Les événements semblent s'accélérer pour le combo argentin depuis sa fondation, en 2011, à
Santa Fe : Après deux EP («
Concierto de Brujería » en
2012 ;
Eterna » en 2013) et deux singles («
Conjuro de Amor », en 2014, et «
Vuélveme a Mirar », un an plus tard), le collectif sud-américain en veut plus désormais. Aussi reviendra-t-il dans les rangs pourvu, cette fois, d'un premier album full length répondant au nom de : «
Forgotten Rituals ». Quelles seraient alors les armes techniques et esthétiques des 14 pistes (dont 6 issues des précédents efforts) que compte cette galette pour espérer voir nos gladiateurs offrir une farouche résistance face à leurs si nombreux opposants ? Ce faisant, les quelque 60 minutes du ruban auditif de la rondelle permettront-elles à nos acolytes de rejoindre dès lors les sérieux espoirs de ce si couru registre metal ?
Dans ce dessein, le line-up de la précédente traversée a subi quelques remaniements : si l'on y retrouve trois des membres de feu-Häxan –
Emanuel Ocampo aux guitares, Matias Cachiotta à la basse et Federico Ariel Spinosa aux claviers – Claudio Maltaneri (feu-Häxan) se verra, lui, remplacé par Luis Frontini (ex-Over My Grave) derrière les fûts et Melani
Hess (
Hess,
Reap The Light, Beto Vázquez
Infinity...) par Mariana Brunel en qualité de frontwoman. Avec la participation, pour l'occasion, de Carolina Schall au chant additionnel, de Pablo Nicolás Pitola à la lead guitare, de Martín Cura aux claviers et de Pedro Pablo Farante (Lark Puden) au violoncelle ; le groupe ainsi constitué évolue à nouveau dans un metal symphonique gothique à chant lyrique et aux touches progressives et hispanisantes, dans la lignée coalisée d'
Anabantha,
Nightwish,
Xandria,
Stream Of Passion, Elessär et consorts. Produit par Federico Ariel Spinosa, enregistré et mixé par Pablo Nicolás Pitola et mastérisé par Ernesto Aldaz, l'opus n'accuse que d'infimes sonorités résiduelles. Mais suivons plutôt nos corsaires dans leurs pérégrinations...
A la lumière de ses plages les plus magmatiques, la troupe parvient, d'un battement d'ailes, à nous rallier à sa cause. Ce qu'attestent «
Vuélveme a Mirar » et «
Abrasantia », entraînants mouvements à mi-chemin entre
Stream Of Passion,
Xandria et Elessär ; égrainant des couplets finement ciselés, relayés chacun d'un entêtant refrain encensé par les fluides modulations de la frontwoman, et d'inattendus changements de tonalité, les deux ''tubesques'' manifestes n'auront pas tari d'armes pour asseoir leur défense et se jouer des nôtres. Mais nos inspirés concepteurs sont encore loin d'être à bout d'arguments pour espérer se jouer de toute tentative de résistance à l'assimilation de leurs vibes.
Aussi, d'autres espaces d'expression, à la touche progressive plus manifeste, pourront non moins nous aspirer dans la tourmente. Ce à quoi nous sensibilise, en première intention, « The
Lost Empire », mid tempo opératico-progressif au léger tapping, au confluent de
Nightwish et d'
Anabantha. Pourvu d'une mélodicité toute de fines nuances cousue où se calent les saisissantes envolées lyriques de la sirène et d'un pont techniciste finement esquissé que précède un grisant final en crescendo, le méfait ne se quittera qu'à regret. On ne saurait davantage esquiver « Desierto de Lágrimas », mid/up tempo syncopé aux riffs crochetés, dans le sillage atmosphérique d' Elessär. Doté d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les chatoyantes inflexions de la déesse et d'insoupçonnées et galvanisantes montées en régime de son corps orchestral, ce hit en puissance poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée.
Moins directement orientés vers les charts, certains passages de cet acabit trouveront à leur tour matière à encenser le tympan. Ainsi, en dépit de ses complexes portées, alors compensées par moult coups de théâtre, l'intrigant et néanmoins avenant «
Blood on My Pillow » ne serait pas à écarter de la course. Dans cette mouvance, l'énigmatique « More Than Anything » se pose, lui, tel un opératique et progressif mouvement, duquel s'échappent d'orientalisantes effluves, un fin picking à la guitare acoustique et de troublants arpèges d'accords au piano. Et la sauce prend, une fois encore. Dans cette veine s'inscrit également la polyrythmique fresque «
Winter » qui, au fil de ses six minutes d'une traversée romanesque, se fait tour à tour vitaminée et enivrante ; mise en habits de lumière par les cristallines ondulations de Carolina Schall et inoculée de truculentes accélérations, l'opulente pièce ne saurait davantage être éludée.
Et quand ils nous mènent en des espaces plus tamisés, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre, en premier lieu, «
Conjuro de Amor », ballade romantique jusqu'au bout des ongles, que n'auraient sans doute reniée ni
Anabantha ni Elessär. Recelant un fondant refrain mis en habits de soie par les pénétrantes impulsions de la mezzo-soprano ainsi qu'un fin legato à la lead guitare signé Pablo Nicolás Pitola, lui-même doublé de gammes pianistiques d'une infinie délicatesse dispensées par Martín Cura, l'instant privilégié comblera à n'en pas douter les attentes de l'aficionado de moments intimistes. On ne saurait davantage contenir la charge émotionnelle insufflée par « Tótem de Invierno », ''anabanthienne'' ballade a-rythmique d'une sensibilité à fleur de peau ; instillé d'un larmoyant violoncelle signé Pedro Pablo Farante, de gammes pianistiques pétries d'élégance et des poignantes oscillations de la princesse, le moment suspendu fera plier l'échine à plus d'une âme rétive.
Dans le registre des moments d'apaisement, le combo nous réserve encore d'autres rondes de saveurs exquises, que l'on n'abandonnera que pour mieux y revenir, histoire de plonger à nouveau de ces bains orchestraux aux doux remous. Aussi retiendra-t-on la classieuse ballade « Memories of
Blood » eu égard à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'elle nous invite à suivre, à sa touche hispanisante et à son flamboyant solo de guitare. Enfin, extraite du premier EP, la somptueuse ballade « Until the
End of Time », pour sa part, dévoile ses immersives séries de notes sous couvert d'un frissonnant piano/voix lyrique et d'un délicat coup d'archet estampé Pedro Pablo Farante. Et la magie opère, une fois encore.
Est-ce à dire que le sans-faute serait au bout du chemin ?
Pas tout à fait. Ce que révèle, d'une part, « My Black
Swan », ''anabanthien'' mid tempo aux riffs brumeux ; en dépit d'un seyant solo de guitare de clôture, une ligne mélodique à proie à quelques linéarité et une tenace répétibilité de schèmes d'accords au demeurant peu loquaces desserviront cet élan. L'accroche ne s'opérera guère plus aisément sur le polyrythmique « Flor de
Elis » comme sur le mid/up tempo «
Orpheus Song », l'un, en raison de l'inopportunité de ses si complexes schèmes d'accords ; le second, à l'aune de ''gorgonesques'' passages qui ne s'imposaient pas et d'un tracé mélodique d'une extrême pâleur.
En définitive, la formation argentine nous livre une œuvre à la fois rayonnante, énigmatique et d'une confondante délicatesse, incitative à une remise en orbite dès la chute finale amorcée. Varié sur les plans atmosphérique et rythmique, diversifié quant aux exercices de style dispensés, et reposant sur une ingénierie du son plutôt soignée, ce mouvement d'envergure disposerait d'armes suffisamment efficaces pour nous retenir plus que de raison. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré quelques joutes oratoires au programme, des prises de risques supplémentaires, une plus rapide digestion de leurs sources d'inspiration, ainsi que l'éradication de ces quelques bémols susceptibles d'affadir l'attention du chaland. Pouvant néanmoins compter sur la féconde inspiration mélodique de ses auteurs, sur une technicité instrumentale éprouvée et sur la magnétique empreinte vocale de la frontwoman, ce premier opus de longue durée conférerait au collectif sud-américain son sésame pour rejoindre dès lors les sérieux espoirs de cet espace metal. Affaire à suivre, donc...
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