantesque. La voix de Roger parait transcendée. Le groupe ne recule devant aucun obstacle, pas même celui de l’erreur, qui, si elle avait été commise à cette étape de leur carrière, aurait pu les mener droit dans une tout autre dimension qu’est l’oubli… Le quintette évoque aussi cet oubli dans «
Conscience of the
Void ». L’atmosphère de ce morceau, très simple, naturelle et aérienne, est radicalement opposée à celle du précédent.
Nami nous emmène vers un lieu extrêmement lointain et épargné de la présence humaine (s’il en existe encore…). Le groupe innove à nouveau, mais cette fois-ci dans la simplicité. Le morceau, épuré de tout son superflu, laisse alors libre cours à l’expression des sentiments…
Les chansons se succèdent avec fluidité, sans provoquer chez l’auditeur le moindre signe de lassitude. «
Awakening from
Lethargy » est déjà loin. La fin se rapproche inexorablement. Ses prémices se font sentir dans « The Inner Man, antimateria », qui s’ouvre dans une dimension bien plus calme et sereine que les morceaux précédents. La voix de Roger, empreinte de nostalgie à certains moments, traduit également une forme de maturité acquise tout au long de ce voyage qu’est « Fragile Alignements ». Mais elle révèle aussi, dans des moments plus passionnés, le désir certain qu’a le groupe de s’émanciper, de devenir grand et peut être un jour de rejoindre les piliers du genre… « The pattern », douce mélodie dont se dégage la virtuosité des musiciens, vient mettre un point final à « Fragile Alignements ». Les dernières notes de guitare rappellent «
Awakening From
Lethargy », et font ainsi de l’album un cercle nous ramenant toujours au même point, nous incitant à nous replonger encore et encore dans l’écoute de ce formidable premier opus.
En l’an 2005,
Devin Townsend disait : « Chaque album est différent, est une matérialisation de la vie au moment où tu l’enregistres ».
Nami n’a pour l’instant qu’un album à son actif, mais dont chaque chanson est unique. Peut-être que chacune d’entre elles traduit une phase de la vie. Peut être que « Fragile Alignements » est la biographie d’un être, d’un monde… Qui sait ?
17/20
Je viens d'acquérir cet album à l'instant et je ne le regrette pas une seconde.
J'avais un peu écouté sur le net d'abord pour me faire une idée.
Sinon, de quel bug parlez vous ? Que s'est-il passé ?
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