En ces temps agités par une déferlante de formations metal symphonique à chant féminin, il s'avère délicat de produire une oeuvre novatrice ou, pour le moins, faisant montre d'un soupçon d'originalité. C'est pourtant ce redoutable défi que souhaite relever le quintet argentin, celui-ci n'ayant pourtant à son actif aucune production hormis cet EP auto-produit de cinq titres. Ainsi, nous disposons seulement d'un quart d'heure pour nous rallier à leur cause.
Le combo issu de Rosario (
Santa Fe) n'en est pas à son premier coup d'essai, loin s'en faut. En effet, aussi bien le membre fondateur et claviériste Federico A. Spinosa, le bassiste Matias Cachiotta, le guitariste
Emanuel A. Ocampo que le batteur Claudio Maltaneri proviennent du groupe de metal gothique Häxan, créé il y a huit ans déjà, et d'où ils puisent en partie leur inspiration atmosphérique. A cette unité orchestrale s'adjoint la mezzo-soprano au grain de voix chatoyant
Evelyn Mailén Vollmer, qui n'est pas sans rappeler celui de Raquel, diva du groupe de metal symphonique espagnol Divino Disturbo. En outre, ce dernier a eu un impact instrumental non négligeable sur le quintet argentin, tous deux axant leurs compositions sur une cohésion instrumentale d'excellente facture, incluant de fines séries de notes, comptant sur la présence de solistes émérites à la touche latino, et officiant dans un style metal symphonique empreint d'une touche gothique d'obédience hispanique. En cela,
Abrasantia n'a pas nié quelques croisements de registre metal avec le groupe mexicain
Anabantha, tous deux imprimant leur marque gothique sur le chaleureux tissu de leurs gammes. Muni de ces courants d'influence stylistique, le combo argentin nous convie à un bref voyage auditif au coeur de sa pampa instrumentale.
A l'instar de nombreuses productions inhérentes à ce registre, cet opus nous octroie un classique instrumental en guise d'ouverture. De somptueux arpèges au son d'un fringant piano/violoncelle se font ouïr sur l'aérien "El Lamento de la Bruja". Toutefois, comme souvent dans cet type d'exercice, on reste frustré de ne pas pouvoir profiter plus longuement des qualités techniques de ces musiciens à l'expert toucher. Mais, ce frugal hors d'oeuvre ne doit pas nous empêcher de poursuivre l'aventure.
Le groupe a su varier ses ambiances sur chacune des quatre pistes oralisées. En cela, il ne reste pas axé sur un metal symphonique pur, notamment sur le plan rythmique. Les plus en phase avec leur empreinte stylistique de base nous installent dans un univers harmonique bien inspiré et apte à capter nos émotions les plus enfouies. Ainsi, les inflexions de braise de la belle nous happent déjà sur l'entraînant et progressif "Estrella Atlante". Non sans rappeler Divino Disturbo sur "
Callista", le titre nous aspire également par ses riffs prégnants et son léger tapping. Les mélodieux refrains ne ratent pas leur cible et nous invitent à remettre le couvert. De plus, l'accélération rythmique qui s'inscrit nous étreint à sa manière et ne nous lâche plus jusqu'au bout. On aura remarqué au passage un duel au sommet entre un serpent synthétique et une guitare électrique qui, tel un caïman, met constamment la pression sur son adversaire. Dommage cependant que ce morceau, au final, soit sujet aux répétitions harmoniques. On y perd donc en accroche auditive, notamment en fin de piste.
Sur une même logique rythmique, le titre éponyme de l'album a lui aussi plus d'un tour dans son sac. Une douce introduction au piano, telle une pieuvre, nous agrippe par ses tentacules harmoniques, faisant rapidement place à une double grosse caisse escortée de riffs félins. Et ce, le long d'un chemin mélodique invitant, que ce soit sur les couplets finement colorés ou sur les addictifs refrains. D'autant plus que ceux-ci sont habilement mis en voix par
Evelyn, au égard à ses envolées semi-lyriques. On y décèle également un break en piano/voix suivi d'une saisissante reprise en guitare/voix. De plus, un beau picking à la guitare électrique complète ce tableau éminemment immersif. Les finitions également y ont été soignées, à l'image d'une voix qui s'évapore lentement, suivant un reposant dégradé sonore en bout de plage.
Autre teneur rythmique, autre ambiance, à l'instar du second secteur de l'opus. Non sans rappeler les arrangements d'inspiration gothique d'
Anabantha, "
Lonely Soul" déploie de beaux atours. Cette fois, les percussions se font plus discrètes, la rythmique paraissant alors plus svelte, et les riffs s'arrondissent. Les limpides impulsions vocales de l'interprète font le reste, rendant ainsi les couplets bien fondants et les refrains caressants. Dans ce dessein, la ligne mélodique ne souffre d'aucune approximation. A défaut de témoigner d'une originalité sans failles, l'adhésion s'effectue sans encombres. Même constat pour l'outro "Until the
End of Time". Cette ballade ne laisse pas indifférent, ne serait-ce que par l'alignement des somptueuses séries de notes servies par un piano/voix d'une belle profondeur de champ acoustique. Un doucereux éveil orchestral naît au coeur de la piste, suite à un chatoyant et ondoyant violoncelle, magistralement joué par Pedro Pablo Farante. Précisons que, sur l'EP, nous est octroyée la version acoustique, contrairement à ce que le groupe propose plus généralement en concert. Quoiqu'il en soit, on y décèle dés lors un morceau romantique jusqu'au bout des ongles.
Au final, on est en présence d'un EP convaincant aussi bien au regard de l'orchestration d'ensemble qu'en ce qui concerne les parties techniques et les lignes harmoniques. Maintenant, quelques petites défauts de production s'observent et les enchaînements gagneraient à s'affiner encore. Il manque aussi un ou deux titres phares et éventuellement une fresque pour attirer davantage l'auditeur coutumier du genre. Enfin, des duos, voire des choeurs, auraient pu à la fois enrichir encore l'ensemble et diversifier davantage les ambiances. On aurait donc parachevé ce travail de studio, déjà de bonne facture, par ces complémentarités vocales. Et, plus important encore : une pointe d'originalité supplémentaire est aussi requise pour que la troupe puisse soutenir la comparaison avec des formations plus aguerries dans ce style. Autant dire qu'on en attend encore pour que le groupe nous prenne plus franchement dans ses filets.
On conseillera cette oeuvre introductive aux amateurs de metal symphonique d'inspiration gothique et à chant féminin. Les fans de Divino Disturbo s'y retrouveront tout comme ceux d'Häxan.
Pas de difficulté d'accès pour d'autres publics non plus, y compris pour ceux qui ne sont pas nécessairement en phase avec le registre metal du groupe.
Simplement, il convient d'estimer cet EP pour ce qu'il est : une première carte de visite musicale pour le groupe, à considérer comme un album-test de son auditorat potentiel. Nul doute que le combo ne s'arrêtera pas en si bon chemin. A condition de gommer peu à peu les petits défauts de jeunesse, il sera apte à nous offrir une oeuvre de qualité irréprochable.
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