Il aura fallu attendre cinq ans avant de voir un successeur à l’excellent
The Spell of Retribution sorti en 2004, cinq années durant lesquelles la bande à Corchado a pris son temps pour composer, faire le point et livrer un nouvel album de qualité produit par Lux Inframundis, la structure de notre leader désabusé. Ce fut pourtant grâce au label
Wicked World Records, filiale d’Earache, que
The Chasm avait enfin pu obtenir après une décennie de galères et de déboires avec les labels (
Witches Brew notamment) une promotion correcte pour
The Spell of Retribution, sixième album du combo, mais pourtant le premier à véritablement sortir le groupe de l’underground. Mais trop d’années se sont écoulées entre la parution des deux albums, et ni Corchado, avide d’indépendance et désintéressé par une signature peu avantageuse qui le mettrait sous pression, ni
Wicked World Records peu soucieux de signer un groupe si peu bankable, n’ont permis que l’association se poursuive.
C’est donc en hiver 2008 que
The Chasm entre en studio pour la capture de ces huit nouveaux titres composés par l’ensemble du groupe, dont le line up s’était stabilisé en 99 avec l’arrivée du guitariste Julio Viterbo (
Shub Niggurath). D’abord enregistré au studio Ensomberoom puis au Lux Inframundis de Chicago, ville d’accueil du trio depuis la fin des années 90, Corchado supervise largement la production de
Farseeing the Paranormal Abysm, assure le mix avec l’ingé-son Geoff Montgomery, et signe les lyrics en plus de la création de l’artwork placé sous le signe culturel des anciennes civilisations précolombiennes du Mexique, pays natal du groupe.
La première chose à saluer chez
The Chasm, c’est l’intégrité artistique sans faille de ses membres, et plus particulièrement de Daniel Corchado, qui continue de composer un death metal sombre et occulte de grande qualité, reflet de son état d’esprit pessimiste et mélancolique, sans jamais sacrifier à une quelconque mode musicale ou plier devant les impératifs de labels avides de fric. Ainsi, dès le premier morceau, le superbe Entering a
Superior Dimension, nous voici plongés dans un abysse tortueux d’une richesse rythmique inouïe fait de breaks jouissifs, d’arpèges occultes, de roulements de toms convaincus de la part d’Antonio Leon, et de petits leads catchy. Très varié rythmiquement, au sens du riffing absolu, ce premier morceau rassure les fans déjà conquis et rappelle le meilleur de
The Spell of Retribution. Et l’instru Callous
Spectre qui lui succède, diablement addictive et intégralement composée par Corchado, enfonce le clou sur plus de huit minutes également avec son riffing alambiqué, ses up tempi prenants, ses claviers occultes et ses leads envoûtants. Bref, l’instru qui décalque pourrait-on croire, habitude chez
The Chasm qui en place une ou deux sur chacun de ses méfaits.
Elles sont pourtant au nombre de quatre sur Farseeing, soit la moitié de l'album, et c’est peut-être bien justement le petit défaut qu’on pourrait reprocher à cet album. Des lyrics ésotériques et toujours occultes mais qui peinent à trouver leur place dans une galette que Corchado voulait principalement instrumentale. Choix assumé donc pour un leader lassé d’écrire des paroles et davantage enclin à composer de longues orchestrations tirant parfois vers le progressif. Structure of the
Seance par exemple qui contient son lot de leads mélancoliques et petites dissonances mystiques ou
Vault to the Voyage avec un fabuleux passage à trois guitares mais qui s’étire un peu vainement sur plus de onze minutes. Alors que l’éponyme composé par Viterbo présente lui une très courte instru dans laquelle le guitariste nous gratifie d’un superbe lead poignant.
Fort heureusement quelques morceaux remettent les choses à leur place, comme l’incantatoire The Mission, légèrement grandiloquent lors de sa conclusion mais à l’atmosphère occulte envoûtante grâce à la savante utilisation des claviers, et le evil The Promised
Ravage dans lequel les éructations d’outre-tombe de Corchado filent la chair de poule sur un rythme soutenu aux leads stridents magnifiés par des changements de rythme incessants et des up tempi brise-nuque.
Au travers de sa septième offrande,
The Chasm reste donc occulte jusqu’au bout des ongles et balance son death metal unique et ultra identitaire duquel il est vain de sortir quelques influences. Un death metal sombre, parfois thrashy, au riffing varié fait de multiples couches de guitares, mais toujours entraînant bien que complexe dans sa construction. Et c’est bien là la force de ce combo, retenir l’attention tout en proposant de longues compositions sophistiquées et maîtrisées, à la dimension progressive de plus en plus assumée.
Toutefois, Farseeing, tout envoûtant qu’il est, et malgré une maîtrise technique hors pair et une aura mystique toujours ténébreuse, se positionne un cran en dessous de
The Spell of Retribution, du fait de ses longueurs et de la place trop importante accordée à ses instrumentales.
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